L’austérité contre l’égalité

de: édito de Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Les politiques d’austérité renforcent partout dans le monde les inégalités de genre.

Eric Roset

À l’occasion de la Journée internationale des luttes féministes du 8 mars, nous nous arrêtons sur les effets des politiques d’austérité sur les femmes et les minorités de genre, d’autant que, dès le 2 mars, le Parlement fédéral discutera du programme d'allégement budgétaire 2027 de la Confédération.

Des coupes par milliards

Le programme, c’est 2,4 milliards de francs en moins sur le budget 2027, puis environ 3 milliards en 2028 et en 2029. Les mesures d’économies touchent de vastes secteurs, comme la formation, la recherche, la culture, la politique familiale, la politique climatique, le sport, le personnel, l’aide aux victimes, l’asile, la coopération internationale. Tout y passe, sauf l’armée, dont le budget annuel va gonfler de près de 4 milliards de francs d’ici à 2032, le Conseil fédéral proposant même une hausse de la TVA de 0,8 point.

Ces coupes entraînent des conséquences sur les cantons, d’autant qu’elles se cumulent avec les coupes budgétaires cantonales. Les salarié-e-s des secteurs public et parapublic en sont les premières victimes et, on le sait, les femmes sont majoritaires à y travailler, notamment dans les secteurs les plus touchés comme la santé, le social, l’éducation et la formation. Les travailleuses sont majoritaires dans les fonctions les moins bien rémunérées, dans les postes précaires et à temps partiel. Parmi la population aussi, les femmes sont fortement impactées par les attaques contre les prestations sociales, car elles sont surreprésentées dans les populations pauvres: working poor, familles monoparentales, personnes à la retraite.

Austérité et violence de genre

Dans un rapport publié en 2022, Oxfam montrait que le choix de l’austérité renforce les inégalités et les violences basées sur le genre, dégradant ainsi les conditions de vie des filles, des femmes et des minorités de genre. Oxfam présente ces politiques comme une forme de violence de genre, qui est moins prise en compte que d’autres formes de violences – interpersonnelle, physique, conjugale –, mais qui affecte la vie des femmes de manière quotidienne et systématique. L’austérité «découle des choix politiques d’une élite qui ne tiennent pas compte des besoins des femmes, réduisent les services déjà inadéquats dont elles dépendent et relèguent leur sécurité et leur bien-être au second plan [1]». En plus de péjorer la situation actuelle, l’austérité budgétaire hypothèque l’avenir, car elle casse toute dynamique de progrès social. Or, en matière d’égalité de genre, nous sommes loin du but, que ce soit au niveau de l’égalité des salaires, des congés parentaux, des droits des minorités de genre ou de la lutte contre le harcèlement sexuel et la violence sexiste. Et pour construire cette égalité, il faut investir et non couper.

Imposition individuelle et caisses vides

Le 8 mars, nous voterons sur l’imposition individuelle des couples, présentée comme un progrès en matière d’égalité. Le SSP s’aligne sur la liberté de vote, décidée par l’USS. Il est vrai, en effet, que le système actuel pose problème. Mais le modèle retenu entraîne des pertes fiscales à hauteur de 630 millions pour la Confédération. À cela s’ajoutent des pertes non chiffrables pour les cantons, qui sont d’ailleurs en majorité opposés à cette réforme. Le Parlement aurait pu choisir un modèle neutre au point de vue des recettes fiscales et réellement fondé sur le principe d’un impôt égal pour un ménage de même composition et même revenu. Or il a choisi de baisser les impôts des couples à hauts revenus, renforçant ainsi la politique des caisses vides qui sert à justifier l’austérité.

Couples aisés avantagés

L’impôt fédéral est nul à faible pour les revenus annuels de moins de 100 000 francs, puis progresse fortement. La réforme, loin de «dépénaliser le mariage» favorise le modèle, largement minoritaire, des couples avec un double revenu de valeur similaire et élevé. Tandis que «les couples qui présentent une répartition très inégale du revenu paieront généralement davantage [2]». Or, ce modèle est le plus répandu: aujourd’hui, l’apport moyen des femmes au revenu du ménage est d’un tiers en général et d’à peine un quart lorsqu’il y a des enfants [3]. Pour faire avancer l’égalité de la majorité des travailleuses, il ne faut pas moins d’impôts, mais un impôt plus juste pour financer des services publics

Le 8 mars, participons aux actions et aux manifestations, aux côtés des collectifs féministes! Voir les programmes


[1] https://www.oxfamfrance.org/inegalites-mondiales/lausterite-aussi-une-question-de-genre/

[2] https://www.efd.admin.ch/fr/votation-imposition-individuelle#Cons%C3%A9quences-sur-les-charges-fiscales

[3] https://www.bfs.admin.ch/bfs/rm/home.assetdetail.32332016.html


Downloads
27.02.2026 Flyer "Défendons les services publics et mobilisons-nous contre l'austérité" PDF (1,0 MB)