Faut-il accepter de relever la TVA pour un financement additionnel de l'AVS?

Le Parlement fédéral a décidé d’un financement additionnel de l’AVS par le biais d’un relèvement du taux de TVA. La votation aura lieu le 29 novembre. Le 20 août, l’Assemblée des délégué·es de l’Union syndicale suisse (USS) a pris position pour le OUI. L’Assemblée des délégué·es du SSP déterminera le mot d’ordre de notre syndicat le 26 septembre.

Valdemar Verissimo

Ci-dessous, le débat entre Agostino Soldini, secrétaire central SSP qui défend le NON et Lelia Hunziker, membre du comité national du SSP, qui défend le OUI.


Un NON sans retenue

Agostino Soldini, secrétaire central SSP

Voter NON à la hausse de la TVA s’impose. Parce que nous ne pouvons pas soutenir aujourd’hui ce que nous avons combattu jusqu’à hier. Parce que les finances de l’AVS se portent bien et qu’il n’y a pas besoin d’un financement supplémentaire à court terme. Parce que la TVA est un impôt antisocial.

VICTOIRE PATRONALE. Nous avons mené la campagne pour la 13e rente avec la position suivante: «Actuellement, l’AVS a la plus haute fortune de son histoire, donc aucune dette. Pour les années à venir, le Conseil fédéral lui-même prévoit des bénéfices de 3,5 milliards. […] Ces chiffres permettent d’introduire la 13e rente sans financement supplémentaire» (Pierre-Yves Maillard, Le Matin dimanche, 7 janvier 2024). Parallèlement, nous avons soutenu, «pour le financement à long terme» (selon les termes du comité d’initiative dans la brochure officielle de votation), l’option d’une hausse des cotisations salariales: «Il n’est pas question […] d’augmenter la TVA. Nous avons toujours dit […] qu’il fallait au besoin augmenter les cotisations salariales» (Léonore Porchet, vice-présidente des Vert·es suisses, 24 heures, 24 octobre 2024) – «Un avis partagé par le PS», complétait le quotidien. Lors des débats parlementaires, les partis de gauche ont pourtant défendu une «solution mixte»: l’augmentation des cotisations salariales combinée avec une hausse de la TVA. Or, même cette solution a été balayée: il ne reste plus que la TVA!

Il s’agit d’une victoire des milieux bourgeois. Comme l’écrit la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), relayant la prise de position de l’Union patronale suisse, «l’essentiel, c’est qu’il n’y ait pas de hausse des cotisations salariales!» (NZZ, 22 août 2026). Il y a dès lors de quoi se poser quelques questions. Est-ce faire preuve de cohérence que de défendre, au bout de l’exercice, le contraire de ce pour quoi nous nous sommes battu·es? N’est-il pas paradoxal de subir une défaite et, en fin de compte, d’en soutenir le résultat? Quel message adressons-nous au patronat? Il est on ne peut plus clair: «Même si vous refusez tout ce que nous proposons, nous sommes prêt·es à avaler n’importe quelle couleuvre»…

L’AVS SE PORTE BIEN. Aujourd’hui comme hier, rien ne justifie un financement supplémentaire, à court terme, pour la 13e rente. Parce que l’AVS se porte très bien. Elle a fait 5,63 milliards de bénéfices en 2024 et 4,44 milliards en 2025. En seulement deux ans, ses bénéfices – plus de 10 milliards – sont ainsi supérieurs à ce que rapporterait la hausse envisagée de la TVA en six ans (1,5 milliard par année). De plus, l’AVS dispose d’une fortune record: 60,4 milliards de francs, soit l’équivalent de 113% de ses dépenses annuelles. Autrement dit, ses réserves correspondent à plus d'une année de dépenses. Avec l’introduction de la 13e rente, cette fortune diminuerait certes quelque peu. Mais de là à parler d’une urgence financière, il y a un gouffre. Comme le disait Pierre-Yves Maillard, «on n’a pas besoin d’accumuler autant de réserves. Une expertise mandatée par le Conseil fédéral pour le projet PV 2020 prévoyait qu’avec moitié moins de réserves, l’AVS ne courrait aucun risque et recommandait par sécurité 70% d’une année de rente au lieu de 100%» (Le Temps, 2 février 2024). Or, un niveau de réserves de 70% correspondrait à une fortune d’environ 37 milliards. Par rapport à la situation actuelle, il y a donc une marge de quelque 23 milliards. De quoi voir venir…

