Situation inquiétante dans les EMS et licenciement abusif

de: Communiqué SSP

Le SSP constate que, dans la crise sanitaire actuelle, les pressions sur le personnel soignant s’intensifient et que les employeurs exigent maintenant le retour au travail du personnel vulnérable. Nous avons tenu une conférence de presse le 30 avril à Fribourg pour dénoncer ces pratiques.

Les conditions de travail pour le personnel des EMS est actuellement critique. L’insécurité est induite notamment par l’impossibilité de maintenir les distances de sécurité telles que préconisées par l’OFSP, et par le manque persistant de matériel de protection qui ne permet pas au personnel de se protéger de manière adéquate, spécialement pour les personnes dites vulnérables.

Dans ce contexte anxiogène, une aide-soignante d’un EMS fribourgeois a été licenciée avec effet immédiat à la mi-avril pour avoir envoyé, dans un groupe WhatsApp, un message de solidarité à des collègues, personnes à risques et au bénéfice d’une attestation médicale, à qui l’employeur demandait de retourner travailler. Au-delà du caractère totalement abusif de ce licenciement, cette situation met en lumière la pression sur le personnel soignant, et le personnel dit vulnérable.

Evolutions de l’Ordonnance fédérale COVID

Les différentes versions des ordonnances COVID du Conseil fédéral ont donné des sueurs froides aux travailleuses et travailleurs vulnérables. Dans un premier temps, strictement confiné-e-s à domicile, ensuite renvoyé-e-s au travail et enfin autorisé-e-s, au moyen d’un certificat médical, à retourner à domicile avec un droit au salaire. Cette valse-hésitation a donné aux patrons une marge de manœuvre importante. Il faut rappeler que l’ordonnance fédérale n’a pas clairement précisé que les personnes vulnérables étaient protégées contre le licenciement. Pourtant, le fait d’être vulnérable doit être assimilé à une maladie du point de vue juridique : une position que nous défendrons systématiquement. En attendant, nous constatons avec préoccupation une pression immense sur ces personnes pour qu’elles retournent au travail et, dans notre secteur, croisent une fois ou l’autre le coronavirus.

Un secteur ultra-féminisé

En Suisse comme ailleurs, les trois quarts des emplois les plus exposés au coronavirus sont occupés par des femmes. C’est le cas des EMS, où les femmes occupent la quasi-totalité des postes dans les soins, l’aide et les services aux pensionnaires. Les EMS comptent une majorité d’emplois peu qualifiés, notamment les aides-soignantes : les qualités requises sont considérées comme « naturellement » féminines et donc sont peu valorisées : les salaires sont bas, les conditions de travail difficiles et les relations de travail sont davantage précaires que dans d’autres secteurs de la santé.

Le coronavirus a montré que le travail des femmes est indispensable pour sauver des vies : c’est le cas de ce personnel des EMS qui s’occupe de nos aîné-e-s et des malades. Leur travail doit être valorisé. Leur parole doit être écoutée et elles doivent pouvoir dire ce qui ne va pas, sans avoir peur d’être licenciées ! C’est une question de respect. C’est une question aussi de santé publique : les personnes vulnérables ne doivent pas travailler dans un EMS car elles sont en danger. Si une travailleuse dénonce cette situation, elle doit être écoutée et protégée contre les représailles de son employeur.

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