Pas touche aux rentes des femmes !

A 7 jours de la Grève féministe du 14 juin, Katharina Prelicz-Huber, présidente du SSP, est intervenue lors de la conférence de presse réunissant des femmes syndicalistes et des représentantes de la Commissions de la sécurité sociale et de la santé publique (CSSS-CN).

Grève féministe du 14 juin 2021 – AVS 21
L'intervention de Katharina Prelicz-Huber, présidente SSP

Juin 2021 – nous sommes au beau milieu d’une «année jubilaire» célébrant le droit de vote et d’éligibilité des femmes, qui n’a que 50 ans. Et cela, deux ans après l’événement historique de la grève féministe / des femmes*, qui a fait descendre plus d’un demi-million de femmes* et d’hommes* solidaires dans la rue pour exprimer leur mécontentement et leur colère face aux inégalités qui existent encore entre les femmes* et les hommes*.

Aujourd’hui, nous sommes de nouveau en colère et nous lançons un appel pour de nouvelles actions de grève: Au lieu d’augmenter les salaires et les rentes des femmes, la majorité bourgeoise veut nous obliger à accepter une révision de l’AVS qui force justement les travailleuses ayant des emplois précaires et des salaires bas à travailler plus longtemps. C’est inacceptable!

La pandémie a bouleversé les humains que nous sommes et le monde du travail, exacerbant les inégalités et creusant encore davantage le fossé des revenus. Tandis que les plus riches continuent à s’enrichir grâce à leurs revenus et aux gains boursiers, la pandémie frappe le plus durement les plus pauvres aux salaires les plus bas, et de manière disproportionnée les femmes. Simultanément, ce sont surtout les femmes qui subissent le plus gros de cette crise dans les professions d'importance systémique des services publics.

Or la crise a montré très clairement à quel point il est important de disposer de services publics performants: prestations de qualité dans le système de santé, le système éducatif – y compris pour l’enseignement en ligne, les transports publics, la gestion des déchets, les moyens de communication, la gestion des logements, la distribution de l’énergie (par exemple pour le télétravail et les nombreuses visioconférences), etc. Il est important d’en prendre soin et de ne pas envisager des programmes d’économies parce que l'État a dépensé de l'argent pour des mesures de soutien aux salarié-e-s, aux indépendant-e-s, etc.!

Par ailleurs, la pandémie a également mis en évidence l’importance systémique des métiers du care liés aux soins de santé et à la prise en charge qui sont exercés dans la grande majorité des cas par des femmes. Qu’aurions-nous fait sans les personnels de la santé! Qu’en est-il de la reconnaissance absolument nécessaire de ces professions impliquant l’amélioration de leurs conditions salariales et de travail? Les applaudissements ne suffisent pas! En effet, depuis des années, nous sommes confrontés au problème suivant: d’ici 2030,
il nous manquera près de 200'000 professionnel-le-s de la santé!

Il est devenu évident que l’accueil des enfants et les soins aux proches âgés ne peuvent être assurés en même temps que le télétravail! Les lieux d’accueil de l’enfance ont une importance systémique et doivent être accessibles pour tou-te-s sous forme d’un service public. Cependant, le financement de ces structures n’est pas garanti, les salaires sont bas, le taux d’encadrement est calculé de manière trop juste et, pour des raisons de coûts, trop de postes de travail sont occupés par des personnes non formées pour cette tâche ou par des stagiaires.

Les femmes qui nous aident à traverser la crise auraient mérité de toucher une rente décente. Or ce sont précisément ces dernières qui ne peuvent obtenir une rente d’un bon niveau en raison de leurs bas salaires. Une assistante socio-éducative (ASE) dans le domaine l’accueil de l’enfance touche, par exemple, un salaire initial de CHF 4000 à 4200 par mois, et après 10 années d’expérience, son salaire se situe entre CHF 4500 et 4700.

La seule raison pour expliquer ces bas salaires est le fait que ce travail est accompli par des femmes. Un spécialiste de gestion des risques et des crédits commence sa carrière avec un salaire de CHF 8750 par mois, et un directeur financier débute même avec un salaire de CHF 14'000 par mois. Si l’assistante socio-éducative a elle-même des enfants et qu’elle ne travaille qu’à temps partiel, elle ne touchera qu’une rente misérable à la retraite, tandis que le «manager» bénéficiera d’une rente confortable. Il s’agit d’une situation intolérable; il faut donc d’urgence revaloriser les métiers des soins et du care! Le Conseil national devrait régler ce problème-là au moyen de la réforme «AVS 21», plutôt que d’élever l’âge de la retraite de femmes en prévoyant de verser des compensations honteusement basses.

C’est exclusivement à nos dépens que l’on veut combler le trou dans la caisse de l'AVS. En plus de toutes les inégalités subies, nous devrions travailler encore une année de plus, tout en perdant CHF 1200 de rente par année. Quel affront! Surtout si l'on tient compte des nouveaux chiffres: sans inégalité salariale, nous n'aurions pas de "trou" et 825 millions de plus dans les caisses de l'AVS chaque année!

En outre, il existerait des solutions beaucoup plus solides et durables pour refinancer le trou dans la caisse de l’AVS, telles que l’augmentation de la contribution de la Confédération, l’utilisation des bénéfices réalisés par la BNS ou une taxe sur les transactions boursières. L’AVS est l’assurance sociale la plus équitable, la plus sociale et la plus sûre – en particulier pour les jeunes. Il ne faut donc pas l’affaiblir, mais la renforcer.

Sur le plan des caisses de pensions, les femmes ne touchent que la moitié de ce que touchent les hommes. Et plus d’un tiers des rentières ne vit que de la rente AVS. Quant à la rente LPP, elle ne fait que diminuer continuellement, malgré le versement de cotisations de plus en plus élevées. Le «compromis des partenaires sociaux», qui fait actuellement l’objet de discussions, est violemment attaqué par les bourgeois en raison du petit effet de redistribution qu’il prévoit. Certes, ce compromis comporte de nettes améliorations, surtout pour les personnes ayant des bas salaires et pour les femmes, raison pour laquelle il faut absolument lui apporter
notre soutien. Néanmoins, la LPP reste une loi mauvaise. A long terme, il faudra donc miser sur l’AVS. Au moyen de cette dernière, nous devrions pouvoir atteindre l’objectif fixé, à savoir le «maintien du niveau de vie habituel après le départ à la retraite».

A cet effet, l’initiative de l’USS «pour une 13e rente AVS» représente un pas important dans bonne direction.

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