Chaque victoire compte !

photo Eric Roset

de: Wolfgang Müller, président de la Commission Santé du SSP et Beatriz Rosende, secrétaire centrale

Au mois de septembre 2018, des collègues de l’Hôpital zurichois ont lancé l’offensive. Pour travailler dans les institutions de la santé, il faut souvent porter une tenue spéciale. Or, se changer prend du temps. D’autant plus que, parfois, il faut patienter devant des machines à distribuer les blouses, nouvelles et sophistiquées.

« Ces minutes sont-elles du temps de travail ? » s’est interrogé le personnel à Zurich.
La loi sur le travail (LTr) le suggère. Mais il faudra attendre début 2019 pour que le secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) le confirme clairement: « Toutes les activités et mesures qui doivent être effectuées ou prises, par exemple pour des raisons de sécurité ou d’hygiène au travail, avant que l’acte de travail à proprement dit puisse débuter, comptent comme temps de travail. L’habillage et le changement de vêtements nécessaires au processus de travail en font partie ». Voilà qui semble clair et incontestable.

Satisfait de cet éclaircissement, le SSP se saisit du dossier. À travers tout le pays, le syndicat intervient pour exiger que la LTr soit appliquée. Mais il y a un problème: le respect de la loi n’est pas automatique. Quand on brûle un feu rouge au volant d’une voiture et qu’on est pris sur le fait, on paie une amende. Mais en matière de loi sur le travail, la réalité est différente. Lorsqu’un employeur viole la loi, et qu’un-e inspecteur-trice du travail constate l’infraction, le plus grand risque qui pèse sur le patron est… celui de devoir appliquer la loi.

En matière temps d’habillage, les dispositions légales sont encore loin d’être respectées partout. Le SSP a donc décidé d’insister. Nous avons déposé des plaintes auprès du Seco, des inspections du travail cantonales et devant les tribunaux.

Arrive la pandémie. Le changement de tenue devient une exigence encore plus stricte: question d’hygiène et de protection des patient-e-s. Encore un bon argument pour faire entendre aux employeurs que la loi doit vraiment être respectée. Les vagues de Covid déferlent, mais toujours pas de signaux clairs. Le SSP continue d’insister. Enfin, début 2021, quelques hôpitaux, EMS et institutions de soins à domicile acceptent d’entrer en matière. Combien de temps prend cet habillage et déshabillage ? Quelques minutes par jour. Pour un-e salarié-e à plein temps, cela peut représenter entre 4 et 5 jours de congé supplémentaires par année ! C’est loin d’être négligeable.

Sans le syndicat, les employeurs continueraient à considérer que ce temps d’habillage est une activité non rémunérée. Encore une façon de payer moins cher un travail majoritairement effectué par les femmes !

Certes, ces quelques minutes gagnées par l’insistance syndicale ne vont pas changer radicalement les conditions de travail d’un personnel sur-sollicité. Elles sont cependant un exemple de lutte gagnante. D’autres victoires sont possibles – si, ensemble, nous sommes capables de lutter systématiquement pour nos conditions de travail.

Nous n’avons pas encore obtenu les reconnaissances et les revalorisations nécessaires en lien avec la pandémie, mais cette bagarre pour faire respecter la loi sur le travail peut être un argument pour convaincre les collègues que le syndicat est une force collective.

Et une motivation de plus pour nous mobiliser nombreuses et nombreux le 30 octobre à Berne. Objectif: revendiquer les nécessaires améliorations de nos conditions de travail et de salaire !


→ Plus d'infos sur la manifestation des personnels de santé du 30 octobre