Rude Noël pour les précaires

photo Sarah-Rose (flickr)

de: Guy Zurkinden, rédacteur

Chômage et précarité continuent à progresser. Tandis que les mesures fédérales restent minimales.

Fin novembre, le Seco a compté 153 270 personnes chômeurs-euses inscrit-e-s auprès des ORP – 44,1% de plus qu’à la même période en 2019. Le nombre de demandeurs-euses d’emploi, lui, est passé à 251 139 (+37,7% sur une année).

Seniors en première ligne
Le taux de chômage le plus élevé frappe les hommes âgés de 60 à 64 ans. Selon l’Union syndicale suisse (USS), le nombre des sans-emploi de 60 à 64 ans a atteint d’ailleurs « un sommet historique » au mois d’octobre. Autre élément préoccupant, 27,1% des chômeurs-euses de 50 à 64 ans le sont de longue durée. Tandis que le nombre de « fin de droits » a été multiplié par trois en septembre – une conséquence de la suppression de la durée d’indemnisation supplémentaire décidée par le Conseil fédéral au printemps.

Des secteurs à bas salaires
L’industrie des machines, l’hôtellerie-restauration, l’industrie textile, l’horlogerie ou la branche des voyages sont les secteurs où la hausse du chômage est la plus brutale par rapport à 2019. Dans le canton de Zurich par exemple, on compte 17 emplois à pourvoir dans l’hôtellerie et 145 dans la restauration, alors que 3204 personnes de la branche étaient inscrites au chômage.

Ces secteurs se caractérisent par des planchers salariaux très bas, souvent inférieurs à 4000 francs bruts pour un 100%. Conséquence logique, les bas salaires sont les plus touchés par l’augmentation du chômage – ce qui se traduit par une baisse conséquente de leurs maigres ressources. Selon un sondage réalisé par la RTS et l’institut Sotomo, les ménages touchant un revenu de 4000 francs ont vu ce dernier se contracter de 19% en moyenne.

Plus de CDD
Autre symptôme de la précarisation en cours: selon une analyse du portail de recherche d’emploi jobs.ch, 13,6% des emplois disponibles sont de durée temporaire. C’est nettement au-dessus de la moyenne (8% des salarié-e-s sont aujourd’hui en CDD, une proportion qui a plus que doublé depuis le début des années 2000(1)).

Dans ce contexte, Caritas lançait un avertissement à la fin novembre: « Le coronavirus jette de nombreuses personnes dans la pauvreté sans qu'elles puissent y faire quoi que ce soit. Les personnes concernées ont perdu leur revenu d’appoint, n’ont pas de statut de séjour régulier ou sont tombées en dessous du minimum vital parce que leurs revenus ont drastiquement baissé. L’expérience quotidienne de Caritas avec les personnes touchées révèle les lacunes de la sécurité sociale ».

Pour faire face à cette situation, l’USS revendique une hausse du nombre d’indemnités journalières versées par l’assurance chômage et une prolongation des délais cadres, ainsi qu’une indemnisation de leur revenu à 100% pour les bas salaires au chômage partiel (RHT).

Mais le Conseil fédéral fait la sourde oreille. Le 11 décembre, l’exécutif a annoncé un montant supplémentaire de 1,5 milliard pour les entreprises durement frappées par les conséquences de la pandémie. En revanche, il a refusé de prendre des mesures pour les centaines de milliers de bas salaires au chômage ou en RHT. Le Parlement a légèrement rectifié le tir en décidant d’indemniser à 100% les salaires jusqu’à 3470 francs – et à plus de 80% les revenus compris entre 3470 et 4340 francs.

D’Avenir Suisse au SECO
Selon le quotidien alémanique Blick, le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), chapeauté par le Département fédéral de l’économie, est particulièrement opposé à une indemnisation totale des bas salaires (2). À ses yeux, cela équivaudrait à imposer une forme de salaire minimum. Le chef de la division Travail du Seco, Boris Zürcher, a été vice-directeur d’Avenir Suisse de 2007 à 2012. Financé par les principales multinationales du pays, ce think tank milite pour que les mesures d’aide soient le plus limitées possibles.

Début décembre, Avenir Suisse a justement publié une étude consacrée aux finances publiques en temps de pandémie. Ses « experts » y esquissent trois recommandations principales: maintenir la « discipline budgétaire » et le frein à l’endettement; réduire dans ce but le plafond des dépenses de la Confédération de 3 milliards de francs par an, quitte à envisager de couper dans des « dépenses publiques apparemment sacro-saintes » ; et, surtout, ne pas instaurer d’impôt extraordinaire sur les entreprises épargnées par la crise (3).

Cette dernière recommandation éclaire la raison principale de l’attachement patronal à la politique d’austérité, malgré ses conséquences funestes: éviter toute mesure de redistribution des richesses – et de taxation du capital.


(1) NZZ, 9 décembre 2020.
(2) Blick, 14 novembre 2020.
(3) Avenir Suisse: Les séquelles du Covid-19 sur la politique budgétaire. Décembre 2020.

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