Coronavirus : bilan après 5 semaines de crise

photo Eric Roset

de: Communiqué de presse SSP

Depuis plus de 5 semaines, une partie du personnel de santé est au front, un personnel qui intervient à différents niveaux : infirmiers-ères, aides en soins et santé communautaires, aides-soignantes, nettoyeurs-euses, ambulanciers-ères, transporteurs-euses, secrétaires, toutes et tous jouent un rôle déterminant pour soigner et sauver des vies.

Jour après jour, le stress, la fatigue s’accumulent dans un climat d’incertitude. Toutes et tous n’ayant – de loin – pas été testés, on ne sait pas combien ont été contaminés. Et même si certains continuent de soutenir que le COVID-19 peut se présenter comme une « simple grippe », on ne sait toujours pas si l’immunité est acquise après une première infection, ni si les malades auront des séquelles. En revanche, on sait déjà que la crise va durer et on ne voit toujours pas le bout du tunnel. Pendant des mois, il faudra continuer de prendre en charge des malades plus ou moins gravement atteints dans les hôpitaux, il faudra soigner et accompagner les résident-e-s dans les EMS, visiter régulièrement les malades à domicile et, malgré tout cet extraordinaire travail, se confronter à un nombre élevé de décès.

La fatigue physique et psychique est forte, car on revient de loin. Les premières semaines, le personnel a constaté avec stupeur d’abord, puis avec une immense préoccupation, que la Suisse manque de personnel qualifié, notamment en soins intensifs, de matériel de protection - même les simples masques chirurgicaux font défaut - et même de médicaments. Dans les homes en particulier, on a réalisé à quel point le personnel était peu protégé, manquait de dotations et de formation continue pour faire face à une épidémie. Les années d’austérité budgétaire déploient maintenant leurs réels effets : la mise en danger des populations vulnérables… et des coûts collatéraux hors du commun !

Mi-mars, le Conseil fédéral a fait stopper une partie seulement des activités économiques, une demi-mesure mais qui a certainement contribué à maîtriser en partie l’épidémie. Mais en même temps, il a aussi suspendu partiellement des articles essentiels de la Loi sur le travail dans les hôpitaux. Une décision que le Syndicat suisse des services publics a contestée avec vigueur car elle met en danger le personnel. Il faut savoir que si des services des soins intensifs étaient particulièrement chargés, d’autres secteurs hospitaliers étaient à l’arrêt. Les cliniques privées ont même obtenu le chômage partiel (RHT). Du personnel à l’arrêt, alors que d’autres s’épuisent : un système sanitaire fondé sur la concurrence entre établissements conduit à cette absurdité. Pour le SSP, la coordination par les autorités cantonales, voire fédérales, du personnel de santé aurait permis d’organiser le travail dans le respect de la Loi sur le travail, une loi qui autorise tout de même des semaines de plus de 50 heures. Comme la crise n’est pas terminée, que les malades tendent à se trouver en majorité dans les EMS, le SSP continue de revendiquer le retour au cadre légal de la Loi sur le travail et une coopération accrue entre établissements de soins pour éviter l’épuisement des équipes.

Une reconnaissante concrète pour le personnel de santé

Le Conseil fédéral a annoncé une levée progressive des mesures à partir du 27 avril, mais il n’a pas rétabli la Loi sur le travail dans les hôpitaux. Pourtant dès cette date, les hôpitaux et les cabinets médicaux ambulatoires pourront reprendre tous les traitements non urgents ; le Conseil fédéral évoque aussi une reprise des écoles dès le 11 mai. Des décisions qui pourraient entraîner une surcharge du personnel de santé si la gestion des malades n’est pas coordonnée au niveau des cantons et de la Confédération. En revanche, le SSP salue la décision du Conseil fédéral de permettre aux personnes à risques de rester chez elle si elles ne peuvent pas faire du télétravail et si elles estiment que les mesures de protection sont insuffisantes sur leur lieu de travail. Nous avions signalé des dizaines de situations de mise en danger : du personnel vulnérable était contraint de côtoyer des malades COVID-19.

Jusqu’à présent, l'OFSP n'a pas fourni de chiffres sur le taux d'infection et de maladies du personnel actif dans le secteur de la santé. On sait que dans d'autres pays, ce personnel a été malade fréquemment et parfois gravement. Ces informations ne sont pas connues en Suisse, pourtant notre syndicat a demandé depuis le début de la crise un monitorage des personnels de santé impliqués dans les institutions accueillant des malades COVID-19.

Cette crise sanitaire a mis en évidence l’extrême flexibilité et la disponibilité presque illimitée du personnel de santé :

  • Travailler sans protections suffisantes par manque de matériel ;
  • Changer d’horaire de travail au quotidien, renoncer à ses jours de congé, accepter des heures supplémentaires en rafale ;
  • Changer son cahier des charges du jour au lendemain ;
  • Se former très rapidement sur des procédures de soins compliquées et affronter un virus totalement inconnu jusqu’ici ;
  • Côtoyer des personnes très contagieuses au quotidien et craindre de contaminer ses proches.

Dans ces circonstances, les différents secrétariats cantonaux du SSP ont établi une série de revendications pour aller au-delà des applaudissements de rigueur. Selon les cantons, les revendications varient mais partout le personnel réclame une prime exceptionnelle en raison du risque exceptionnel, qui pourrait prendre la forme d’un 14ème salaire par exemple.

Des demandes ont déjà été déposées auprès des plusieurs employeurs du secteur afin de débuter une négociation.

Le SSP reviendra aussi à la charge pour que toutes les professions du secteur santé soient mieux rémunérées pour compenser les risques pris et la pénibilité quotidienne.

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