Protéger les salarié-e-s, c’est protéger la population

Photo Eric Roset

de: Guy Zurkinden, rédacteur «Services Publics»

Sur une multitude de lieux de travail, la santé des salarié-e-s n’est pas protégée sérieusement.

La conseillère fédérale (PLR) Karin Keller-Sutter, ex-membre du comité directeur de l’Union patronale suisse, l’a confirmé mercredi (Tribune de Genève, 1er avril 2020). Malgré la forte augmentation du nombre de morts dues au coronavirus, le Conseil fédéral ne veut pas renforcer le lock-out économique. C’est niet aux revendications des syndicats, qui demandent l’arrêt de toutes les activités non essentielles. C’est aussi niet aux professionnel-le-s de la santé, qui appellent à des mesures plus strictes pour enrayer l’épidémie.

Les témoignages sont pourtant accablants. Ils viennent des hôpitaux, des EMS, des commerces, des centres de requérant-e-s d’asile, de la voirie, des chantiers, de la Poste, des usines. Sur une multitude de lieux de travail, la santé des salarié-e-s n’est pas protégée sérieusement. Et il est impossible de contrôler l’application des mesures de sécurité définies par l’Office fédéral de la santé publique. Par ricochet, c’est toute la population qui est mise en danger.

«Les autorités suisses ont fait passer les intérêts économiques avant la santé de la population», résume un chercheur (Le Courrier, 1er avril 2020). Le Conseil fédéral suit en effet largement la ligne définie par les faîtières patronales. À tel point qu’il a décidé de renvoyer au boulot les salarié-e-s les plus vulnérables.

Relayés par la droite dure, les employeurs veulent aller plus loin. Le week-end dernier, ils ont entamé une campagne en faveur d’une reprise plus large du travail. En parallèle, ils ont déjà lancé une série d’attaques visant à restreindre les droits des salarié-e-s – histoire de nous faire payer le prix de la récession qui s’annonce.

La pandémie n’empêche cependant pas les bonnes affaires. Les membres des conseils d'administration et de la direction d'entreprises suisses profitent du contexte pour racheter des actions – ce qui leur permettra de réaliser, plus tard, de juteuses plus-values (ATS, 30 mars 2020). De leur côté, UBS et Credit Suisse augmentent les dividendes versés à leurs actionnaires. C’est une gifle aux 800 000 salarié-e-s aujourd’hui au chômage partiel, aux dizaines de milliers de personnes menacées de licenciement, à toutes celles et ceux qui travaillent malgré le danger.

La santé avant le business!

Face à la crise sanitaire, la réponse des salarié-e-s est souvent admirable – notamment dans le service public. Le personnel de la santé soigne plus que jamais, dans des conditions périlleuses; les enseignant-e-s rivalisent de créativité pour maintenir le lien avec les élèves; les employés de la voirie continuent à ramasser les déchets, malgré les risques; les assistantes socio-éducatives assurent la garde des enfants dont les parents n’ont pas d’autre solution. On pourrait continuer la liste.

La population ne s’y trompe pas. Chaque soir, c’est les personnes au front qu’elle applaudit sur les balcons – pas les autorités politiques. Ce soutien s’accompagne de multiples initiatives solidaires dans les quartiers, les immeubles, etc.

Cette solidarité peut contribuer à renforcer les luttes qui émergent sur certains lieux de travail. Bien que leur nombre soit limité, des actions collectives, souvent créatives, ont permis d’imposer des mesures de sécurité à certains employeurs. Le défi est aujourd’hui d’élargir ces initiatives, autour de deux revendications principales: l’arrêt des activités économiques non essentielles; et la garantie des mesures nécessaires à la protection des salarié-e-s qui restent au boulot.

Tant que ces mesures ne seront pas prises, la sécurité de la population ne sera pas garantie.

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