Les étudiant-e-s font la grève du climat

de: Interview «Services Publics»

Les jeunes se mobilisent pour le climat à travers la Suisse. Ils exigent des mesures à la hauteur de l’urgence climatique. Interview d'un étudiant membre du SSP parue aujourd'hui dans notre journal «Services Publics».

« Une augmentation de plus de 2 degrés de la température terrestre moyenne, 30 000 kilomètres carrés de forêt amazonienne détruits en une année, entre 10 et 12 milliards d'euros de déficits liés au désastre climatique chaque année en Europe, la disparition des principales espèces de poissons, de coraux et de tout l'écosystème qui en dépend prévus pour 2048, une extinction d'ores et déjà de plus de 60% des espèces entre 1970 et 2014...
Alors que l'environnement qui nous entoure s'écroule, la Suisse préfère lâchement payer des quotas pour ne pas avoir à se soumettre à quelques règles simples de l'accord de Katowice.
Si tu n'es pas d'accord avec cette manière de faire, que tu refuses de te soumettre à des politiques fainéantes et aveugles, rejoins la Grève du Climat Suisse et viens manifester avec nous le 18 Janvier 2019. Rien ne sert d'étudier si notre avenir et celui de la planète sur laquelle nous vivons n'est pas assuré! »

L’appel qui circule sur Facebook est sans équivoque. Des milliers de jeunes ont compris l’urgence de la crise climatique, et sont prêts à se mobiliser.

Ce vendredi 18 janvier, des collectifs d’élèves issus des gymnases, des cycles d’orientation, des écoles professionnelles et de quelques universités mènent une grève nationale pour le climat.

En décembre, une première mobilisation a mobilisé 4000 jeunes en Suisse alémanique. Cette fois, des grèves sont aussi prévues dans les cantons romands de Fribourg, Neuchâtel, Jura, Lausanne et Genève. En face, les réactions des directions des établissements divergent, indiquait la RTS (18 janvier): « Dans le Jura aucune sanction ne sera prononcée. À Neuchâtel, le dernier mot revient aux directions d'établissement. Au Lycée Blaise Cendrars à La Chaux-de-Fonds les élèves ´auront la possibilité de se mobiliser pour ces questions climatiques´ » selon son directeur, Christophe Stawarz. Sur Vaud et Fribourg, les élèves devront motiver leur absence. Le Valais annonce une « tolérance zéro ».

Questions à Philipp Trummer, étudiant en deuxième année au collège St-Michel, à Fribourg, membre du SSP et un des organisateurs du mouvement dans le canton.

Comment le mouvement prend-il dans ton collège?

Philipp Trummer – Nous avons écrit une lettre officielle adressée au recteur, expliquant nos revendications ainsi que le sens de notre mouvement. En 2 heures, nous avons récolté plus de 100 signatures. Il y a bien sûr des réactions négatives, mais une majorité d’étudiants est sensible à la question et motivée à faire quelque chose. On sent que les gens sont informés. La perspective de la grève fait discuter et politise les gens.

Le recteur a-t-il déjà réagi ?

Dans notre lettre au recteur, nous expliquons que notre grève ne vise pas l’établissement, mais contre la passivité de l’Etat et un système qui ne fait rien contre la crise climatique. Nous n’avons pas encore reçu de réponse, mais pensons que la réaction ne peut qu’être positive: c’est le futur de toute l’humanité qui est en jeu. Celui du recteur et de ses enfants aussi.

Quelles sont vos revendications?

Nos demandes sont nationales et s’inscrivent dans un le mouvement international des jeunes qui prennent conscience de l’urgence climatique. Nous exigeons zéro émission de gaz à effet de serre à l’horizon 2030, pour toute la Suisse.

Face à l’ampleur de la crise, les autorités politiques doivent décréter l’état d’urgence. Et si notre système se trouve incapable de répondre à cette question clé, alors c’est ce système qu’il faudra changer.

Comment vous organisez-vous?

Nous avons créé plusieurs groupes WhatsApp – pour chaque établissement, mais aussi un groupe général, qui regroupe 260 personnes. Il y a aussi des étudiants de l’université qui participent à nos assemblées. Il y a aussi des élèves qui mobilisent dans les Cycles d’orientation, bien que là, les élèves ont assez peur de la réaction de la direction.

Nous nous organisons de manière horizontale, pour que chacun puisse contribuer à la mobilisation, selon ses intérêts. Et les personnes les plus impliquées se rencontrent physiquement pour organiser concrètement l’événement.

Ce qui est clair, c’est que nous ne nous arrêterons pas là. Nous prévoyons de nouvelles grèves et mobilisations. Car nous nous rendons compte que le contexte suisse et international – avec des leaders comme Trump ou Bolsonaro – est loin d’être favorable à un tournant écologique.

Quelle est la réaction des enseignants?

Nombre d’entre eux nous soutiennent. Ils disent que si les jeunes ne se mobilisent pas, qui le fera à leur place?

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