Préparons la grève partout!

photo Eric Roset

de: Michela Bovolenta

A quelques jours de la grève, les préparatifs battent leur plein partout. La mobilisation s’annonce de grande ampleur, avec une participation qui s’élargit de jour en jour. Tour d’horizon.

Programmes, T-shirt, badges et autocollants se volatilisent. Les agendas sont bondés: conférences, groupes de travail, ateliers bricolage, assemblées sur les lieux de travail, chorales, soirées de soutien à la grève.

Les activités se suivent et ne se rassemblent pas. Les Collectifs ont redoublé d’imagination pour marquer le coup à J-31, le 14 mai lors d’une journée d’action nationale décentralisée: des banderoles suspendues au-dessus d’un barrage en Valais, sur le funiculaire en ville de Fribourg, plus modestement une immense banderole sur un mur à Lausanne. Ailleurs, des statues d’hommes travesties en femmes, une gare occupée en chanson à Neuchâtel: le 14 mai a marqué la dernière ligne droite vers une grève qui s’annonce d’une très grande ampleur (1).

Participation massive
Chaque jour, la mobilisation s’amplifie: les paysannes se mettent en grève, des groupes de femmes migrantes s’organisent (2), les femmes protestantes annonce qu’elles feront sonner les cloches dans de nombreuses églises et les femmes catholiques dénoncent le machisme des institutions ecclésiastiques. Certains employeurs, notamment publics, annoncent des mesures extraordinaires: les employées de la Ville de Genève seront libérées de l’obligation de travailler, alors que la Ville de Lausanne libère son personnel entre 11 heures et midi, puis fermera ses guichets dès 15 h. Plus chiche, l’Etat de Vaud, où la grève a été décrétée licite par l’Organe de conciliation, annonce qu’il libèrera le personnel à 15 h 30, mais que l’heure doit être compensée, y compris pour le personnel en grève. Un non sens, que le SSP a contesté.

On veut du concret
En même temps, l’Etat de Vaud annonce que les cinq conseillères d’Etat vaudoises seront présentes à la manifestation. Cet élan en faveur de la grève féministe et des femmes* est le résultat de la forte mobilisation sur le terrain et de la légitimité de la lutte pour l’égalité. Si nous nous en réjouissons, nous ne pouvons de loin pas nous en contenter, car notre but est bien de réaliser l’égalité dans les faits. Or, si lon prend le cas vaudois, nous n’avons à ce jour pas reçu la moindre réponse de la part de l’Etat-employeur sur le Cahier de revendications présenté par la Région Vaud de notre syndicat. C’est pourtant sur le terrain concret que se mesure l’engagement réel des conseillères d’Etat.

Grève partout
La grève du 14 juin sera une grève globale: sur les lieux de travail, sur les lieux de vie, sur les lieux d’études, sur les lieux de consommation. Partout, nous ferons grève pour l’égalité, la solidarité et le respect. Cette manière de voir et de faire la grève correspond aux multiples facettes et préoccupations de la vie des femmes. Les jeunes sont de plus en plus nombreuses à faire des études et à vouloir s’investir dans la vie professionnelle sans que cela soit incompatible avec une vie de famille, voire avec une vie, tout court ! Elles voient leurs aînées, leurs propres mères, courir et s’épuiser à tenter de tout concilier dans une société qui n’est pas faite pour. Une société qui culpabilise celles qui n’arrivent pas à accomplir cette mission impossible qui consiste à être une employée modèle, flexible et souriante en même temps qu’une mère parfaite, disponible 24 heures sur 24 et pratiquant la zen attitude en toute circonstance. Et une société qui en même temps pose un regard pesant et interrogateur sur celles qui vivent seules, n’ont pas d’enfants et/ou sortent des stéréotypes qui nous collent à la peau dès la petite enfance.

