Voter oui et continuer la mobilisation!

Photo Eric Roset

de: Beatriz Rosende, secrétaire centrale SSP

Le 28 novembre, nous voterons sur l’initiative « pour des soins infirmiers forts ». Une votation qui tombe à pic: les infirmières et infirmiers – et toutes et tous les autres professionnel·le·s de la santé – sont désormais considérés comme indispensables à notre survie et à notre guérison. Voter oui, c’est les encourager.

Les sondages sont clairs: c’est un oui qui sortira des urnes. La seule inconnue porte sur l’ampleur de cette acceptation.

La sympathie de la population pour les soignant-e-s ne suffit pas à expliquer cet enthousiasme. Depuis quelques mois, le personnel soignant est de plus en plus mobilisé, exaspéré de voir que rien ne change malgré les taux d’absentéisme et les départs en forte augmentation.

Samedi 30 octobre, 5000 personnes ont défilé dans les rues de Berne. Dans leurs rangs, une immense majorité de femmes travaillant dans la santé, venues des quatre coins du pays. Malgré l’épuisement dans les services, malgré les collègues qui travaillaient ce jour-là, malgré une météo maussade, elles ont défilé pour dire leur colère, munies de centaines de petits cartons barrés de leurs slogans.

Quelques jours plus tôt, la colère était montée d’un cran, en particulier en Suisse romande, à la suite d’un reportage de la RTS consacré aux salaires prétendument «élevés» des infirmières. Selon la RTS, une infirmière diplômée en Suisse gagnerait 7429 francs brut par mois (89 148 francs par an).

Les nombreuses infirmières qui gagnent bien moins ont été choquées et l’ont écrit à la journaliste en charge du reportage. Très vite, celle-ci s’est excusée dans un courriel où elle se disait « navrée » du malentendu: le montant de 7429 francs représente le salaire médian de la profession – ce qui veut dire que les 50% du personnel gagnent moins, 50 % gagnent plus. Quelques jours plus tard, la RTS revenait sur le sujet pour se dédouaner. On nous expliquait que ce salaire médian, calculé par l’Office fédéral de la statistique (OFS), inclut les revenus des infirmières spécialisées et des cadres. Il est calculé pour un poste à 100%. Mais qui travaille encore à 100% dans les soins aujourd’hui? Plus grand monde: en raison des mauvaises conditions de travail, les soignant-e-s doivent réduire leur taux d’occupation pour tenir.

Une récente étude [1] sur les salaires des titulaires d’une formation décrochée au sein d’une Haute école spécialisée (HES), tous diplômes et branches d’activité confondus, indique un salaire médian de 99 450 francs par an, donc bien plus élevé que celui annoncé dans le reportage. L’étude montre des variations selon les secteurs. Sans surprise, le salaire médian est plus bas dans les branches où travaillent une majorité de femmes.

Si les infirmières gagnaient réellement le salaire médian annoncé à la télévision, ce ne serait donc que justice, en raison de leur niveau de formation et de leurs responsabilités. Or elles gagnent moins. Il est d’autant plus écœurant de constater que ces montants sont instrumentalisés par les opposant-e-s à l’initiative «pour des soins infirmiers forts»!

Parmi ces opposant-e-s, on trouve les caisses maladie, qui prédisent une hausse des primes à grand renfort d’arguments fumeux. Tandis que les faîtières patronales nous expliquent que le contre-projet du Conseil fédéral serait bien suffisant, car les négociations cantonales permettraient de «réguler» correctement les conditions de travail. Pourtant, ces mêmes employeurs nous répètent, à longueur de négociations, l’impossibilité d’augmenter les salaires et d’améliorer les conditions de travail, en raison du mode financement national du secteur de la santé!

Il faut donc voter oui à l’initiative «pour des soins infirmiers forts» le 28 novembre. Et continuer nos mobilisations pour revaloriser toutes les professions de la santé!


[1] FH suisse dévoile le salaire médian des diplômé-e-s HES. 25 mai 2021.