Le congé maternité en danger

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Le Congé maternité est un droit arraché de hautes luttes féministes. Aujourd'hui, il est attaqué au nom d'une pseudo égalité.

Image d'archive pour l'instauration d'un congé maternité fédéral en 2004. Snider

La Commission féministe du SSP a été l'une des rares voix qui a osé critiquer l’initiative pour le congé familial et à alerter sur le danger que ce texte mal ficelé aboutisse à une remise en cause du congé maternité actuel (voir notre prise de position, rédigée à l’occasion du 8 mars 2025). L’attaque de la droite au congé maternité vient malheureusement prouver que nous avions raison.

Congé maternité raboté

La commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil national vient d’approuver un congé parental de 16 semaines flexible. Tenez-vous bien : seules 8 semaines – soit la période d’interdiction de travailler inscrite dans la Loi sur le travail – seraient réservées à la mère au lieu des 14 semaines actuelles. Les huit autres semaines seraient à partager entre les parents. Cela équivaut au mieux à partager la misère, au pire à s’exposer aux pressions patronales pour revenir plus vite au travail en renonçant au 6 semaines restantes qui seraient, s’il peut les prendre, transférées au père/à l'autre parent ou alors perdues.

Comment en est-on arrivé là ?

En prônant l’amalgame entre congé maternité et congé parental et partant du principe simpliste qu’il suffirait d'un même nombre de semaines de congé pour réaliser l’égalité parentale, alors que les mères vivent la grossesse, l’accouchement et le post-partum. C’est d'ailleurs précisément ce que fait l’initiative pour le congé familial : elle biffe le principe du congé maternité dans la Constitution fédérale et le remplace par un congé parental de même durée pour les deux parents. Il n’en fallait pas plus pour que la droite s’engouffre dans la brèche ainsi ouverte. La sénatrice PLR Johanna Gapany l’affirmait clairement, il y a plusieurs mois déjà : « Plus que la durée, c’est la répartition entre les parents qui va être déterminante pour garantir autant que possible l’égalité homme-femme. Je considère qu’on n’ira pas en dessous de la durée actuelle si on veut avoir le soutien populaire, mais c’est une discussion ouverte au parlement ».[1]

Ligne rouge

Cette évolution du dossier était pourtant très prévisible depuis longtemps. Dans le cadre de discussions préalables au lancement éventuel d’une initiative populaire, la Commission féministe de l’USS avait posé le maintien des droits acquis actuels, soit les 14 semaines de congé maternité et les 2 semaines de congé paternité, comme une ligne rouge absolue. Tout congé nouveau doit venir renforcer le dispositif en vigueur et non pas le remplacer, voire l’affaiblir. Rappelons systématiquement et avec force que le congé maternité actuel est minimaliste, insuffisant et qu’il avait fallu des décennies de luttes féministes pour l’imposer (tard !).

Responsabilité verte

Après l’attaque de la droite, les Vertes jouent la stupeur et s’insurgent sans voir ou vouloir voir le lien entre le projet de la droite et leur initiative. Lisa Mazzone affirme dans une interview que « le congé maternité est un acquis intouchable » et que « si le Parlement continue dans cette voie, il y aura référendum »[2]. C’est bien la moindre des choses que ce parti puisse faire.


[1] Le Courrier, 30.01.2025

[2] 24 Heures et la Tribune de Genève, 26.05.2025