La démocratie a besoin de la formation – la formation a besoin de démocratie

Les 13 et 14 mars 2026, la conférence fédérative du secteur Formation, éducation et recherche (FER) du SSP, qui a lieu tous les quatre ans, s'est réunie à Fribourg. Placée sous le thème «La démocratie a besoin de la formation – la formation a besoin de démocratie», elle a rassemblé des délégué·es de toutes les régions linguistiques et de tous les degrés scolaires.

Dans un contexte mondial marqué par la montée des tendances antidémocratiques, la conférence a placé au centre de ses réflexions le rôle que peuvent jouer la formation et les syndicats pour préserver et renforcer la démocratie.

Ce mot d'ordre a marqué l'ensemble du programme. Sous le titre «Avancées par vents contraires», des collègues de différentes régions ont montré comment l'engagement syndical dans les domaines de la formation et de la recherche peut produire des effets concrets. Une collègue a montré comment les enseignant·es des deux premières années de la scolarité dans le canton de Vaud se sont battues pour avoir les moyens de remplir leur mission et contre le mépris témoigné par les autorités politiques. Le groupe SSP du corps intermédiaire à l’Université de Bâle a présenté comment il s’est développé ces dernières années et comment il s’est mobilisé contre la précarité de ses conditions de travail et contre les mesures d’austérité. Le groupe École primaire du SSP Zurich a rendu compte de la manifestation pour l'éducation du 1er juin 2024, qui a rassemblé 3000 participant·e·s, et de la pétition «Alléger plutôt que surcharger», qui a recueilli plus de 7'000 signatures en seulement quatre mois. Des collègues du canton Vaud ont témoigné de la façon dont le secteur de la formation a été à la pointe du combat contre les mesures d'austérité du Conseil d'Etat vaudois, qui a culminé à l'automne et l'hiver 2025 avec jusqu'à 13 journées de grève et des manifestations rassemblant jusqu’à 28'000 personnes.

L'exposé principal a repris le thème de la conférence de manière directe: Fitzgerald Crain, chargé de cours à l'Université de Bâle, a posé la question incisive «Notre système scolaire favorise-t-il des tendances antidémocratiques?», ouvrant des pistes de réflexion importantes pour la discussion qui a suivi. La table ronde sur la «liberté d'expression et l'obligation de fidélité» a rendu le sujet encore plus concret: qu'ai-je le droit de dire en tant qu'enseignant·e, chercheur·euse ou syndicaliste? Y ont participé Pauline Milani, enseignante en histoire contemporaine à l'Université de Fribourg, Sophie Blaser, présidente de la commission fédérative et conseillère communale à Zurich, Christian Dandrès, président du SSP et conseiller national, ainsi que Raphaël Ramuz, secrétaire syndical SSP Vaud. L'échange a montré de manière éloquente à quel point les tensions entre le droit à la libre expression et les obligations de loyauté touchent directement le quotidien des professionnel·les de la formation et de la recherche et à quel point l’action syndicale est nécessaire pour préserver et renforcer les droits du personnel.

L'après-midi du deuxième jour, les délégué·e·s ont approfondi les thèmes dans un des quatre ateliers au choix. L'atelier «Renforcer la santé au travail» a examiné comment les conditions de travail structurelles influencent la santé et comment la participation syndicale peut être efficace au niveau de l’établissement et au niveau politique. L'atelier consacré à la grève féministe du care 2027 a discuté de l'importance que revêt une grève du care, en particulier dans le secteur de l’éducation, et des formes d'action collective envisageables en vue de la grève féministe du care 2027. Le troisième atelier a développé des réflexions critiques sur l'intelligence artificielle dans le domaine de la formation, et le quatrième était consacré au combat syndical pour une meilleure protection contre les canicules dans les écoles, un enjeu qui devient toujours plus pressant face au changement climatique.

La conférence a adopté à l'unanimité trois propositions. Le SSP devra élaborer un texte d'orientation national sur l'école inclusive et soutenir de manière ciblée les régions soumises à de fortes pression au niveau de la politique de formation. Le SSP devra en outre participer activement et de manière visible à la grève du care 2027 à l'échelle nationale et désigner explicitement la formation comme étant aussi du travail du care. Enfin, les délégué·es ont adopté un message de solidarité adressé au syndicat iranien d'enseignant·es CCITTA, dans lequel ils et elles exigent la protection des infrastructures civiles, en particulier des écoles en tant qu'espaces d'apprentissage sûrs, et expriment leur solidarité avec les enseignant·es et syndicalistes qui défendent leurs droits et la démocratie dans des conditions extrêmement difficiles. L’adoption de ce message s'inscrivait aussi dans le thème de la conférence: la démocratie a besoin de personnes prêtes à se battre pour elle.

À l'ordre du jour statutaire figuraient enfin le rapport d'activité des quatre dernières années ainsi que le renouvellement de la commission fédérative. De nouveaux et nouvelles membres issu·es de différentes régions linguistiques et de tous les degrés scolaires ont été élu·es. Sophie Blaser a été confirmée dans ses fonctions de présidente de la commission fédérative. Nous leur adressons nos sincères félicitations et nous nous réjouissons de travailler ensemble!


Galerie: Conférence fédérative Formation, éducation et recherche, 13-14 mars 2026

Photos Cal Pedroli