Oui à l’initiative 99%!

Les détenteurs de capitaux accaparent une part croissante des richesses. La Jeunesse socialiste veut inverser la vapeur.

Après la publication d’un sondage montrant la bonne tenue de l’initiative 99%, les milieux bourgeois sortent l’artillerie lourde contre le texte de la Jeunesse socialiste. Pour rappel, l’objectif de l’initiative est de taxer plus fortement les détenteurs de capitaux — puis de redistribuer les sommes collectées par ce biais vers une majorité de la population.

Fabio Regazzi, le patron de l’Union suisse des arts et métiers (USAM), s’y oppose becs et ongles. Il répète sur tous les tons que « les inégalités ne sont pas très grandes en Suisse » et que les riches s’acquittent déjà de leur part, en payant « beaucoup plus d’impôts ».

Boom du capital…

Ce n’est pas vraiment le tableau esquissé par le sociologue Daniel Oesch, qui travaille sur les disparités sociales à l’université de Lausanne. Dans une récente interview, M. Oesch livre l’analyse suivante: « Au cours des 20 dernières années, nous avons connu une forte croissance de la population et de l’économie nationale, mais l’augmentation réelle des salaires n’a été, en moyenne annuelle, que d’un demi-pourcent. Au niveau du capital et d’une partie minuscule des salarié-e-s, au contraire, on a observé de gigantesques augmentations de revenus. À partir de cette réalité se développe le sentiment d’une inégalité croissante ».

… Sur-place du travail

«Quand les chefs d’entreprise gagnaient entre un demi-million et un million, au maximum, il y a 25 ans, et qu’aujourd’hui ils touchent entre 5 et 10 millions, cela veut dire qu’ils ont multiplié leur salaire par 10», complète le sociologue. « Le travailleur moyen, en revanche, a fait du sur-place (…) Depuis 2000, les salaires réels ont très peu augmenté en Suisse. C’est là-dessus que se base le sentiment actuel de stagnation, voire même de recul». Un sentiment qui explique la sympathie soulevée par l’initiative des Jeunes socialistes parmi de larges secteurs de la population — et, a contrario, la préoccupation des milieux patronaux.

Ce constat est partagé par les syndicats. «Avec la flambée du marché des actions et de l’immobilier, les très riches sont devenus encore plus riches. L’écart des fortunes et des revenus n’a cessé de se creuser depuis les années 1990» explique Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union syndicale suisse. Il y a trente ans, le pourcent le plus riche de la population possédait 33% de la fortune totale déclarée en Suisse. Aujourd’hui, il en contrôle les 43%. «Ces personnes sont propriétaires d’entreprises, d’immeubles d’habitations, de forêts et de terres agricoles, et elles en font leurs affaires. Les dividendes et les revenus des loyers rapportent beaucoup d’argent: ça peut vite atteindre un million de francs par année», précise M. Lampart.

Le rôle de la fiscalité

La principale source de l’enrichissement de ces investisseurs est le creusement, souligné par M. Oesch, entre la part des richesses qui revient au Capital (sous la forme de dividendes, de l’augmentation du prix des actions ou du niveau des loyers), et celle qui revient aux salarié-e-s. Une tendance qui opère à l’échelle internationale — tout comme le capitalisme helvétique, dont les entreprises et les banques ne connaissent pas les frontières. L’évolution de la politique fiscale a encore accentué ces inégalités: au cours des dernières années, « de nombreux cantons ont sensiblement baissé les impôts sur le revenu, l’impôt sur la fortune a été divisé par deux à bien des endroits et l’impôt sur les successions a été aboli pour les descendant-e-s direct-e-s », souligne Daniel Lampart. On peut citer aussi la deuxième (RIE II), puis la troisième révision de l’imposition des entreprises (RFFA), très favorables aux actionnaires.

Changer de cap!

À Berne, les partis bourgeois sont bien décidés à continuer sur leur lancée. Ils viennent d’imposer au Parlement la suppression d’une partie des droits de timbre, un impôt sur l’émission d’actions. De son côté, le Conseil fédéral propose de supprimer l’impôt anticipé payé par les titulaires d’obligations. Tout cela, pendant que plus d’un million de personnes sont menacées de pauvreté en Suisse!

En exigeant un changement de cap favorable à celles et ceux n’ont que leur force de travail pour vivre, l’initiative 99% marque un point important.

Votons Oui le 26 septembre!