Le thermomètre indiquait -2° ce samedi 22 novembre, mais la Place fédérale bouillonnait de la colère des personnels de santé mobilisés massivement, quatre ans après l’acceptation de l’initiative populaire pour des soins forts, initiative que les autorités fédérales sabotent. Plus de 5000 personnes, venant de toute la Suisse et représentant toutes les professions de la santé, ont répondu à l’appel de la coalition du personnel de santé (SSP, ASI, Syna, Unia, Asmac, OCST, SCIV, USS, Travail.Suisse) et ont occupé la Place fédérale pour exiger un changement de modèle du système de santé.
AGGRAVATION CONTINUE
Sur la scène, les prises de parole des professionnel·les de de la santé (infirmier·ère en pédiatrie, en soins intensifs, en soins de longue durée ou à domicile, ASSC, technicien· ne en radiologie médicale, TAB, nettoyeur·euse, aides, etc.) ont mis en évidence la profonde crise que traverse le secteur des soins: « On nous demande de faire toujours plus, avec toujours moins: moins de personnel, moins de temps, moins de moyens. Et quand tout manque, la pression explose, les soins se dégradent, les erreurs deviennent inévitables. Ce sont nos patient·es qui en payent le prix, celles et ceux que nous avons choisi d’accompagner, de protéger et de soigner. » Les mesures d’austérité imposées dans divers cantons ont été huées sur la Place fédérale. Le saccage organisé du système de santé public progresse et réduit l’accès à la santé pour une large partie de la population, alors qu’il s’agit d’un droit fondamental. Les intervenant·es ont plébiscité un changement de modèle.
UN PRIX POUR PETRA VOLPE
Les manifestant·es ont remis un prix à la réalisatrice Petra Volpe, auteure du film Heldin En première ligne qui décrit très concrètement le travail quotidien dans un hôpital. Participant à la manifestation en visioconférence, Petra Volpe, très émue par l’hommage, a encouragé toutes les mobilisations pour revendiquer des conditions de travail dignes.
CARTONS ROUGES.
La mobilisation des personnels de santé a motivé des retraité·es qui nous mettent en garde : «Si je prends la parole ici, c’est que la dégradation des soins ne touche pas que les autres. Toutes et tous, nous y passerons un jour: nous aurons besoin de soins, et de dessert.» Les responsables des dégâts dans le secteur ont été clairement désignés et ont reçu un carton rouge unanime et déterminé. Le Conseil fédéral pour son projet totalement insuffisant de mise en œuvre de l’initiative pour des soins et les assureurs pour leur politique de démantèlement du service public de la santé.
ET APRÈS LE 22 NOVEMBRE?
Les résolutions et les votes ont convergé vers un même mot d’ordre: place à l’action et aux mobilisations sur le terrain. Il est illusoire, désormais, de compter sur une mise en œuvre rapide et effective de l’initiative pour des soins forts. Il est plus que temps de passer à l’action et d’arrêter de croire que les autorités politiques, cantonales ou fédérales vont améliorer l’accès a des soins de qualité partout. A ce sujet, l’Office fédéral de la statistique publiait trois jours après la manifestation une information qui explique comment, avec le mode de financement choisi par les assureurs et validé par les cantons, les hôpitaux sont conduits vers la privatisation: l’accouchement par voie basse entraîne des pertes importantes pour l’hôpital qui accueille des patientes au seul bénéfice d’une assurance de base, tandis que les assurées en semi-privé ou privé rapportent des bénéfices. Idem pour les césariennes: des pertes sont enregistrées par les hôpitaux pour les patientes sans assurance complémentaire et des bénéfices si la parturiente a une assurance privée[1]. On comprend mieux la pression exercée sur les futures mères pour contracter des assurances complémentaires et aussi comment, financièrement, le système actuel pénalise le service public. Il faut le répéter sans cesse: chaque fois que les services publics sont démantelés, les femmes payent la plus grande partie de la facture.
C’est aussi pour contrer ces mécanismes que les manifestant·es du 22 novembre ont voté le soutien massif à la prochaine grève féministe du 14 juin 2027, dont le thème est le travail dans les soins. Et d’ici là, les luttes cantonales pour défendre nos services publics seront plus que jamais nécessaires: restons mobilisé·es et solidaires !
[1] https://www.news.admin.ch/fr/ newnsb/4uC4cpdvq-uDPnO7SnfRE
