Sur la base des données de l’Enquête suisse sur les salaires de 2022, les femmes gagnent 1364 francs de moins par mois que les hommes pour un emploi standardisé à plein temps, soit un écart de 16,2%. Il persiste ainsi une inégalité structurelle honteusement importante. Car rien ne justifie ces 1364 francs de moins.
Attaquer l’égalité
Et c’est pour faire en sorte de réduire artificiellement cet écart de la honte que Peter Schilliger, élu du Parti libéral-radical et membre d’une quinzaine de conseils d’administration, voudrait aller plus loin dans l’affaiblissement de l’analyse de l’égalité salariale. Il propose ainsi d’enlever l’indemnité pour travail d’équipe et service de piquet de la définition du salaire brut. D’après lui, la prise en compte de cette indemnité ferait basculer certaines entreprises du côté d’un résultat non conforme à la Loi sur l’égalité (LEg), les privant de l’accès aux marchés publics. Au lieu d’obliger les patrons à respecter la loi, notre brave élu préfère changer la loi pour la vider de son contenu et laisser ainsi au patronat toute latitude pour continuer à discriminer les travailleuses impunément.
Minimiser l’écart
Or, l’analyse de BSS prend déjà en compte de nombreux facteurs qui réduisent fortement la portée de l’écart salarial: «âge, ancienneté, formation, état civil, nationalité/statut de séjour, position professionnelle (niveau hiérarchique), profession, taille de l’entreprise, secteur d’activité, grande région, taux d’occupation, ainsi que d’autres caractéristiques relatives à l’emploi et à la rémunération [1]». Ces facteurs sont considérés comme neutres, alors qu’ils ne le sont pas. À titre d’exemple, les salaires plus bas dans la santé et le social, la moindre promotion des femmes aux postes de cadres, le temps partiel féminin ne sont pas des «facteurs explicatifs», mais le résultat des choix politiques et de la structure de notre société capitaliste et patriarcale. Ainsi, une fois passée au crible des facteurs dits explicatifs, l’analyse prévue par la LEg minimise l’inégalité salariale et la fait passer de 16,2% à 7%, ce dernier pourcentage étant la part de l’inégalité dite inexplicable.
Grands écarts
Parmi les secteurs avec un écart supérieur à la moyenne, il y a celui de la santé et de l’action sociale: les femmes y gagnent 18,3% de moins que les hommes. Or, une femme sur quatre y travaille, bien plus que dans la vente, qui concentre une femme active sur dix pour un écart salarial de 17,4%. Étonnamment, plus une femme est formée, plus l’écart salarial est grand: moins 21,5% pour les diplômées d’une HES ou HEP, moins 20,2% pour celles qui ont un titre universitaire.
Care peu valorisé
Si l’analyse ne compare pas les secteurs entre eux, Statistique Vaud vient de publier les chiffres vaudois issus de la même base de données. On apprend que le salaire médian du secteur des activités financières est de 9100 francs par mois avec une part de salarié·es de niveau tertiaire de 52%. Dans la santé et l’action sociale, le salaire médian est de 6750 francs pour une part de salarié-e-s de niveau tertiaire de 49%, soit à peu près la même que dans la finance. L’écart salarial est de 25%, sans tenir compte du taux d’activité. La cause de cet écart n’est autre que la moindre valorisation des métiers du care. Et cela n’a rien de neutre. C’est un choix politique.
Salaires en berne
Si l’écart de salaire entre les sexes diminue un peu, bien que très lentement, c’est aussi parce que les salaires masculins stagnent, voire baissent. Selon Statistique Vaud: «En douze ans, le salaire médian standardisé affiche une progression en termes réels de 9,9% pour les postes occupés par les femmes alors qu’il stagne pour ceux occupés par les hommes (-0,2%) [2]». Contrairement à ce que beaucoup de politicien-ne-s claironnent partout, les salaires sont en berne aussi dans le secteur public: ils n’ont progressé que de 0,7% depuis 2012, contre 4,7% dans le secteur privé. Si le salaire médian du secteur public reste plus élevé que celui du privé, cela est dû à la structure de l’emploi, le secteur public ayant une part de diplômes de niveau tertiaire de 62% pour 34% dans l’économie privée.
L’égalité que nous voulons doit se faire dans le progrès social pour toutes et tous, ce qui commence par accepter un salaire minimum auquel chaque travailleur-euse a droit, quels que soient sa situation, son genre, son diplôme ou encore son statut.
[1] BSS, Analyse der Lohnunterschiede zwischen Frauen und Männern anhand der Schweizerischen Lohnstrukturerhebung (LSE) 2022.
[2] Numerus 6, avril 2026.
