Dans le canton de Vaud, fer de lance de la mobilisation contre les politiques d’austérité, mais aussi à Genève et à Fribourg, l’automne a été chaud. Les grèves et les manifestations se sont succédées dans un climat social très tendu, avec en prime une criminalisation de l’action syndicale. En même temps, le Parlement fédéral a voté des mesures d’austérité, tout en arrosant l’armée. Le Conseil national a même refusé à une voix près le budget, très modeste, prévu pour la lutte contre les violences de genre [1]. Ces attaques contre les salaires, les conditions de travail et les prestations de services publics touchent de plein fouet les femmes, en tant que travailleuses majoritaires dans des secteurs comme la santé, le social, l’éducation et l’accueil des enfants. Ces mesures les touchent aussi en tant que bénéficiaires, par exemple de l’accueil de jour et parce qu’elles sont surreprésentées dans les populations pauvres. Face à ces attaques, nous devons reconstruire une offensive féministe en rupture avec un discours bourgeois et institutionnel qui œuvre à l’invisibilisation des inégalités, notamment sur le plan salarial.
Écart médian réduit
L’Office fédéral de la statistique (OFS) vient de publier les premiers résultats de l’Enquête suisse sur les salaires. L’écart salarial entre les sexes se réduit peu à peu. En 2024, le salaire médian des hommes est de 7276 francs, celui des femmes de 6666 francs. L’écart a passé de 11,5% en 2018 à 8,4%. On peut s’en réjouir, puisque ce résultat est aussi celui de nos luttes féministes qui ont, entre autres, abouti à l’article constitutionnel et à la Loi sur l’égalité. Cette embellie est cependant toute relative.
Bas salaires féminins
L’écart est calculé sur la base d’un emploi standardisé à 40 heures par semaines, peu importe le taux d’activité réel. Cette standardisation permet de visualiser la valeur que la société attribue à chaque métier. C’est dans la finance et les assurances que le salaire médian est le plus élevé (10 200 francs par mois), et dans l’hôtellerie-restauration qu’il est le plus bas (4700 francs). Dans les métiers de la santé et du social, le salaire médian est de 6800 francs. La hiérarchie des métiers reste donc bien en place: notre société valorise davantage l’argent que le care. Aussi, les femmes se concentrent dans les métiers les moins bien payés. Selon une analyse de l’USS, 40% des femmes avec CFC gagnent moins de 5000 francs et 25% moins de 4500 francs pour un plein temps. Les hommes ne sont respectivement que 25% et 13% dans cette situation. Parmi les CFC avec une forte proportion de salaires en dessous de 5000 francs, il y a les métiers de l’hôtellerie et restauration, de la vente, mais aussi de l’accueil de l’enfance, des EMS et des institutions sociales.
L’inégalité réelle reste
Si l’écart salarial est calculé sur un emploi à plein temps, la majorité des travailleuses sont à temps partiel. En 2024 [2], plus des deux tiers des personnes travaillant à temps partiel sont des femmes. Elles ne touchent dès lors de loin pas les 6666 francs mensuels susmentionnés. En tenant compte du taux d’activité, le salaire médian des femmes est de 4008 francs par mois et celui des hommes de 5851 francs. La différence est de 1843 francs par mois ou 31,5% [3]. En clair, le temps partiel creuse les inégalités. Et, loin du mythe du «choix», il reste ancré dans l’assignation patriarcale des femmes au travail domestique. En 2024, 75% des mères d’enfants de moins de 25 ans occupent un emploi à temps partiel, alors que le temps partiel chez les hommes se situe entre 14 et 15% quelle que soit la situation familiale. Le temps partiel est aussi une contrainte imposée par les employeurs en fonction de leurs critères de rentabilité. Par exemple, le taux d’activité moyen des auxiliaires de santé dans les soins à domicile est d’à peine 35%. Ce taux d’activité très bas et très flexible n’est souvent pas souhaité par les travailleuses, mais subi. Cela les contraint à un statut de working poor et/ou à jongler entre plusieurs emplois. Sous la pression patronale, leur situation risque encore de se péjorer. C’est pourquoi notre combat doit continuer.
[1] Le Conseils des États a ensuite rattrapé le coup, le vote final n’a pas eu lieu au moment de la rédaction de cet article
[2] Actualité OFS, septembre 2025.
[3] Ne disposant pas encore des données 2024, nous nous basons sur les dernières données disponibles, soit celles de 2020.
