Nous pouvons agir pour l’avenir

photo : Valdemar Verissimo

de: Interview de Guy Zurkinden

Dans le canton de Vaud, les militant-e-s du secteur de l’enfance préparent activement la mobilisation du 21 mai. Questions à Ludovica Gianocca, éducatrice dans un Centre de Vie enfantine en ville de Lausanne.

Comment est venue la décision de vous mobiliser le 21 mai ?

Ludovica Gianocca – L’impulsion est venue de discussions que nous avons eues entre éducateurs et éducatrices du groupe Enfance du SSP – Région Vaud. Nous partageons en effet toutes et tous la conviction de l’urgence climatique et pensons qu’il faut se mobiliser pour stopper la catastrophe en cours.

Nous faisons aussi le lien entre cette problématique et notre activité professionnelle: dans notre quotidien, nous sommes directement en lien avec les enfants, qui sont les adultes de demain ! Or la sensibilisation et la prévention sont un élément très important de nos activités. Nous avons donc la possibilité de penser et agir pour l’avenir.

Dans ce sens, nous pensons qu’une réflexion écologique doit être mise sur pied dans notre secteur, et qu’elle doit être suivie d’effets.

Comment préparez-vous concrètement la Grève pour l’Avenir ?
Dans un premier temps, nous avons établi des revendications pour notre secteur, qui seront diffusées dans les différentes structures et seront au coeur de notre mobilisation le 21 mai. Elles touchent différents domaines.

Il y a d’abord la nécessité de reconnaître la situation d’urgence climatique – une demande commune à tous les mouvements et associations impliqués dans la Grève pour l’Avenir.

Ensuite, nous avons formulé des revendications en lien avec notre activité professionnelle. Nous demandons une réflexion, suivie d’actions, sur le type d’alimentation que les structures d’accueil proposent aux enfants – au niveau des fournisseurs des repas et de la manière dont sont produites les denrées alimentaires, l’accès à des produits bio et locaux. Nous voulons aussi des mesures pour lutter contre le gaspillage des ressources.

La dimension de l’énergie et des infrastructures est un autre axe, avec la nécessité de faire un bilan écologique des bâtiments et locaux que nous utilisons, dans l’idée de minimiser leur impact sur l’environnement.

Autre thème important: la formation et la sensibilisation à l’attention des collègues, des enfants et des familles. Nous demandons que l’employeur permette aux collaborateurs-trices de se former aux enjeux climatiques et favorise leur engagement sur ce thème. Dans ce but, des moyens concrets doivent être mis à disposition. Objectif: mettre sur pied des stratégies de sensibilisation dans une perspective écologique et sociale. Cette tâche est centrale: l’accueil de l’enfance est un lieu important de socialisation pour les enfants et les familles. Y stimuler la prise de conscience sur l’urgence climatique peut donc avoir un impact important.

Nous demandons aussi une réflexion sur l’empreinte numérique des différents outils que nous utilisons.

Il y a aussi toute la dimension financière, notamment l’impact des investissements de notre caisse de pension sur les émissions de CO 2.

Enfin, nous revendiquons une réduction du temps de travail, sans réduction du salaire.

Quelle sera la deuxième étape ?
L’idée est maintenant de partager nos revendications avec l’ensemble des collègues sur les lieux de travail, puis de faire exister les collectifs qui porteront ces demandes. Dans cet objectif, nous avons par exemple lancé un groupe de travail sur le thème de la durabilité au sein de ma structure.

En parallèle, nous allons discuter des manières de rendre visible la mobilisation du 21 mai sur nos lieux de travail, selon la créativité et les possibilités de chaque équipe. Notre programme s’inscrira dans les activités planifiées au niveau régional et national – avec l’alarme climatique à 11 h 59, puis les manifestations en fin de journée.

Comment se passe la discussion avec les collègues ?
La conscience de l’urgence climatique est partagée par de nombreuses et nombreux salarié-e-s de l’accueil de l’enfance. Le sujet n’est donc pas difficile à aborder. C’est plutôt la charge de travail élevée qui fait obstacle à la mobilisation. Pour que quelque chose bouge, il faut que des militant-e-s prennent l’initiative et proposent des choses.

Le 21 mai, un premier pas

Une journée de mobilisation ne suffira pas pour imposer les changements nécessaires pour répondre à l’urgence climatique. Pensez-vous déjà à la suite ?

Pour nous, le 21 mai est un premier pas qui devra être poursuivi.

L’idée est donc d’inscrire dans la durée les collectifs qui voient le jour dans le cadre de la mobilisation du 21 mai. C’est dans l’esprit de la Grève pour l’Avenir: créer des entités, y compris sur les lieux de travail, qui continueront à travailler sur le long terme.

Nous nous inscrivons dans un projet de longue haleine, visant à construire un avenir différent, dans lequel chacun-e a quelque chose à apporter.

Je pense que la génération des salarié-e-s actifs et actives aujourd’hui a un rôle clé à jouer. Nous avons peut-être plus de contraintes parce que nous sommes salarié-e-s, mais il est aussi possible de faire bouger beaucoup de choses au sein du monde professionnel dans lequel nous travaillons.

Au sein d’un monde globalisé, il faut notamment repenser le lien que nous entretenons avec l’ensemble de la société et son environnement. Dans cette perspective, des secteurs comme ceux de l’accompagnement, de l’éducation ou des soins ont un rôle essentiel à jouer.

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