Du fric pour la santé publique !

Photo Eric Roset

de: Wolfgang Müller, Président de la Commission Santé du SSP

Avec la première vague de Covid-19, au printemps, nous espérions que le message serait passé (un petit peu): le service public n’est pas qu’un facteur de « coûts ». Le service public, ce sont avant tout ces personnels qui ont affronté ce virus nouveau et inquiétant, souvent avec des protections insuffisantes

Durant quelques semaines, nous avons pu rêver d’un « après-Covid »: un monde différent, avec de nouvelles règles du jeu. On s’imaginait passer par la case « vous avez gagné une prime COVID », celle qui donne droit à une « revalorisation de tous les métiers de la santé », ou encore celle de « l’engagement de personnel pour répondre au sous-effectif ».

À peine sorti-e-s du semi-confinement, l’absurde vieux monde a pourtant refait surface. Bien avant le bouclage des comptes, les déficits annoncés sont convertis en plans d’économies, en baisses de salaires, en fermetures de lits, en redimensionnement des services non rentables, voire même en fermetures d’hôpitaux. Le conseiller fédéral Alain Berset a même mis en consultation un paquet d’économies dans la santé, à hauteur d’un milliard de francs !

Pendant ce temps, la deuxième vague, annoncée depuis des mois, se préparait. Mais rien n’a été fait pour que celles et ceux qui sortaient d’une enfilade de semaines stressantes dans les hôpitaux, les homes ou les soins à domicile se sentent réellement valorisés: pas ou peu de primes; aucune revalorisation; pas le temps pour des formations. Les autorités cantonales et fédérales ont refusé aux salarié-e-s de la santé les moyens d’affronter la deuxième vague sans s’épuiser complètement.

Le personnel revendiquait: davantage de dotations, un financement extraordinaire, de la coordination au lieu de concurrence, du matériel de protection en suffisance. En lieu et place de répondre à ces demandes, on a débattu longuement de la qualité de masques, de l’obligation de les porter ou pas, de la concentration des jeunes dans les discothèques, des bugs des applications de traçage, de la distance entre les tables au bistrot. Bilan des courses: aujourd’hui, nous nous retrouvons dans la même incertitude qu’au printemps: la digue va-t-elle tenir cette fois ? Les soins intensifs seront-ils saturés ? Devra-t-on trier les malades dans les hôpitaux et choisir qui aura droit aux soins ?

Pour répondre à la crise économique, le Conseil fédéral a mis 71 milliards de francs sur la table, dont 41 milliards de garanties pour les entreprises privées. Le Parlement a débloqué 14,2 milliards pour l’assurance chômage, confrontée à l’explosion des cas de réduction des horaires de travail (RHT) – des RHT refusées aux hôpitaux publics. En revanche, la Confédération refuse de boucher le trou creusé par le Covid dans les finances des hôpitaux publics, estimé à près de 3 milliards de francs !

Il est temps de changer de cap. Pour que la santé publique puisse affronter la deuxième vague dans le respect des patients, de leur famille et du personnel, la Confédération doit débloquer un financement extraordinaire. Les finances fédérales, au top en comparaison internationale, le permettent sans problème.

Pour l’obtenir, c’est la mobilisation du personnel qui fera la différence. C’est pour cela que nous manifesterons à la fin octobre. Et nous ferons en sorte d’être entendu-e-s, cette fois !