La crise climatique est un enjeu syndical parce que ses conséquences frappent au quotidien les salarié·es. L’impact est direct pour des pans entiers de travailleur·euses exposé·es à un environnement dégradé (stresse thermique, maladies respiratoires, infections, etc.) et aux risques de catastrophes naturelles. Les conséquences indirectes sont également significatives, comme par exemple la surexposition à des substances dangereuses utilisées pour pallier les effets de la crise sur l’agriculture (produits phytosanitaires).
En Suisse, les patrons et leurs représentant·es politiques cherchent par ailleurs à retourner les effets de la crise contre les salarié·es. Elles et ils tentent de compenser ses effets économiques (baisse de la productivité, hausse des prix des transports, instabilité géopolitique, etc.) par une augmentation du taux d’exploitation des salarié·es (hausse du temps de travail, stagnation ou diminution des salaires, casse des assurances sociales, etc.).
Cette logique fonctionne à plein avec la politique migratoire. Les patrons cherchent à précariser plus encore les travailleur·euses étranger.ères pour mettre un maximum de pression sur l’ensemble des salarié·es. C’est notamment pour lutter contre ces attaques que la solidarité est essentielle : solidarité internationale avec les travailleur·euses des régions rendues quasi-inhabitables et contraint·es de partir du fait de la crise climatique ; solidarité avec les migrant·es qui choisissent de s’installer en Suisse et en Europe. Lors des débats parlementaires sur l’initiative de l’UDC « Suisse à 10 millions », la droite a clairement montrée qu’elle entendait lier droit de rester et contrat de travail pour permettre aux employeurs de dicter leurs lois au salariat.
Les représentant·es politiques des patrons cherchent également à échapper aux faibles mesures prises en Suisse pour atteindre la neutralité carbone et à les faire supporter aux seul·es salarié·es. La fiscalité dite « écologique » se concentre en effet essentiellement sur la consommation individuelle alors que celle-ci ne représente qu’une part minime des changements nécessaire. Elle ne modifie en rien l’organisation économique et financière qui impactent pourtant le plus violemment le climat. UBS par exemple finance massivement l’extraction de combustibles fossiles. Le Conseil fédéral et la majorité parlementaire veulent en ce moment remettre en cause les maigres avancées sociales dans le domaine de la lutte contre le changement climatique en voulant supprimer les subventions.
L’adoption de l’initiative pour l’Avenir marquerait une rupture avec cette dynamique néo-libérale et réactionnaire.
Les salarié·es ne sont pas les principaux responsables de la crise environnementale. Celle-ci est précipitée par un modèle économique fondé sur l’accumulation du capital et une croissance infinie, sans respect des ressources limitées de la planète.
Il existe une fracture des classes sociales en lien avec la crise climatique : 10 % des plus riches causent 50 % des émissions de carbone. Selon l’ONG Oxfam, 50 milliardaires polluent autant que 1,3 milliards de personnes. De nombreux·euses salarié·es subissent en effet la sobriété énergétique, avec des restrictions à la consommation. La capacité d’action des salarié·es est faible. En atteste par exemple la consommation énergétique des bâtiments.
La plupart des salarié·es sont locataires et n’ont pas leur mot à dire sur les installations de chauffage de leurs logements. Les sociétés financières propriétaires du parc immobilier (UBS, Swiss Life, Zurich Assurance, etc.) ont les coudées franches.
Introduire un financement socialement juste de la politique de lutte contre le réchauffement climatique favoriserait la reconversion écologique des secteurs industriels et créerait des emplois notamment dans le secteur du bâtiment, des énergies renouvelables, de la réparation et du recyclage, du transport du fret ferroviaire et des transports publics, etc.
Ces emplois seraient plus durables que ceux de l’industrie automobile qui non seulement pollue mais supprime des postes par milliers en ce moment. Il en irait de même avec la diminution du trafic aérien. Le développement de celui-ci s’est fait surtout autour des modèles low-cost qui n’ont pas créé de richesse pour les salarié·es, mais ont généralisé l’uberisation du travail dans ce secteur.
Le financement voulu par cette initiative soulagerait les ménages salarié·es, avec le développement des transports en commun gratuit ou à tarif bas ou encore avec la réduction des charges liées à une meilleure isolation des bâtiments ainsi que la diminution ou la suppression des hausses de loyers liées à ces travaux. Il faut rappeler que les subventions à la rénovation diminuent la part que le bailleur peut imputer aux locataires. Or, le logement et le transport sont des postes importants du budget des ménages.
Enfin, la crise climatique est aussi un enjeu syndical parce que les salarié·es connaissent l’organisation du travail. Elles et ils sont une force de proposition sur la manière d’utiliser ces fonds le plus efficacement possible. A titre d’exemple, les syndicats du rail ont montré qu’il était possible d’opérer un report modal ferroviaire entre les pays européens, sans projet somptuaires telle que la nouvelle ligne Lyon-Turin, à 30 milliards d’euros qui entraîne des chantiers ultra polluants.
