Plus de personnel, moins de décès

de: Journal Services Publics

Une analyse des statistiques de l’OFS plaide pour un renforcement du personnel qualifié dans la santé. Les assureurs résistent.

Une proportion plus élevée d'infirmières dans les équipes soignantes permet de réduire les complications et le risque de décès des patients hospitalisés, constate une analyse commanditée par l’Association suisse des infirmières (ASI). Un argument en faveur de l’initiative « pour des soins infirmiers forts », qui affronte la résistance des caisses maladie.

135 hôpitaux passés au crible
Une équipe dirigée par les professeurs Michael Simon, expert en sciences infirmières, et Michael Gerfin, économiste, a disséqué les données de l'Office fédéral de la statistique provenant de 135 hôpitaux. Objectif: analyser l'influence des heures de soins fournies et de la composition de l'équipe soignante sur les événements indésirables et la durée d'hospitalisation.

243 décès évitables
Bilan des courses: le risque de décès augmente de 2% – soit 243 décès annuels – si la proportion de personnel infirmier est inférieure à 75% au sein de l’équipe. Le lien est encore plus évident pour d'autres événements indésirables, comme les troubles du métabolisme. En bref, plus la proportion de personnel infirmier est élevée, plus le risque de complications et de mortalité des patients est faible – et plus ils quittent l'hôpital rapidement.

Économies à la clé
L’analyse statistique montre aussi, a contrario, qu'une proportion moindre de soignants génère des hospitalisations plus longues. Selon l’ASI, une augmentation de leur nombre permettrait ainsi de réaliser des économies importantes dans les hôpitaux de soins aigus – à hauteur de 357 millions de francs; il allégerait aussi la facture – de 100 millions – dans les établissements médico-sociaux, en permettant d’éviter une proportion élevée (42%) des hospitalisations des résident-e-s. Dans le secteur ambulatoire, le potentiel d’économies serait encore plus haut – autour de 1,5 milliard de francs.

Conclusion tirée par Sophie Ley, présidente de l’ASI: les statistiques à disposition « montrent de manière univoque que cela vaut la peine d'investir financièrement dans le personnel infirmier ». Elles doivent donc être intégrées dans les discussions politiques sur le système de santé. Concrètement, l’ASI demande que la proportion des infirmières soit augmentée à 80% dans les équipes de soins.

Le contexte
L’étude en question intervient dans le cadre du débat autour de l’initiative « pour des soins infirmiers forts », lancée et défendue par l’ASI. Le texte demande que la Confédération et les cantons « garantissent qu’il y ait un nombre suffisant d’infirmiers diplômés pour couvrir les besoins croissants et que l’affectation des personnes exerçant dans le domaine des soins infirmiers corresponde à leur formation et à leurs compétences ». Cela implique un effort conséquent de formation, car les soignants formé-e-s en Suisse ne couvrent que les 60% des besoins en main-d’œuvre qualifiée dans la santé. L’initiative prévoit aussi que la Confédération édicte des dispositions sur la définition des soins infirmiers – dans le sens d’un renforcement de leurs compétences – ainsi que sur leur rémunération. En décembre dernier, le Conseil national a refusé l’initiative. En parallèle, il a voté en faveur d’un contre-projet – qui permettrait aux infirmières et infirmiers de fournir certaines prestations facturées à l'assurance-maladie obligatoire, sans passer par un médecin. Mardi 11 février, c’était au tour de la commission de la santé du Conseil des Etats de se pencher sur la question.

Les assureurs au créneau
Les caisses maladie sont farouchement opposées à l’initiative de l’ASI. Selon la faîtière des assureurs Santésuisse, celle-ci pourrait carrément devenir « une des demandes populaires les plus chères de tous les temps ». Santésuisse craint que les infirmières et infirmiers revendiquent une augmentation de salaire en contrepartie de l’accroissement de leurs responsabilités – dans un contexte marqué par un besoin croissant de personnel soignant.

Et l’austérité ?
Selon Yvonne Ribi, de l’ASI, la motivation principale des soignants n’est pas d’augmenter leur salaire. Elles et ils « veulent avant tout de meilleures conditions cadres pour leur travail – donc plus de temps, pour s’occuper de leurs patientes et patients (1)» . Une aspiration qui est aujourd’hui mise à mal par les mesures d’économies qui frappent de plein fouet les établissements de santé.


(1) NZZ, 8 février 2020.

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