Grève féministe: cap sur 2023 !

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Le 14e Congrès des femmes de l’USS s’est tenu les 12 et 13 novembre à Berne. 220 déléguées ont voté une charte pour un syndicalisme féministe et décidé d’une nouvelle grève en 2023.

L’idée d’une nouvelle grève des femmes, suivant l’exemple de celle du 14 juin 1991, avait été lancée lors du congrès des femmes de l’Union syndicale suisse (USS), en janvier 2018. Les quatre années suivantes ont été mouvementées – de la grande manifestation du 22 septembre 2018, qui a réuni 20 000 personnes à Berne, au 14 juin 2021, lorsque 100 000 personnes ont défilé dans tout le pays, malgré la pandémie, en passant par la grève féministe du 14 juin 2019, d’une ampleur jamais connue en Suisse. Le mouvement de la grève féministe a démontré que les femmes et les personnes LGBTQIA+ sont une force de mobilisation avec laquelle il faut compter.

Rebelote en 2023
Une grève d’un jour, même massive, ne peut pas inverser un rapport de forces forgé par des siècles de patriarcat et de domination capitaliste. Ainsi, la grève du 14 juin 2019 a permis une réelle prise de conscience des enjeux féministes et donné un nouveau souffle à nos revendications. Mais le combat reste entier: il faut améliorer les salaires et les conditions de travail, augmenter les rentes, revaloriser les métiers féminins, répartir le travail de soins et d’assistance de façon plus égalitaire. Il faut aussi une vraie protection contre la discrimination et toute forme de violence sexiste, une réduction du temps de travail et un service public de l’accueil de l’enfance. Pour avancer dans ce sens, il est nécessaire de poursuivre sur le chemin de la mobilisation. C’est pourquoi les délégué-e-s ont fixé deux axes de lutte prioritaires: en 2022, elles veulent mettre en échec la réforme AVS 21. Puis, en 2023, elles sont déterminées à organiser une nouvelle grève féministe de grande ampleur sur les lieux de travail.

Unies contre AVS 21
Les 220 déléguées ont joint le geste à la parole: en formant avec leurs corps un poing géant, elles ont réaffirmé leur opposition à toute détérioration des rentes de vieillesse – à commencer par le projet AVS 21 et la hausse de l’âge de la retraite des femmes. Elles ont rappelé que plus de 300 000 femmes ont signé l’appel « Pas touche à nos rentes ! » et que, le 18 septembre, 15 000 personnes ont manifesté à Berne contre l’élévation de l’âge de la retraite. Pourtant, le Parlement continue ses attaques – non seulement contre l’AVS, mais aussi contre les rentes versées par le 2e pilier. Le congrès des femmes de l’USS a donc affirmé sa détermination à lancer le référendum contre AVS 21. On ne lâche rien !

Pour un syndicalisme féministe
Leitmotiv du congrès, la question du féminisme dans les syndicats a été abordé par les nombreuses invitées. Dore Heim, historienne, nous a plongées dans l’histoire mouvementée des femmes de l’USS, en racontant le courage et la détermination des premières femmes syndicalistes. Katharina Prelicz-Huber, présidente du SSP, Vania Alleva, présidente d’Unia et Nora Back, dirigeante de la Confédération syndicale luxembourgeoise, ont participé à une table ronde consacrée au pouvoir de la mobilisation des femmes. La sociologue Pauline Delage nous a montré comment le renouveau du féminisme au niveau international a des effets positifs sur le mouvement syndical, sur la manière de concevoir le travail et la conflictualité de classe. Un propos illustré par la syndicaliste Tiziri Kandi, qui a évoqué l’extraordinaire grève des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles, en France. Enfin, trois militantes du SSP sont revenues sur la mobilisation des personnels de la santé en 2020 et 2021, et une travailleuse de Smood a témoigné de la grève en cours contre cette compagnie de livraison – un combat salué par une ovation et une résolution de soutien. Pour toutes, une conclusion s’impose: la lutte paye !

Nombreuses résolutions
Le congrès a adopté de nombreuses résolutions (1): pour la réduction du temps de travail sans baisse de salaire, afin que femmes et hommes puissent partager équitablement le travail rémunéré et non rémunéré; pour un service public de l’accueil des enfants; pour un véritable congé parental, en plus des congés maternité et paternité actuels et élargis aux parents adoptifs et/ou de même sexe; pour la ratification de la Convention n° 190 de l’Organisation internationale du travail (OIT) contre toute forme de violence et de harcèlement sexuels; pour une politique migratoire solidaire, basée sur le principe de l’égalité des droits, et pour la régularisation de toutes les personnes sans statut légal.

Une charte pour l’USS
En conclusion, les déléguées ont adopté une charte établissant les lignes directrices d’une organisation et d’une action syndicales féministes (2). Les coprésidentes de la commission Femmes de l’USS l’ont remise au président de la centrale syndicale, Pierre-Yves Maillard, dans la perspective de son congrès ordinaire qui se tiendra dans une année. Objectif de ce texte: construire un syndicalisme dynamique, combatif, féministe et inclusif !

Travailleuses en première ligne !
L’élan de la grève féministe a été quelque peu freiné par la pandémie.
En mars 2020, le monde s’est arrêté. Le monde, mais pas tout le monde: les travailleurs-euses des secteurs essentiels n’ont pas cessé leur labeur, et il est apparu au grand jour que leur majorité est composée de femmes, souvent des migrantes. La pandémie a également mis en lumière que, si le travail féminin est indispensable, il est largement sous-estimé et sous-payé.

Dans une résolution, les déléguées du congrès de l’USS font le constat suivant: « Alors que la crise sanitaire a mis en avant la fonction essentielle de ces professions pour la collectivité et notre économie, on aurait pu s’attendre à ce que le système soit repensé. À contrario, la crise sanitaire a contribué à renforcer le système néolibéral qui attaque frontalement les conditions de travail et de vie des métiers essentiels, exercés majoritairement par des femmes. À titre d’exemple, la droite veut imposer aux femmes de travailler une année supplémentaire avec son projet de réforme AVS 21 ».

Et de conclure sur la nécessité de mobiliser les travailleuses en première ligne pour une nouvelle grève féministe. Cela implique de réfléchir, tant aux modalités d’action à déployer dans ces domaines qu’aux revendications susceptibles d’améliorer les conditions de travail et de redonner du sens aux métiers essentiels à la vie.


(1) À consulter ici: https://www.uss.ch/fileadmin/redaktion/docs/mk-cp/211113_Resolutions-adoptees.pdf
(2) La charte à lire sur : https://www.uss.ch/fileadmin/redaktion/docs/mk-cp/211113_Charte_CongresDesFemmes.pdf

→ Vers la galerie photos de l'USS