Stop aux violences contre les exilé-e-s! Pour un service public de l’asile et de l’accueil!

Photo Eric Roset

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale

«Les centres fédéraux d’asile ne sont pas des lieux sûrs». Début mai, une enquête menée par la RTS, l'émission de télévision alémanique Rundschau et de l’hebdomadaire Wochenzeitung (6 mai 2021) a révélé que des requérant-e-s d’asile avaient été victimes de coups et violences dans plusieurs centres fédéraux d'asile.

Les violences ont été perpétrées par des agent-e-s employé-e-s par les sociétés privées Securitas SA et Protectas SA, auxquelles le Secrétariat d’Etat à la migration sous-traite les tâches de «sécurité» au sein de ces centres. Elles ont été «couvertes», notamment grâce à des rapports truqués produits par les agent-e-s de sécurité concerné-e-s.

L’enquête menée par les trois médias fait suite à plusieurs dénonciations de violences dans les centres fédéraux, faites par des associations de soutien aux migrant-e-s. Jusqu’ici, le SEM avait nié ces violences et rejeté la faute sur les requérant-e-s. Face aux témoignages documentés publiés dans les médias, le Secrétariat d’Etat aux migrations a dû changer de ton. Il a suspendu quatorze de ces employé-e-s de sociétés privées et a lancé une enquête externe.

Il était temps que le SEM réagisse. Cependant, les mesures prises sont largement insuffisantes et ne cible que le dernier maillon d’une chaîne des responsabilités bien plus large tant au niveau administratif que politique.

En effet, les violences perpétrées contre des exilé-e-s s’inscrivent dans un système d’ensemble et les centres fédéraux d’asile ont été conçus dès le départ comme des structures de contrôle et de répression des migrant-e-s. Au cours des dernières décennies, le système d’asile helvétique a été transformé en machine visant à dissuader, éloigner et illégaliser les exilé-e-s cherchant une protection en Suisse. Cela se traduit par un durcissement continu de la loi sur l’asile, mais aussi de son application dès l’entrée des réfugié-e-s en Suisse. Ce système de dissuasion et de maltraitance est orchestré par le SEM lui-même.

Les centres fédéraux d’asile sont de fait des quasi-prisons dans lesquelles les requérant-e-s subissent de mauvais traitements psychologiques et physiques, dus aussi à un manque de personnel formé, s’inscrit dans ce contexte. «Le SEM adopte un régime strict, fortement axé sur le contrôle et la sécurité, dans les centres d'asile fédéraux (CFA)», écrivait Amnesty international il y a plus d’une année. «Les habitants ont peu de marge de manœuvre pour organiser leur vie quotidienne de manière autonome. Les atteintes à la vie privée au nom de la sécurité sont considérables (fouilles régulières des chambres, parfois la nuit et sans frapper au préalable, fouilles corporelles à chaque fois qu'une personne entre dans le CFA, et fouilles régulières des enfants et des bébés). Amnesty est régulièrement confrontée à des plaintes concernant le comportement grossier et/ou désobligeant des employés des prestataires de services de sécurité (Securitas, Protectas, etc.) à l'égard des demandeurs d'asile».

La sous-traitance de la «sécurité» (à des sociétés, qui emploient du personnel sous-payé et non formé, soumis à des conditions de travail très dures, est un élément de ce système de maltraitance. Au passage, n’oublions pas que ces mandats ne sont pas confiés à des ONG, mais à des entreprises qui font du profit sur le dos des migrant-e-s, du personnel et des contribuables.

C’est donc l’ensemble du système d’asile et de son application qui doit être revu.

Pour le SSP, la politique de dissuasion et de répression en matière d’asile doit être remplacée par une politique d’accueil. Cela passe notamment par la mise sur pied d’un véritable service public d’accueil aux migrant-e-s, employant du personnel en suffisance, bienveillant, formé et disposant de conditions de travail et de salaire adéquates. Le premier pas doit être de retirer leur mandat aux sociétés privées coupables de violences dans les centres et de réintégrer leurs tâches au sein du service public.

En parallèle, le SSP soutient les nombreux appels favorables à l’accueil d’exilé-e-s bloqué-e-s aujourd’hui dans des conditions inhumaines dans les camps-bidonvilles situés sur les îles grecques.

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