Nos vies valent plus que leurs profits!

Photo Eric Roset

de: Agostino Soldini, secrétaire central SSP (2 avril 2020)

Le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle.

Tout le monde en est conscient: nous ne sommes pas sorti-e-s d’affaire. Loin s’en faut. La situation, en termes de nombre de cas d’hospitalisation et de décès pour cause de Covid-19, va s’aggraver dans les jours à venir.

Le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux portent une lourde responsabilité dans cette situation et ce, au moins à trois niveaux.

Tout d’abord, ce sont eux qui sont à l’origine de la pénurie de masques et autre matériel sanitaire de protection, d'une part, du manque de tests de dépistage, d'autre part; deux outils décisifs, de l’avis pratiquement unanime de la communauté scientifique, pour combattre une pandémie. Sans oublier leurs coupes budgétaires dans la santé publique, qui se sont traduites par le manque de personnel (sous-effectifs chroniques) et la réduction du nombre de lits de soins intensifs, ainsi que l’abandon des programmes de recherches concernant les virus émergents, comme le SRAS (très proche du Covid-19), qui auraient permis de créer vaccins et médicaments.

«Nous avons perdu un temps précieux»

Deuxièmement, les autorités ont pris des mesures extrêmement tardives, comme l’a souligné, pour ne prendre qu’un exemple, Marcel Salathé, le directeur du laboratoire d’épidémiologie digitale de Campus Biotech à Genève et professeur à l’EPFL: «nous avons perdu un temps précieux» (Le Temps, 26 mars 2020).

Enfin, le Conseil fédéral et les gouvernements cantonaux continuent d’obliger des centaines de milliers de salarié-e-s de travailler – sur les chantiers, dans des entreprises industrielles, voire même dans des bureaux – malgré le fait que les activités économiques en question soient tout sauf essentielles pour répondre aux besoins fondamentaux de la population. Cela contribue évidemment à la propagation du virus.

Bref, disons-le franchement: ils jouent avec nos vies pour préserver les intérêts du patronat, dont l’accumulation du capital est la mesure de toute chose.

Protéger la santé des salarié-e-s?

Cela est manifeste à d’autres niveaux également.

Ainsi, les salarié-e-s qui sont contraint-e-s de travailler doivent souvent le faire dans des conditions dangereuses pour leur santé. Le Conseil fédéral a refusé de mettre sur pied de véritables contrôles pour faire respecter les recommandations, pourtant limitées, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), ce qui aurait pu être fait par le biais d’un Inspectorat national du travail, chargé uniquement de cette tâche. Comme l’a dénoncé à de multiples reprises Unia – dont il faut saluer par ailleurs la prise de position, contre vents et marées, en faveur de l’arrêt des activités économiques non essentielles –, ces recommandations sont restées lettre morte. De plus, le matériel de protection nécessaire, en particulier les masques, ne serait-ce que les chirurgicaux, fait largement défaut; de même, les tests de dépistage sont tout sauf massifs, alors que cela serait nécessaire pour isoler immédiatement les salarié-e-s contaminé-e-s et protéger ainsi leurs collègues et leurs proches.

Le dernier de leurs soucis…

Nos «sept Sages» n’ont pas voulu non plus mettre en œuvre une disposition élémentaire de protection de la santé: le «droit de retrait», tel qu’appliqué en France, par exemple, qui permet à un-e salarié-e d’arrêter le travail lorsqu’il-elle a «raisonnablement le sentiment d’être exposé à une situation présentant un danger grave et imminent».

Dans la même logique, la libération de l’obligation de travailler pour les personnes à risque, entre autres les salarié-e-s souffrant de diabète ou de maladies respiratoires chroniques (les salarié-e-s dit-e-s «vulnérables»), si le travail à domicile n’est pas possible, n’est plus garantie. Répondant aux pressions des employeurs, le Conseil fédéral a en effet modifié l’ordonnance qui protégeait ces salarié-e-s. Sans oublier sa décision de supprimer l’application de la Loi sur le travail dans les hôpitaux en charge des patient-e-s COVID-19. But de l’exercice: autoriser le dépassement de la durée maximale du travail et restreindre les périodes de repos du personnel concerné. Dans l’intérêt des patient-e-s?

Bref, la politique de «nos» gouvernements, au service du patronat, est profondément inacceptable. Parce que nos vies valent plus que leurs profits!

Cette News au format PDF