Les raisons de se mobiliser ne manquent pas. 2025 est une année noire en matière de féminicides: 29 femmes et filles ont été tuées [1]. Ces mortes ne sont que la pointe de l’iceberg des violences de genre. La société reste en effet profondément patriarcale et les lieux de travail ne font pas exception. Le premier jour du Congrès féministe de l’USS a été consacré au thème des violences sexistes et sexuelles sur les lieux de travail. Parmi les travailleuses, 60% ont déjà été confrontées à des comportements sexistes ou de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle et les mesures mises en place pour les protéger sont insuffisantes. Les déléguées ont exigé des mesures concrètes, notamment des contrôles proactifs de la part des inspections du travail, la reconnaissance du harcèlement sexuel comme cause de maladie professionnelle, l’allègement du fardeau de la preuve en cas de plainte et, enfin, la ratification par la Suisse de la convention n° 190 de l'OIT pour l'élimination de la violence et du harcèlement dans le monde du travail.
La violence de genre nous rappelle, jour après jour, que l’égalité n’est pas encore une réalité. Malgré quelques avancées, malgré les discours édifiants de nos politicien-ne-s, les faits ne suivent pas, ou du moins trop lentement, et jamais avec assez de moyens. La campagne lancée la semaine dernière par le Bureau fédéral de l’égalité contre les violences de genre est emblématique. Si nous nous réjouissons qu’elle ait enfin été engagée, nous ne pouvons que déplorer le peu de moyens que la Confédération lui a alloué: 1,5 million de francs, alors qu’un seul avion FA-35 coûte 207 millions et que la Confédération a prévu d’en acheter 36. Force est de constater que l’égalité n’est pas encore une véritable priorité pour nos autorités. Ainsi, il n’y a pas de contrôle en matière d’égalité salariale et pas de sanction si la Loi sur l’égalité (Leg) n’est pas respectée. Il n’y a pas assez de places d’accueil pour les enfants, mais la Confédération veut mettre fin au financement prévu pour en créer des nouvelles. Il n’y a pas assez de personnel soignant, parce qu’il s’épuise et quitte le métier, mais le Conseil fédéral ne veut pas mettre en œuvre l’initiative des soins infirmiers pourtant adoptée par le peuple. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les personnels soignants, en majorité des femmes, se sont rassemblés samedi 22 novembre sur la Place fédérale et ont déjà voté leur adhésion à la Grève féministe de 2027.
Le Congrès féministe de l’USS, qui a été à l’origine de la grève du 14 juin 2019, puis de celle de 2023, a consacré un moment de son plenum au bilan et aux perspectives d’une nouvelle grève. Pour l’édition 2027, l’appel à la Grève féministe a été lancé par les collectifs qui ont été invités au Congrès et qui ont rappelé la nécessité de se mobiliser. Puis, dans une table ronde et une discussion, riche mais trop courte, nous avons tiré un bilan contrasté: entre énergie et épuisement, peur et courage, difficultés et exploits, nous avons certainement écrit une page de l’histoire du féminisme suisse. Aujourd’hui, une nouvelle génération féministe est ancrée dans la société et elle est active, y compris dans nos syndicats. En même temps, nous avons encore tant de choses à atteindre et nous devons faire face à la montée en puissance du masculinisme et de l’extrême droite. En conclusion, une chose est certaine: les deux grèves féministes de 2019 et 2023 ont permis à des centaines de milliers de femmes et de personnes des minorités de genre de prendre conscience de leurs droits et de leurs libertés. Au-delà des mesures institutionnelles, cette prise de conscience est certainement l’acquis le plus précieux et le plus durable. Un acquis qui nous permettra de poursuivre le combat et de résister au retour de bâton antiféministe.
Le Congrès féministe s’est conclu intensément avec beaucoup de résolutions, dont une en solidarité avec les personnels de la santé mobilisés à Berne, une en solidarité avec les mouvements de grève dans les secteurs publics et parapublics, notamment dans le canton de Vaud. Le Congrès a aussi adopté deux résolutions de solidarité avec Gaza et la Palestine, une davantage ciblée sur la situation dramatique des femmes et des minorités de genre, l’autre plus globale, qui condamne le génocide. Les deux résolutions exigent, notamment un cessez-le-feu effectif et durable [2].
Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP
[1] https://www.stopfemizid.ch/francais#anchor1 (état au 24 décembre 2025)
[2] Nous reviendrons plus en détail sur ce 15e Congrès féministe de l’USS. Le communiqué de l’USS et les résolutions adoptées sont disponibles sur: https://www.uss.ch/luss/organes/detail/davantage-de-mesures-pour-realiser-legalite-au-travail-congres-feministe
