Prêtes à en découdre

Action pour l'égalité salariale. Congrès des femmes de l'USS. 19.01.2018

de: Michela Bovolenta

Réunies en congrès les 19 et 20 janvier, les femmes de l’USS sont déterminées à se battre pour plus d’égalité, plus de temps et de meilleures conditions de travail et de retraite. Reflets.

Égalité. Baisse du temps de travail. Reconnaissance du travail de care. Renforcement des assurances sociales. Refus de la hausse de l’âge de la retraite des femmes. Ras-le-bol du sexisme et du harcèlement sexuel. Pas de digitalisation sur le dos des femmes. Voilà quelques-uns des thèmes qui ont occupé les 240 déléguées et la cinquantaine d’invitées réunies à Berne à l’occasion du 13e congrès des femmes de l’USS. Motivées, les déléguées n’ont pas voulu d’un congrès fait de seuls mots. Elles ont manifesté le jour même et ont décidé de se revoir le 22 septembre prochain sur la Place fédérale à Berne, pour une manifestation nationale (lire ci-contre).

Yes we care ! Parmi les temps forts des femmes, il y a le temps consacré à prendre soin des autres: enfants, parents âgées, personnes malades et ou dépendantes. Le travail dit du « care » est toujours l’affaire des femmes. Qu’il soit rémunéré ou pas, il est majoritairement accompli par des femmes: ce sont elles qui cumulent emploi et travail de care au sein des familles, elles qui occupent l’essentiel des emplois dans les secteurs des soins, de l’accueil des enfants ou du social. Elles qui viennent comme assistantes de vie en Suisse laissant dans leur pays des proches, à leur tour pris en charge par d’autres femmes qui viennent d’encore plus loin. Cela forme des chaines de vulnérabilité internationale, comme l’a expliqué la sociologue Sarah Schilliger (lire en pages 6 et 7) et comme en a témoigné Bozena Domanska. Cette travailleuse polonaise, syndicaliste au SSP Bâle, se bat pour faire reconnaître le travail des assistantes de vie et pour soumettre le secteur de l’économie domestique, notamment le travail d’accompagnement 24 heures sur 24 heures au domicile de la personne âgée, à la Loi sur le travail. Le Congrès des femmes de l’USS a voté une résolution contenant cette revendication, ainsi qu’une deuxième résolution exigeant des conditions de travail correctes, la pleine reconnaissance du travail de care dans les assurances sociales ainsi que son inclusion dans le service public.

Travailler moins ! Confrontées depuis longtemps à une double journée de travail qui résiste, malgré les évolutions technologiques et sociales, les femmes ont voulu renouer avec le combat historique des syndicats et remettre sur la tapis la revendication de la baisse radicale du temps de travail. Certes, les déléguées ne sont pas naïves et savent que ce combat est difficile. Pourtant, il revient au-devant de la scène dans plusieurs pays. En Allemagne IG-Metall lançait il y a quelques jours un mouvement de grève pour les 28 heures (lire en page 11). En Suède, le syndicat Kommunal revendique la semaine de 30 heures. Des projets pilote pour la journée de 6 heures ont eu lieu. Invitée au Congrès des femmes de l’USS, Elinor Odeberg, chercheuse et syndicaliste suédoise, considère que la réduction du temps de travail hebdomadaire doit s’accompagner de davantage de temps libre sous forme de congés parentaux et de vacances. Réduire le temps de travail rémunéré est une condition nécessaire, avec l’éducation et l’évolution des mentalités, pour partager les tâches domestiques, éducatives et de soins de manière égalitaire au sein des couples. Dans une résolution adoptée qui demande une baisse du temps de travail, les femmes de l’USS s’insurgent contre les tentatives de la droite, qui veut augmenter la durée normale du temps de travail à 50 heures par semaine et déréglementer encore plus le temps de travail.

Egalité salariale. Point final ! Hasard du calendrier, vendredi 19 janvier, la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil des Etats se réunissait pour décider si elle entrait ou non en matière sur la révision de la Loi sur l’égalité proposée par le Conseil fédéral. Il s’agit d’une révision ad minima, qui prévoit l’obligation pour les entreprises de plus de 50 salarié-e-s d’effectuer une analyse de l’égalité des salaires tous les quatre ans et d’informer le personnel du résultat. L’entreprise fautive ne sera pas tenue de corriger les salaires discriminatoires, et ne sera pas sanctionnée. Ce projet ne contient donc pas grand-chose, mais c’est déjà trop pour le patronat et la droite !

