Degré zéro de la solidarité avec les plus faibles

de: Communiqué SSP

Des employeurs ont remis au travail des personnes vulnérables. Dans les secteurs exposés au coronavirus, ces salarié-e-s risquent leur vie. Témoignages.

Durant les premiers jours de pandémie, les autorités communiquaient que les personnes vulnérables pouvaient restez chez elles sur simple déclaration. L’employeur pouvait, au plus, exiger un certificat médical. Puis, cette règle a été modifiée par le Conseil fédéral le 20 mars : les personnes à risque qui sont dans l’impossibilité de pratiquer le télétravail (autrement dit, beaucoup de travailleuses et travailleurs manuels) doivent continuer de se rendre sur leur lieu de travail si les 2 mesures « lavage possible des mains / distance de 2 mètres des autres » sont réalisables. Qui contrôle ? Certainement pas l’employeur, quant à l’inspection du travail déjà débordée en temps normal, c’est mission impossible.

Des employeurs ont donc remis au travail les personnes vulnérables. Dans les secteurs sanitaires, soins à domicile, EMS et hôpitaux, en contact souvent étroit avec des patients COVID, des ASSC, des infirmiers-ères, des aides, des nettoyeurs et nettoyeuses sont retournés travailler la boule au ventre : « Si je n’y vais pas, je suis viré et si j’y vais, je risque ma peau ».

Des cas isolés ? Non. Nous sommes interpelés dans toutes les régions de Suisse :

Carolina*, aide à domicile, personne vulnérable, n’a pas pu arrêter son travail pendant plusieurs
jours, car son employeur exigeait un certificat médical du médecin traitant (médecin inatteignable). Elle a bien tenté de passer par le médecin du travail. Refus de l’employeur. Elle s’est ainsi exposée pendant plusieurs jours et a fini par être testée positive. En arrêt de travail aujourd’hui, terrorisée et contrainte au silence par crainte de représailles.

Louisa*, employée dans le service de nettoyage d’un grand hôpital romand. Certificat médical en
main, vulnérable en raison d’affections pulmonaires, elle attend depuis une semaine que son employeur l’autorise à rester à la maison. Chaque jour au travail, elle entre et ressort de chambres dans lesquelles sont soignés des patients contaminés. Elle n’a même pas un flacon de gel hydroalcoolique à disposition dans sa poche, mais elle ne peut pas se permettre de perdre son salaire durant un mois, et encore moins son poste de travail.

Jerónimo*, transporteur dans un hôpital, personne à risque, avec certificat médical, a réussi rapidement à obtenir le droit de rester chez lui avec maintien de son salaire, mais l’employeur lui a tout de même signalé qu’il devait rester à disposition en cas de manque de personnel et reprendre le travail si nécessaire. Sans quoi, ce sera un abandon de poste et un renvoi.

Trois témoignages parmi de milliers de personnes en Suisse qui chaque jour risquent très gros. Pourquoi ne pas prendre le risque de perdre son job ? C’est moins pire que la vie. Ces femmes et ces hommes sont souvent les plus précaires : plus très en forme, plus très jeunes non plus mais pas encore assez vieux. Des gens qui ne peuvent pas perdre leur poste car cela signifierait certainement ne plus en trouver à la sortie de la crise sanitaire. Tellement peur que, souvent, elles refusent que le syndicat s’en mêle pour les défendre. En à peine 3 semaines, nous avons atteint le degré zéro des droits et de la solidarité avec les personnes les plus vulnérables.

Le Syndicat des services publics a ouvert un espace pour témoigner Je soigne Je témoigne. Des témoignages qui font froid dans le dos. Le Syndicat des services publics dénoncera publiquement les employeurs qui mettent en danger leur personnel.

Depuis quelques jours, malgré le fait que la pandémie n’est pas sous contrôle, les pressions patronales pour reprendre le travail pour l’ensemble de la population sont encore montées d’un cran. Cette reprise va mettre en danger des milliers de personnes, en particulier les personnes vulnérables.

Nous demandons urgemment au Conseil fédéral de mettre en oeuvre de réelles mesures de protection pour les personnes vulnérables et les femmes enceintes. Elles sont simples :

  • le droit pour les personnes vulnérables et des femmes enceintes de rester chez elles si le télétravail n’est pas possible.
  • le droit au salaire à 100% pour les personnes vulnérables et femmes enceintes et ce tant que dure leur éviction.
  • l’interdiction de licencier les personnes vulnérables pendant toute la durée de l’éviction et pendant 6 mois après la fin de l’éviction.
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