IMPÔT ANTISOCIAL. Reste la TVA elle-même. Soulignons d’abord une évidence: la hausse de cet impôt réduirait le pouvoir d’achat tant des salarié·es que des retraité·es. Certes, la charge supplémentaire ne serait pas énorme – 180 francs par an en moyenne, tout de même, par ménage (Blick, 22 août 2026) –, mais elle s’ajouterait à la nouvelle envolée à venir des primes maladie. Sans parler du reste: loyers, frais de transport, etc. Il n’y a que les salaires qui font du surplace! Et il s’agirait de la deuxième hausse de la TVA en très peu de temps: son taux avait déjà été relevé de 0,4 point en 2024. Bref, en quatre ans, l’augmentation totale serait de plus de 10%! Enfin, la TVA est un impôt profondément antisocial. Toutes les études le confirment, à l’image de celle récemment réalisée par l’institut de recherche BAK sur mandat de l’OFAS. Elle indique que «la hausse de la TVA a un effet systématiquement régressif: proportionnellement à leur revenu disponible, les ménages à faibles revenus sont plus fortement mis à contribution que les ménages à hauts revenus, car la consommation représente une part plus importante de leur budget» (Sécurité sociale, 24 juin 2026). Même le conseiller aux États PLR Pascal Broulis – pas vraiment un gauchiste – la qualifie d’«impôt injuste» (24 heures, 20 août 2026).

Il ne faut pas avoir peur de voter NON! Il n’y a aucun lien entre le versement de la 13e rente et l’issue de la votation du 29 novembre. Que le OUI ou le NON l’emporte, les retraité·es toucheront leur 13e rente en décembre. Idem l’année prochaine et toutes les suivantes. Dire NON, ce n’est pas affaiblir l’AVS. C’est rejeter un financement antisocial. C’est refuser de capituler face à l’arrogance patronale. C’est défendre une ligne syndicale cohérente et fidèle à nos orientations.


Un OUI à contrecœur

Lelia Hunziker, membre du comité national du SSP

Le 20 août 2026, l’Assemblée extraordinaire des délégué·es de l’Union syndicale suisse (USS) a clairement approuvé, par 80 voix contre 19 et 3 abstentions, le financement de la 13e rente AVS par une augmentation de la TVA. Les délégué·es du SSP étaient divisé·es sur cette question. Il est donc d’autant plus important de serrer les rangs et de défendre ensemble, lors de la campagne de votation, la ligne adoptée démocratiquement par l’USS afin de garantir le financement de la 13e rente AVS.

Consolider une victoire. La 13e rente AVS est un grand succès pour les syndicats suisses. Le peuple a ainsi clairement rejeté la logique de démantèlement prônée par la droite. Dans le même temps, ces rentes doivent désormais être financées de manière durable. Le fait que cela doive finalement se faire exclusivement par une augmentation de la TVA est une pilule difficile à avaler pour nous tou·te·s. À l’origine, un financement par une augmentation des cotisations salariales, c’est-à-dire par les employeurs et les salarié·es, combiné à une augmentation modérée de la TVA, était prévu. Le Parlement, dominé par les partis bourgeois, a modifié cette proposition à la dernière minute et s’est rabattu sur une simple augmentation de la TVA. Cette décision était antidémocratique, car la 13e rente AVS repose sur une décision populaire claire et un financement social doit désormais être assuré. Mais nous devons maintenant prendre position sur le projet qui sera soumis au vote en novembre.

