Egalité salariale : le compte n’y est pas !

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Si l’âge de la retraite avançait au rythme de l’égalité salariale, on devrait travailler non pas une année de plus, mais 8 années de moins: tel est l’écart de salaire persistant entre les hommes et les femmes, calculé par l’OFS et sans prendre en compte le travail gratuit.

photo Eric Roset

Selon l’OFS: «en 2020, l’écart salarial global entre les sexes a diminué». Tenez-vous bien: la baisse est de 1% pour un écart salarial de 18%. Exprimé en francs, chaque mois de chaque année de leur vie, les femmes perdent 1500 francs par rapport aux hommes. Et cela pour un emploi à plein temps, c’est-à-dire pour un temps de travail égal.

C’est sur la base de cette égalité salariale inexistante, qu’une majorité d’hommes nous a imposé de travailler une année de plus dans le projet d’AVS 21. Il y a de quoi être en colère!

L’Enquête suisse sur les salaires, dont les principaux résultats viennent d’être publiés par l’OFS prend en considération le salaire mensuel brut moyen à plein temps. En 2020, ce salaire est de 8317 francs pour les hommes et de 6817 francs pour les femmes. Pour les femmes, ce salaire est le plus souvent théorique, puisque, en Suisse, la majorité d’entre elles, en particulier les mères, sont actives professionnellement à temps partiel, pas toujours par choix.

L’OFS insiste sur l’écart salarial dit inexpliqué, qui est considéré comme «discriminatoire» car il ne s’explique par rien d’autre que l’appartenance (ou à l’assignation) au sexe féminin. Cet indicateur est très discutable d’un point de vue féministe. Il ne tient en effet pas compte de phénomènes aussi connus que le plafond de verre ou la dévalorisation des emplois exercés majoritairement par les femmes.

Dans une société qui combat les discriminations, l’écart inexpliqué devrait diminuer. En Suisse, c’est le contraire : la part de l’écart inexpliqué a augmenté, passant de 42% en 2014 à 48% en 2020. Cet écart inexpliqué représente une somme de 717 francs par mois. Calculée sur une vie active de 40 ans, la perte totale est de 344'160 francs. Un gros manque à gagner que rien n’explique, mais qui explique l’immense écart des rentes entre les femmes et les hommes.

S’il est si difficile de faire avancer l’égalité des salaires, c’est parce que l’économie en tire profit : l’argent volé aux travailleuses finit dans les poches des patrons et des actionnaires. Et ils ne veulent rien lâcher de leurs privilèges. Nous non plus nous ne lâcherons rien et nous préparons une nouvelle grève féministe pour le 14 juin 2023 [1].


[1] https://www.uss.ch/themes/egalite/detail/salaires-des-femmes-les-choses-doivent-avancer-une-fois-pour-toutes-ess2022