Sur les lieux de travail
Dans le secteur public et subventionné, la grève s’organise sur de très nombreux lieux de travail, avec des modalités et des degrés d’implication divers. Un premier résultat concret est la rédaction d’une quinzaine de cahiers de revendications, dont ceux des personnels de la Confédération, de l’Etat de Vaud, de la Ville et du Grand Théâtre de Genève, de la Ville de Lausanne, de l’Aéroport, des secteurs de l’enfance, des hôpitaux, des EMS, de l’IMAD, du social, de l’Université de Neuchâtel.

Des revendications foisonnantes

Si les revendications sont nombreuses, certaines reviennent régulièrement
Parmi les mesures qui figurent le plus souvent dans les cahiers de revendications, on retrouve: la réduction du temps de travail et le respect des plannings à la place du temps partiel et d’une flexibilisation qui se fait au détriment de la vie privée et familiale; la réinternalisation du personnel de nettoyage au sein du personnel de l’Etat et des Institutions parapubliques; la transparence, le contrôle et la valorisation des salaires, en particulier dans les fonctions et métiers occupées majoritairement par des femmes; des congés maternité, paternité, parentaux, pour enfants et proches malades, qui répondent aux besoins et aux souhaits des parents; le remplacement systématique des femmes en congé maternité ou encore la reconaissance de la pénibilité des métiers féminins, notamment dans le secteur de la santé. Les soignantes revendiquent aussi une retraite à 60 ans sur le modèle de celle du secteur du bâtiment; des aménagement des horaires pour les femmes enceintes et les personnes de plus de 55 ans.

Dans les cahiers de revendications, il y a aussi des mesures comme l’introduction du language épicène, la mise en place de campagnes de sensibilisation au respect des femmes et des personnes LGBTIQ, la prévention et la tolérance zéro en matière de sexisme et de harcèlement sexuel. Ou encore, des revendications très concrètes pour réaliser l’égalité au quotidien: des locaux pour allaiter ou tirer le lait, des habits de travail adaptés aux femmes dans les métiers masculins, des douches et vestiaires séparés, des mesures pour assurer la sécurité du personnel féminin sur certains lieux de travail sensibles, ainsi que sur le trajet, notamment pour les travailleuses de nuit (3).

Moi aussi, je fais grève !

Il est encore temps de s’organiser en vue du 14 juin
Si vous ne l’avez pas encore fait, organisez-vous avec vos collègues, contactez le SSP de votre région, commandez le matériel (affichettes, badges, flyers), visitez le site du SSP sur lequel vous trouverez toutes les informations nécessaires pour vous organiser sur le lieu de travail, ainsi que pour participer aux actions unitaires prévues dans votre canton.

La grève féministe et des femmes* commencera à minuit avec des actions en ville, puis se poursuivra pour converger vers un premier moment unitaire au niveau national: dès 11h, des rassemblements auront lieu un peu partout pour lire l’Appel à la grève tel qu’adopté lors des Assises de Bienne le 10 mars dernier, qui ont réunit 500 femmes de tout le pays (4). Place ensuite aux piques-niques et repas solidaires.

A 15 h 24, heure symbolique à laquelle les femmes ne sont plus payées en raison de l’inégalité salariale moyenne, les Collectifs invitent toutes les femmes et hommes solidaires à converger vers les lieux de rassemblement unitaire pour ensuite participer à des manifestations, qui auront lieu à Genève, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg, Sion, Delémont et Bienne, ainsi que dans les villes alémaniques. Toutes* ensemble, en grève, arrêtons le pays (5)!


(1) Le communiqué de presse et les photos sur www.grevefeministe2019.ch
(2) Le Collectif romand pour la grève a traduit un appel court à la grève en de nombreuses langues, vous le trouvez sur https://ssp-vpod.ch/campagnes/pour-legalite-contre-le-sexisme/materiel/materiel-et-dossiers/
(3) https://ssp-vpod.ch/campagnes/pour-legalite-contre-le-sexisme/materiel/revendications-et-manifeste/
(4) https://ssp-vpod.ch/downloads/campagnes/greve-des-femmes-19/appel-national-a-la-greve.pdf
(5) Les programmes cantonaux sont disponibles sur www.ssp-vpod.ch

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