La droite impose sa loi, mais la grève a fait plier le Conseil d’Etat vaudois

de: Edito d'Agostino Soldini

Le Grand Conseil a adopté le budget 2026. Les partis de droite ont assuré sa majorité: il fallait 76 député·es, et 76 député·es de droite ont voté pour. Leur ligne: zéro «compromis» avec la gauche. C’est une démonstration de force, une volonté claire de montrer qui commande. Sans oublier pour autant que le budget a été défendu jusqu’au bout par les trois ministres PS et Vert·es.

Valdemar Verissimo

Un budget de régression sociale

C’est un budget de régression sociale: diminution des subsides pour les primes maladie, nouvelles coupes dans la santé et les hautes écoles, etc. Et il n’y a aucune remise en cause des cadeaux fiscaux aux grands patrons et actionnaires. Bernard Nicod et consorts – profiteurs de la fraude organisée autour du «bouclier fiscal» – peuvent continuer à sabrer le champagne.

Des victoires importantes

Le Conseil d’Etat a dû renoncer à certaines mesures d’austérité. Il a été contraint de réduire les coupes dans les hôpitaux régionaux. Il a dû retirer sa mesure phare: la «contribution de crise» sur les salaires. C’est une défaite majeure! Il faut souligner aussi le maintien des décharges de fin de carrière des enseignant·es, la réduction de moitié des coupes dans les EMS, la suppression de la coupe 2027 dans l'enfance et la revalorisation accélérée des salaires dans le social parapublic.

La grève paie!

Ces reculs ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été arrachés au gouvernement par la lutte. La mobilisation pour défendre les Pôles Santé, notamment à la Vallée de Joux, a été décisive pour réduire les coupes dans les hôpitaux. De même, si le Conseil d’Etat a dû retirer la «contribution de crise» – le marqueur central de sa politique d’austérité –, c’est bien à cause des grèves et manifestations de masse.

Un bilan en demi-teinte

En fin de compte, le bilan est en demi-teinte. Un budget porteur de régression sociale a été adopté. Tout triomphalisme serait donc déplacé. Pour autant, la mobilisation des salarié·es a contraint le gouvernement à reculer sur des points centraux de son projet. Or, il est rare de faire plier un employeur. C’est un succès en soi! Ce mouvement de lutte a aussi permis à des dizaines de collectifs de salarié·es de se former à l’action directe sur leur lieu de travail et de développer une conscience de leur force. De même, la détermination et la solidarité qui ont animé les manifestations ne disparaîtront pas de sitôt. Bref, si un budget d’austérité a été voté, les salarié·es du secteur public et du parapublic, en tant que collectif partageant des intérêts communs, sortent renforcé·e·s de ce conflit face à leur employeur, au service du patronat.

Leur feuille de route…

La feuille de route du Conseil d’Etat est claire: piller la caisse, casser le service public. La politique de défiscalisation en faveur des possédant·es se poursuivra. Les salarié·es et usagers·ères devront en régler la facture. C’est une logique de redistribution à l’envers. Elle génère une véritable violence, sociale: dans les EMS, dans les urgences surchargées, dans les institutions sociales sous-dotées, etc. Elle va à l’encontre du bien commun.

… et la nôtre

Il n’y a pas de crise budgétaire. Rien n’oblige le gouvernement à poursuivre ses attaques contre les conditions de travail et à démanteler les prestations publiques. Il pourrait puiser dans les réserves et dans la fortune de l’Etat. Il devrait faire payer ceux qui ont bénéficié de ses cadeaux fiscaux. Mais le Conseil d’Etat n’a aucune intention d’aller dans ce sens. Pour l’y contraindre, demain comme hier, l’auto-organisation et la mobilisation collectives seront décisives.