Si la Commission des Etats a décidé d’entrer en matière du bout des lèvres, le débat parlementaire s’annonce dur. Les déléguées ont voté une résolution pour exiger l’application de la loi sur l’égalité et l’amélioration du projet de révision. Surtout, elles ont quitté la salle du congrès pour manifester dans les rue de Berne, où elles ont déployé une banderole géante exigeant l’égalité des salaires.

64 ans, Ça suffit ! L’année dernière, la votation sur Prévoyance vieillesse 2020 (PV 2020), qui préconisait entre autres l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, a fait l’objet d’un âpre débat au sein du mouvement syndical. L’objet a finalement été refusé par 53% des votants le 24 septembre dernier. La question ne pouvait donc pas manquer d’être abordée par le congrès des femmes de l’USS.

Cela alors que le conseiller fédéral (PS) Alain Berset a affiché son entêtement à attaquer l’AVS. En décembre, M. Berset a effet annoncé qu’il scindera sa « réforme des retraites » en deux volets. Le premier portera sur l’AVS, la révision de la LPP étant repoussée. Un premier projet de révision est annoncé pour la fin février 2018. Il devrait reprendre les principales propositions sur la question refusées le 24 septembre dernier, dont la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. Sur ce point, la division d’hier a laissé place à une unité retrouvée contre la hausse de l’âge de la retraite des femmes, ainsi qu’à une combativité renouvelée en faveur du renforcement de l’AVS.

Le président de l’USS Paul Rechsteiner, a été accueilli avec énergie par une vingtaine de déléguées qui lui ont demandé de ne plus faire de l’âge de la retraite des femmes une monnaie d’échange, ainsi que de s’engager résolument contre toute tentative d’augmentation de l’âge de la retraite. Le Congrès a voté deux résolutions, contre la hausse de l’âge de la retraite et pour un renforcement de l’AVS. Une troisième résolution, discutée lors d’un atelier et adoptée pour examen, a élargi le débat aux autres assurances sociales, notamment l’assurance maladie, perte de gain, chômage et maternité/adoption, qui nécessitent également d’évoluer vers davantage de solidarité et d’égalité. MB


Pour une mobilisation massive !

Le congrès demande à l’USS de mobiliser largement à l’automne pour l’égalité et contre le harcèlement sexuel. Avec en perspective une nouvelle grève des femmes.

Le constat tiré au cours de ce Congrès est certes peu réjouissant: l’égalité stagne, le sexisme ordinaire et le harcèlement sexuel pourrissent la vie des femmes, les conditions de travail se durcissent, la double journée de travail s’alourdit à mesure que les services publics maigrissent.

Pourtant, loin de se décourager, les femmes syndicalistes appellent à la mobilisation.

Le 13e Congrès des femmes de l’USS a mandaté la centrale syndicale afin qu’elle organise une manifestation nationale pour l’égalité le 22 septembre 2018. Il a aussi demandé à l’USS qu’elle élabore un plan d’action pour la période qui va de 2019 à 2021, qui prenne en considération la possibilité d’une grève des femmes.

Les déléguées ont également adopté la résolution, proposée par les femmes du SSP, qui demande à la faîtière syndicale de préparer, dès 2018, une mobilisation massive des femmes, avec des manifestations et jusqu’à une nouvelle grève des femmes le 14 juin 2019. Affaire à suivre! MB

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20.01.2018 1. Réduire le temps de travail à 35 heures PDF (410 kB)
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19.01.2018 2. Discrimination salariale : rendez-nous notre argent ! PDF (30 kB)
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20.01.2018 3. Yes we care! PDF (33 kB)
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20.01.2018 4. Protection des droits des travailleuses à domicile PDF (18 kB)
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20.01.2018 5. Non à "No Billag" PDF (471 kB)
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20.01.2018 6. Renforcer l'AVS sans élever l'âge de la retraite des femmes PDF (220 kB)
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20.01.2018 7. Tolérance zéro face au harcèlement sexuel PDF (149 kB)
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20.01.2018 Résolutions SSP: 8. Retraites / 9. LTr pour la prise en charge 24sur 24 / 10.Stop sexisme / 11.Mobilisation PDF (681 kB)
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20.01.2018 12. Digitalisation  ()
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20.01.2018 13. Assurances sociales PDF (249 kB)
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