Que signifie concrètement la hausse de la TVA qui vient d'être décidée? Le taux général devrait passer de 8,1% à 8,5%. Le taux réduit de 2,6%, applicable aux denrées alimentaires et aux biens de première nécessité, reste inchangé, ce qui atténue quelque peu les répercussions sociales. Il convient également de noter que les principaux postes de dépenses des ménages aux revenus modestes – loyers, primes maladie, impôts – ne sont pas soumis à la TVA.

LES ENJEUX. Il est désormais difficile de savoir que faire: faut-il s’opposer à l’augmentation de la TVA proposée pour des raisons de principe ou devons-nous serrer les dents pour que l’AVS ne soit pas davantage mise sous pression? Au cours des prochaines années, de nombreux·euses salarié·es partiront à la retraite. D’ici à 2035, le nombre de retraité·es augmentera d’environ 25%, tandis que la population active progressera nettement moins (de 5 à 10% selon les estimations de l’USS). En conséquence, sans financement supplémentaire, le résultat par répartition de l’AVS deviendra rapidement négatif. Actuellement, le fonds de réserve de l’AVS dispose est encore fourni. Mais les prévisions indiquent que le fonds devrait passer sous le seuil des 70% des dépenses au début des années 2030. C’est pourquoi un financement supplémentaire, qui doit bien sûr être aussi social que possible, est nécessaire de toute urgence.

La droite veut affaiblir financièrement l’AVS afin d’augmenter la pression sur l’âge de la retraite. C’est ce qu’elle ne cesse de réclamer au Parlement et dans l’opinion publique, et cela figure également dans ses programmes politiques: nous devons tou·te·s travailler plus longtemps. Les syndicats se sont toujours opposés à de telles revendications. Parallèlement, nous nous sommes engagés pour que toutes les dépenses publiques soient financées par des ressources sociales. Il est tout à fait clair que la TVA est un impôt antisocial. Les personnes disposant de peu de moyens sont nettement plus touchées par cette augmentation et voient leur pouvoir d’achat diminuer de manière tangible. Dans le même temps, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’affaiblir l’AVS en votant NON à l’augmentation de la TVA. C’est pourquoi il faut voter OUI au projet de financement de l’AVS, même si certain·es le feront sans doute à contrecœur. La droite nous a tendu un piège en s’opposant catégoriquement à une augmentation des cotisations salariales.

Défendre l’AVS. L’AVS reste l’une des plus grandes avancées sociales de notre pays. Elle avait déjà été revendiquée lors de la grève générale de 1918 et a été mise en place après la Seconde Guerre mondiale. Son introduction a été un moment chargé d’émotion. La retraite bien méritée était enfin là: les rentes étaient modestes, mais la pauvreté des personnes âgées a reculé. L’AVS est conçue selon des principes sociaux, dans la mesure où même les plus riches ne perçoivent pas plus que la rente maximale. Les bonifications pour tâches éducatives et d’assistance garantissent que les femmes ne seront pas désavantagées. Nous ne devons pas prendre le risque de la mettre en danger. Et même si la 13e rente AVS doit désormais être financée exclusivement par une augmentation de la TVA, cela conduit toujours à une redistribution des riches vers les plus démuni·es. Et les cotisations salariales représentent toujours 71% du financement de l’AVS, contre 8,6% via la TVA (en 2025). Jusqu’à présent, l’USS a toujours soutenu les hausses de TVA au profit de l’AVS. En effet, les avantages sociaux restent nettement supérieurs aux inconvénients.

C’est pourquoi je voterai OUI le 29 novembre – même si c’est à contrecœur. Pour ne pas entrer dans le jeu pernicieux de la droite et ne pas contribuer, finalement, à affaiblir l’AVS.