L’Union syndicale suisse a publié en juillet dernier son Rapport sur la répartition 2026 [1] qui confirme la tendance régressive sur le front des salaires depuis dix ans. L’écart salarial entre le 1% le plus riche et l’écrasante majorité de la population se creuse toujours davantage. Encore plus grave, alors qu’ils avaient progressé de plus de 10% entre 2008 et 2016, les salaires réels des 10% les plus défavorisé·es ont reculé de 0,5% de 2016 à 2025. Ces chiffres illustrent le contexte dans lequel l’attaque déclenchée par la majorité bourgeoise du Parlement fédéral se déroule.
Non aux salaires de misère!
Dans le but de lutter contre la pauvreté des personnes qui travaillent, plusieurs cantons ont édicté des salaires minimums cantonaux. L’objectif de ces salaires minimums étant que les salarié·es puissent vivre de leur travail, notamment afin d’éviter de les contraindre à avoir recours à l’aide sociale pour vivre. Le niveau des salaires minimums est donc bien loin d’être de l’ordre du luxueux, on se situe sur le plan des minima sociaux. Le principe étant de lutter ainsi contre les salaires de misère. Le bilan fait dans les cantons de Neuchâtel et de Genève démontre le succès des salaires minimums. Les bas salaires ont été augmentés, la pauvreté dans le monde du travail a reculé, le chômage n’a pas été impacté et les salaires supérieurs ont progressé.
Les cantons de Neuchâtel et de Genève ont introduit des salaires minimums qui s’appliquent à toutes et tous les salarié·es, que leur domaine d’activité soit couvert par une Convention collective de travail (CCT) étendue, ou non. Il n’y a en effet aucune raison qui justifierait que les salarié·es couvert·es par une CCT étendue ne puissent pas bénéficier du droit de percevoir un salaire qui leur permette de vivre de leur travail. C’est pourtant ce que la majorité de droite a décidé d’imposer par sa décision du 19 juin. La révision de la Loi sur l’extension de la convention collective de travail (LECCT) prévoit en effet que les salaires minimaux cantonaux ne s’appliquent pas aux salarié·es soumis·es à une CCT étendue. Le Parlement vient ainsi au secours des employeurs des secteurs à bas salaires couverts par une CCT étendue en leur garantissant l’immunité contre les salaires minimums cantonaux ou communaux.
Antidémocratique
Les salaires minimums neuchâtelois et genevois ont été adoptés à l’issue de votations populaires. C’est également le cas dans les villes de Zurich et de Winterthour (à respectivement 70% et 65% des voix exprimées). La décision du Parlement bafoue ainsi un choix fait démocratiquement en votation. Dans le même sens, d’autres votations sur des salaires minimums cantonaux et/ou communaux sont prévues dans le futur (Valais, Berne, Bienne, Schaffhouse), mais, avant même que la population puisse se prononcer, elles sont vidées de leur contenu par la modification adoptée par le Parlement fédéral.
Ce sont ainsi plusieurs milliers de travailleurs-euses à bas salaires qui sont attaqué·es par cette décision en étant privé·es de pouvoir bénéficier d’un salaire minimum, deux tiers étant des femmes. Elles sont en effet majoritaires dans les branches à bas salaires couvertes par des CCT étendues: hôtellerie-restauration, nettoyage, coiffure notamment.
Protection dynamitée
L’existence de salaires minimums représente une mesure de protection contre la pression à la baisse sur les salaires. La hargne de la droite démontre ainsi sa volonté de n’admettre aucune mesure de protection qui limite les pleins pouvoirs du patronat contre toute ingérence politique dans la fixation des salaires, même celle prise dans le but de lutter contre la pauvreté (qui est effectivement une compétence constitutionnelle cantonale). Cette conception a bien été synthétisée par Roland A. Müller, le directeur de l’Union patronale suisse, lors d’une audition devant la commission de l’économie du Conseil national en mars 2025: «On ne peut pas demander aux employeurs ou à l’économie d’assurer la couverture des besoins vitaux. Il y a une limite», avant de renchérir «l'aide sociale doit pouvoir prendre le relais» [2].
L’attaque contre les salaires minimums prend place dans une offensive de classe qui englobe également la durée du travail et les retraites dans le but d’accroître les profits des patrons aux dépens des travailleurs·euses, ce dont témoignent les dividendes versés aux actionnaires qui ont augmenté de plus de 50% ces dix dernières années. Pour stopper la dégradation des conditions de vie de la majorité populaire, il est urgent de bâtir la riposte à cette offensive, signer le référendum en est un élément!
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[1] Daniel Lampart, Elisabeth Gisler, Clara Pfister, Verteilungsbericht 2026 (en allemand avec un résumé en français), Dossier de l’Union syndicale N°169, juillet 2026.
[2] Blick online, 5 juin 2025.
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| 30.06.2026 | Référendum contre la motion Ettlin - A5 | PDF (642,7 kB) |
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| 30.06.2026 | Référendum contre la motion Ettlin - A4 | PDF (611,6 kB) |
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| 30.06.2026 | Mode d'emploi pour signer un référendum | PDF (298,1 kB) |
