Un plan B pour sauver la planète

Eric Roset

de: Guy Zurkinden, rédacteur

Le dernier ouvrage de la journaliste militante Naomi Klein reprend le fil de sa magistrale analyse des ressorts de la crise climatique (1). Et fait un pas de plus, en indiquant les contours de la grande transformation nécessaire pour lui faire face.

La traduction française du dernier livre de Naomi Klein vient de paraître (2). À travers un portrait de Greta Thunberg, l’ouvrage se penche d’abord sur l’émergence d’un mouvement mondial pour le climat. Avant de souligner une autre évolution centrale: la montée en puissance du débat politique autour du « plan B » qui pourrait sauver la planète – le new deal vert.

Alternatives concrètes
« Il existe aujourd’hui aux Etats-Unis et en Europe des mouvements politiques qui se déclarent prêts à prendre des mesures concrètes face à l’urgence de la crise climatique – et à relier entre elles les différentes crises de notre époque », souligne la célèbre journaliste. Par « mesures concrètes », elle n’entend pas « le genre d’approche timide qui brandit un pistolet à eau devant un gigantesque brasier » – pensons à la faible loi sur le CO2 débattue à Berne. Elle vise un « plan détaillé et holistique capable de venir à bout de l’incendie ». Et qui implique une rupture avec le capitalisme néolibéral qui épuise planète et salarié-e-s depuis la fin des années 1980.

Rupture politique
Le concept de new deal vert s’inspire du programme lancé par le président états-unien Franklin Roosevelt pour répondre à la misère et à l’effondrement économique de la Grande Dépression, connu sous le nom de New Deal. Le président démocrate avait mis en œuvre des mesures politiques et des investissements publics de grande ampleur – « de la protection sociale et des minima salariaux à la mise au pas des banques, en passant par l’électrification de l’Amérique rurale, la construction d’ouvrages publics (autoroutes, parcs, ponts, etc.) et une vague de logements bon marché dans les villes, ou encore la plantation de plus de deux milliards d’arbres.»

Par analogie, le new deal vert veut impulser une profonde transformation sociale, cette fois pour répondre à la crise climatique. Il est défendu aujourd’hui par des personnalités politiques de premier plan – Bernie Sanders et Elisabeth Warren, pré-candidat-e démocrates à la course présidentielle états-unienne, ou Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste au Royaume-Uni.

Avec les salarié-e-s
Contrairement à la taxe sur les carburants du président Macron, le new deal vert « ne forcera pas les gens à choisir entre fin du monde et fin du mois ». Au contraire. L’idée est de mettre au point des mesures qui profitent au climat, mais aussi à la classe travailleuse – « en faisant en sorte que tout le monde puisse trouver un emploi de qualité au sein de la nouvelle économie; que tous aient accès aux protections sociales de base; et que les emplois verts deviennent des emplois de qualité, syndiqués, capables de soutenir les familles grâce à des allocations et des congés dignes de ce nom.»

Service public et emplois verts
Le new deal vert, souligne Naomi Klein, implique des investissements très importants dans des transports collectifs et abordables, destinés à réduire les émissions de CO2, dans des logements populaires économes en énergie, ainsi que dans un réseau électrique alimenté en énergie renouvelable. Autant de services « résolument dans l’intérêt du public, raison pour laquelle ils devraient être assurés par le secteur public. »

Ces investissements massifs transformeraient le new deal en « véritable machine à créer des emplois ». Des emplois « verts », entendus comme « toute tâche considérée comme utile et enrichissante pour tous, d’une part, et peu gourmande en combustibles fossiles ». Une définition qui implique donc les métiers du care – soins aux personnes âgées et malades – mais aussi l’éducation ou les arts. Autant d’activités, largement féminisées, qui seraient appelées à prendre une importance grandissante – qui devrait aller de pair avec leur revalorisation, notamment au niveau salarial.

Le rôle des syndicats
Une telle transformation implique un « vaste exercice de démocratie participative », insiste Naomi Klein. Avant d’indiquer un premier pas concret dans ce sens: « que les employés des différents secteurs (hôpitaux, écoles, universités, technologies, confections, médias, etc.) conçoivent eux-mêmes des projets de décarbonation rapide qui iraient dans le sens du new deal vert, à savoir éliminer la pauvreté, créer des emplois de qualité et combler les écarts de richesse fondés sur la couleur de la peau et le sexe. »

Qui est mieux placé pour le faire que les syndicats ?



(1) Naomi Klein: Tout peut changer. Capitalisme et changement climatique. Actes Sud, 2015.
(2) Naomi Klein : Le new deal vert. Actes Sud, 2019.

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