Préparer les prochains sets

photo Eric Roset

Le 12 janvier, les douze militant-e-s pour le climat qui avaient brièvement occupé une filiale de Credit Suisse, en 2018 ont été disculpé-e-s. Face au « danger imminent » que représente le réchauffement climatique, le président du Tribunal de police de Lausanne a estimé que leur action était nécessaire et proportionnée.

« Le premier set du match de la jeunesse pour le climat contre le Credit Suisse s’est terminé par un score sans appel: 6 à 0 » (1).

Ce jugement représente un « symbole juridique extrêmement fort » (2). C’est le fruit de l’importante mobilisation en faveur des militant-e-s accusé-e-s, qui s’inscrit dans le cadre du mouvement mondial pour le climat. Combinée à l’excellente argumentation des avocates et avocats qui les ont défendu-e-s bénévolement, cette mobilisation a permis de mettre sur la sellette Credit Suisse et la place financière helvétique – forçant même Roger Federer à sortir de sa réserve.

Le jour suivant ce verdict, des activistes pro-climat organisaient une action dans les locaux d’UBS pour dénoncer les investissements du géant bancaire dans les énergies fossiles. Alors que les feux en Australie présentent, selon des scientifiques, « un signe de ce que pourraient être les conditions normales dans un monde futur qui se réchaufferait de 3 °C » (3) les militant-e-s écologistes montent au filet. Avec raison.

Les grandes entreprises et banques, principales responsables des émissions de gaz à effet de serre, n’ont cependant pas lâché leur raquette. Face à une contestation grandissante, elles adaptent leur stratégie. D’une part, en multipliant les opérations de « marketing vert ». EasyJet, Eni, Repsol, Credit Suisse, Total, etc. Les plus grands pollueurs affirment désormais qu’ils visent la « neutralité carbone ».

En parallèle, ces sociétés mènent un lobbyisme actif pour qu’aucune mesure contraignante ne bride leur liberté d’investir. « Réagir positivement à toute déclaration politique tant qu’elle n’est pas suivie d’une loi », résume un mémo interne de l’association patronale Business Europe à l’attention de ses lobbyistes à Bruxelles. C’est aussi la position adoptée par les faîtières patronales en Suisse.

Le troisième volet de cette stratégie est répressif. Il s’agit de décourager et punir, par des procédures juridiques, parfois précédées d’une répression policière, les militant-e-s qui font recours à la désobéissance civile.

Sur ce terrain aussi, la partie est loin d’être terminée. La décision du Tribunal de police lausannois, dénoncée avec vigueur par les milieux conservateurs, a fait l’objet d’un appel. Au cours des prochains mois, d’autres activistes passeront devant les tribunaux. Or, comme le souligne un quotidien proche des milieux patronaux, « il est loin d’être exclu que ceux-ci jugent différemment la légitimité des moyens employés » (4) .

La solidarité avec les militant-e-s criminalisé-e-s devra donc se renforcer. Elle nous concerne aussi comme syndicalistes. Car la répression qui frappe les défenseurs de la justice climatique est le pendant de celle qui touche, sur les lieux de travail, les salarié-e-s qui se battent pour la justice sociale.


(1) NZZ, 14 janvier 2020.
(2) Le Temps, 14 janvier 2020.
(3) Lemonde.fr, 15 janvier 2020.
(4) NZZ, 14 janvier 2020.

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