Programme de choc patronal

photo Valdemar Verissimo

de: Guy Zurkinden, rédacteur

Deux faîtières d’employeurs dévoilent leurs « plans » pour sortir de la crise – sur le dos des salarié-e-s.

Le 30 avril, à la veille de la Journée internationale des travailleuses et travailleurs, deux des principales organisations patronales du pays – economiesuisse et l’Union suisse des arts et métiers (Usam) dévoilaient leurs plans de « sortie de crise ». Alors que le slogan choisi l’USS pour le 1er mai était « solidarité, plus que jamais », la devise des patrons s’oriente plutôt vers le thème « exploitation, plus que jamais ».

Les conditions de l’Usam
Comme à son habitude, l’Usam n’y va pas de main morte. Les maîtres-mots de son programme visant à « renforcer et améliorer les conditions-cadre pour favoriser la concurrence » ? « Retour à un ordre économique libéral », « concurrence » et « responsabilité ».

Ces concepts se traduisent par des revendications concrètes. Sur le plan des « conditions cadres »: retour à un strict frein à l’endettement – après que les entreprises auront été largement arrosées par les deniers de l’Etat –, accompagné d’une « simplification » du système d’imposition et du renoncement à l’introduction de nouveaux impôts, nouvelles taxes et redevances.

Plus d’heures, moins de salaire
En parallèle, la faîtière patronale exige « l’assouplissement et l’extension du temps de travail ». Les heures d’ouverture des commerces doivent notamment être élargies, y compris le dimanche. En matière d’assurances sociales et de salaires, le maître mot est plutôt « réduction »: « Tout doit être mis en œuvre pour éviter que ces coûts n’augmentent », souligne l’Usam.

Le plan d’Economiesuisse
Dans son « plan d’action économique pour faire face à la crise du coronavirus », economiesuisse va dans le même sens. Première priorité: « autoriser le maximum d’activités économiques sans surcharger le système de santé, ni menacer la santé de la population ». Même dans le cas d’une remontée des infections, la faîtière patronale veut éviter à tout prix un nouveau semi-confinement. Sa recette miracle: un programme prévoyant « un assouplissement temporaire des règles relatives au travail de nuit et le week-end, des horaires d’ouverture des commerces et de l’interdiction de circuler la nuit ». Pour se protéger contre le virus, rien de mieux que de travailler tout le temps. Fallait y penser.

En parallèle, l’organisation patronale demande « un moratoire pour toute nouvelle réglementation induisant des coûts ». Si elle veut « encourager les investissements au moyen d’incitations fiscales » - comprenez, baisser l’imposition du capital – elle s’oppose en revanche à tout plan de relance piloté par l’Etat.

La patte d’avenirsuisse
Les mesures préconisées par economiesuisse et l’Usam font écho à deux récents papiers de position d’Avenir suisse, le think tank financé par les principales multinationales du pays. Dans le premier, daté du 2 avril, ses auteurs affirment qu’« une plus grande flexibilité des activités opérationnelles, de la production et des horaires de travail doit permettre de mieux respecter les règles de distance (1)» . En conséquence, « la production, la consommation, la demande et l’offre devraient donc être étendues à sept jours par semaine et ne pas être limitées à des heures fixes de jour ou de nuit ». Les « experts » d’Avenir Suisse demandent une extension de l’économie de plate-forme (l’uberisation, donc la précarité maximale), une flexibilisation de la Loi sur le travail et une ouverture des magasins, sept jours sur sept. Le papier salue aussi les dérogations à la durée du travail introduites par le Conseil fédéral pour le personnel soignant.

Treize jours plus tard, Avenir Suisse répétait ce mantra dans sa « feuille de route pour la sortie de crise du coronavirus (2)», aujourd’hui repris par l’Usam et economiesuisse.

Stratégie du choc
« Ne gâchez jamais une bonne crise » plaidait récemment Markus Neuhaus, vice-président du conseil d’administration de l’entreprise Barry Callebaut (chocolats), en paraphrasant Churchill (3). Pour M. Neuhaus, qui siège aussi à la tête de la Bâloise (assurances), du groupe Galenica (pharmacies), de Jacobs Holdings (investissements) et d’Orior (alimentation), la période spéciale ouverte par la pandémie représente une « chance » à ne pas rater pour faire avancer certains projets bourgeois – notamment l’annualisation du temps de travail.

Une conviction qui semble faire l’unanimité dans les milieux patronaux.


(1) Avenir suisse: Accorder plus de liberté aux entreprises pour lutter contre le coronavirus. 2 avril 2020.
(2) Avenir suisse : Feuille de route pour la sortie de la crise du coronavirus. 15 avril 2020.
(3) NZZ, 27 avril 2020.

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