À Bâle, le jugement de la honte

photo Eric Roset

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Au cœur de l’été, des centaines de femmes se sont mobilisées. Objectif: dénoncer la décision de la juge de la Cour d’appel de Bâle, qui a réduit la peine d’un violeur, de 51 à 36 mois de prison. Pour la Cour d’appel, la victime aurait en effet « partagé la responsabilité » du viol. Une position inadmissible, que le mouvement féministe dénonce dans le monde entier. Car jamais une victime de viol ne peut être tenue pour responsable !

« Le violeur, c’est toi »
Lors de la manifestation, qui a rassemblé 500 personnes en ville de Bâle, le collectif bâlois de la Grève féministe a mis en scène la flashmob « un violador en tu camino (1)» (« un violeur sur ton chemin »), lancée en novembre 2019 par le collectif féministe chilien Las Tesis et reprise depuis dans le monde entier. Un texte et une chorégraphie fortes, qui dénoncent les violences sexistes et déconstruisent les mécanismes culpabilisant la victime et aboutissant à faire peser sur elle la responsabilité du viol – alors que « le violeur, c’est toi ! ». Le jugement bâlois reproduit exactement ce que le mouvement féministe dénonce: en réduisant la peine du violeur, le tribunal atténue la gravité de son acte, excuse le violeur et réaffirme ainsi le pouvoir patriarcal tel qu’il a été construit depuis des siècles dans nos sociétés – et tel qu’il est encore ancré dans le Code civil suisse, dont la révision en cours au Parlement reste poussive.

Verdict patriarcal
Le collectif de la Grève féministe bâlois a insisté non tant sur la peine – au sein du mouvement féministe, il n’y a pas de consensus sur l’efficacité du système carcéral et sur le renforcement d’une logique punitive –, mais sur les motifs de la sentence. D’après le collectif, le tribunal a « joué avec le feu » et envoyé le mauvais signal: il a blâmé la victime et disculpé partiellement le coupable. Ce verdict est donc une humiliation pour les victimes de violences. Le fait que ce signal vienne d’un tribunal, censé rendre justice, est encore plus grave. Cette situation a donc logiquement entraîné la colère des femmes, amenant le collectif bâlois à se mobiliser.

« Une tentation grave » ?
La juge bâloise a justifié l’atténuation de la peine du violeur par l’application de l’article 48b du Code pénal. Cet article prévoit en effet que la punition peut être réduite « si l’auteur a été induit en tentation grave par la conduite de la victime ». Cette formulation exprime l’essence du patriarcat: elle renvoie la faute, la culpabilité et la honte dans le camp de la victime, exprimant une vision de la sexualité qui subordonne la volonté de la victime à celle de l’auteur – car le Code pénal ne reconnaît toujours pas le principe fondamental du consentement. La colère des activistes présentes devant la Cour d’appel a été également attisée par le fait que la présidente du tribunal a considéré que la durée du viol – 11 minutes – était « courte » (!), et que cela en atténuait les effets. Or, un viol reste un viol. Et quand on est victime d’une agression sexuelle, onze minutes peuvent durer une éternité !

Seul un oui est un oui
Pour la Grève féministe – et le SSP soutient cette analyse –, rien ne justifie la violence sexiste. Ni l’appartenance de genre, ni l’apparence, ni la manière de s’habiller – que la violence s’exprime dans la rue, à la maison ou sur le lieu de travail, de jour ou de nuit. Le jugement bâlois ne rend que plus urgente la mobilisation en faveur de la révision du Code pénal. Le dispositif juridique suisse en la matière est en effet l’un des plus rabougris d’Europe, avec des peines très faibles. Il date de de 1951 et ne répond même pas aux exigences de la Convention d’Istanbul, notamment parce qu’il ignore la notion de consentement. Or, seul un oui est un oui !

Manifestation samedi 21 août
Le SSP vous invite à participer à la mobilisation en solidarité avec la victime bâloise et pour le consentement, organisée par le groupe de travail « Pas sans mon consentement » du collectif vaudois de la Grève féministe.

Cette mobilisation aura lieu le samedi 21 août. Rendez- vous à 14h devant le Tribunal de Montbenon. Venez nombreuses et nombreux !


(1) À voir sur https://youtu.be/aB7r6hdo3W4