Solidarité avec les exilé-e-s afghan-e-s!

photo Demir Sönmez

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP et Guy Zurkinden, rédacteur

«Le pays va connaître un nouvel exode. C’est en grande partie notre responsabilité, à nous, Occidentaux, il est donc logique que nous accueillions ces exilés», soulignait Adam Baczko, chargé de recherche au CNRS et spécialiste de la région, quelques jours avant la chute de Kaboul (1). Les appels à la solidarité avec les milliers d’Afghan-e-s cherchant à fuir le régime taliban se multiplient. Leur concrétisation se heurtera cependant à d’importants obstacles.

Le 5 août, au moment où les talibans étendaient leur mainmise sur le pays, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, la Grèce et la Belgique écrivaient à la Commission européenne. Objectif: convaincre ses membres de poursuivre les retours forcés vers l’Afghanistan. Argument invoqué: ne pas créer un «appel d’air» vers l’Union européenne (2). Allemagne, Pays-Bas et France ne sont revenus sur leur décision que le 10 août. À Berne, le Secrétariat d’Etat à la migration a attendu un jour de plus pour annoncer la suspension des renvois vers l’Afghanistan.

Les dirigeants européens et helvétiques sont aujourd’hui obligés de mettre un terme aux renvois forcés. Cependant, au vu du durcissement brutal de leurs politiques d’asile au cours des dernières années, il est probable qu’ils feront le maximum pour tenir une majorité des exilé-e-s afghan-e-s à bonne distance de la «forteresse Europe» _ comme ils le font pour celles et ceux qui fuient d’autres situations de guerre, d’oppression ou de misère.

L’allocution tenue par Emmanuel Macron le 16 août confirme cette hypothèse. «Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers et importants», affirmait le président français. Et d’insister sur «la mise en place de coopération avec les pays de transit et d’accueil, comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran».

Ce type de «coopération» a débouché, en 2016, sur le deal passé entre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et l’Union européenne: en échange de quelques milliards d’euros et de l’ «oubli» bienveillant de sa répression terrible du peuple kurde, M. Erdogan s’engageait à maintenir 4 millions de réfugié-e-s syrien-ne-s sur le territoire turc.

Seule une large mobilisation en faveur de l’accueil des femmes, des hommes et des enfants fuyant le régime taliban pourra éviter un scénario semblable.

En Suisse, notre mobilisation sera aussi nécessaire pour faire bouger un Conseil fédéral qui a annoncé qu’il ne comptait accueillir que… 230 exilé-e-s afghan-e-s. Elle pourrait s’articuler autour d’une double exigence. D’une part celle d’accueillir un contingent significatif de réfugié-e-s en provenance d’Afghanistan – le Parti socialiste a articulé le chiffre de 10'000 personnes. Cela implique l’ouverture de voies de migratoire légales et sûres, pour éviter à ces personnes un long et dangereux périple. De l’autre, l’octroi immédiat d’une autorisation de séjour à l’ensemble des Afghan-e-s présent-e-s dans notre pays, y compris celles et ceux à l’aide d’urgence, accompagné de l’attribution de visas humanitaires destinés aux membres de leurs famille – au sens large du terme.

Un appel dans ce sens a été adressée à la conseillère fédérale en charge de la migration, Karin Keller-Sutter, par la Coalition des juristes indépendant-e-s pour le droit d’asile.

Ces revendications méritent tout notre soutien.

Editorial, Services Publics n°12, 20 août 2021


(1) Libération, 10 août 2021.
(2) Réfugiés afghans: l’hypocrisie européenne. Mediapart, 16 août 2021.