Derrière la façade d’un chèque aux parents, le danger d’un accueil au rabais

de: Communiqué SSP

Le SSP regrette le désengagement de la Confédération dans l’accueil de l’enfance et craint les risques induits par l’allocation de garde. Le retrait conditionnel du PS de « l’Initiative sur les crèches » ne doit pas conduire à une péjoration des conditions d’accueil et de travail dans le secteur de l’enfance.

Eric Roset

La situation dans le domaine de l’accueil des enfants est déjà insupportable dans de nombreux cantons : salaires trop bas, forte fluctuation du personnel, sous-financement chronique, prix exorbitants pour les parents. C’est le personnel qui fait les frais de cette situation en subissant les heures supplémentaires, la charge mentale due aux tensions permanentes et des conditions de travail précaires.

L’allocation de garde proposée par la Confédération promet des cadeaux aux parents, mais maquille en réalité un désengagement de la Confédération. L’allocation de garde signe la fin du programme d’impulsion, soit une économie estimée à 811 millions de francs dans le Rapport Gaillard. Seuls 100 millions de francs seront maintenus pour des conventions-programme. L’allocation sera financée par les employeurs sur le modèle de des allocations familiales

En Suisse romande, le financement actuel des employeurs risque de tomber, car ils devront justement financer l’allocation de garde. Qui compensera la différence à l’heure des politiques d’austérité ?

De plus, l’allocation serait versée directement aux parents plutôt qu’aux structures d’accueil. Les prestataires privés à but lucratif seraient ainsi mis sur un pied d’égalité avec les institutions publiques ou à but non lucratif – avec le risque d’une privatisation accrue. Au lieu d’investir dans la qualité de l’accueil et de bonnes conditions de travail, on risque ainsi d’entrer dans une concurrence fondée sur la réduction des coûts, tandis que les acteurs privés pourraient également profiter de fonds publics pour réaliser des profits au détriment des enfants, des parents et du personnel. Cela d’autant qu’aucune exigence en termes de conditions de travail, de salaires, de taux d’encadrement ou de formations n’est formulée.

L’accueil de l’enfance devrait être un service public à part entière, au même titre que l’école. Le SSP exige :

  • un financement public et durable partagé entre la Confédération, les cantons et les communes;
  • un service public de l’enfance qui implique le renforcement des organismes publics et d'utilité publique au lieu d'une privatisation accrue;
  • un accueil de qualité qui doit garantir de bonnes conditions de travail, notamment une valorisation des salaires, des taux d’encadrement suffisants, des temps de préparation garantis et des formations continues;
  • des exigences contraignantes pour toutes les institutions afin de garantir la qualité de l’accueil;
  • un accueil accessible pour toutes les familles, sans discrimination. A court terme, une contribution proportionnelle au revenu et, à moyen terme, un financement par l’impôt.

Le SSP regrette ainsi le retrait de « L’initiative pour les crèches » qui proposait une augmentation du financement fédéral de l’accueil de jour. Un accueil de l’enfance de qualité nécessite de bonnes conditions de travail et des moyens financiers suffisants !

Plus d’informations dans la brochure du SSP