Depuis un peu plus d’un siècle, accoucher dans un hôpital public est une avancée qui a permis de réduire la mortalité des mères et des bébés. Cet accès à des services publics de qualité a signifié une avancée majeure pour les femmes des milieux populaires, qui auparavant accouchaient à domicile. Les taux de mortalité mères-bébés ont diminué fortement. Les femmes des milieux aisés avaient, elles, déjà accès à des cliniques privées.
Depuis quelques années, les personnels des maternités des hôpitaux publics s’alarment : effectifs insuffisants pour accepter toutes les entrées, taux de rotation accéléré au sein du personnel par suite d’épuisement, encadrement des mères et enfants de plus en plus souvent insuffisants. Les conditions de travail se dégradent, mais ce n’est pas tout : l’accès aux soins suit la même courbe descendante.
Le projet de réduire l’accès à des services publics de qualité est un choix politique ; ce n’est ni un hasard, ni une erreur de calcul. En novembre 2025, l’Office fédéral de la statistique (OFS) publiait des données démontrant que le mode de financement par forfaits entraîne pour les accouchements et les césariennes des pertes importantes pour l’hôpital qui accueille des patientes au seul bénéfice de l’assurance de base, alors que les parturientes avec assurance complémentaire rapportent des bénéfices. Cela signifie que chaque accouchement à l’hôpital public peut générer un manque à gagner.
A l’inverse, dès que l’accouchement se déroule en clinique privée, avec une assurance complémentaire, un bénéfice est enregistré par la clinique ! C’est donc par un financement insuffisant délibéré que les hôpitaux publics sont visés. En l’occurrence, ce sont les femmes – sage-femmes et parturientes – qui sont les victimes principales. Et cela, les sage-femmes ne le tolèrent plus.
La méthode CHUV
Le CHUV se présente comme un centre de référence en obstétrique, mais cette image dissimule une grave crise qui dure depuis des mois : manque récurrent de personnel qui provoque des épuisements et des maladies. Les équipes se réduisent et les effectifs réels sont devenus insuffisants pour assurer une prise en charge correcte des femmes et de leurs bébés.
Elles ont décidé de faire front commun : elles se mobilisent depuis des mois pour revendiquer des effectifs supplémentaires, des revalorisations salariales et l’amélioration des conditions de travail et d’accueil. En juin 2026, enfin, les sage-femmes de la salle d’accouchement viennent d’obtenir une réelle avancée après une négociation avec les représentant·es de l’Etat et de la direction du CHUV.
Audit externe : un audit externe sera lancé après la pause d’été. Il concernera le personnel, l’organisation de la maternité, les procédures, etc. L’audit n’est jamais une garantie d’amélioration : le collectif de sage-femmes continue de veiller pour que cet audit soit une réelle enquête en vue d’améliorer la situation.
Augmentation des effectifs : la Direction générale a annoncé la création de 5,9 postes plein temps de sage-femmes pour la salle d’accouchement (une par horaire) et de 2,9 postes plein temps de personnel dit d’assistance.
Hausse des salaires : la classe salariale la plus basse pour l’embauche a été supprimée (classe 8 CHUV). Toutes les nouvelles et nouveaux collègues seront désormais engagé·es dans une même classe (classe 9 CHUV). En chiffres, c’est un salaire d’embauche qui augmente a minima de CHF 500.- par mois. Compte tenu des énormes responsabilités dans ce service, les sage-femmes du CHUV poursuivent leur mobilisation pour accéder toutes à la classe 10 au minimum.
L’augmentation des effectifs est financée par le canton, qui a l’obligation de garantir un accès aux soins. Alors que la direction des soins du Département Mère-Enfant a répété pendant des mois qu’elle ne pouvait rien faire, la mobilisation des sage-femmes a montré qu’on peut faire mieux.
Sur le plan national, le SSP demande pour les maternités des hôpitaux publics :
- L’augmentation immédiate des dotations financées par les cantons tant que le tarif reste insuffisant ;
- Une augmentation des salaires pour faire face à la pénurie de personnel.
