Travailleuses au rabais

Photo Valdemar Verissimo

de: Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP

Le constat est affligeant. En 2014, le niveau moyen des salaires a baissé. Et les salariées gagnaient toujours nettement moins que leurs collègues masculins.

En 2014, globalement les femmes gagnaient en moyenne 18,1% de moins que les hommes. L’écart moyen est de 19,5% dans le secteur privé et de 16,6% dans le secteur public. Les femmes ont des salaires inférieurs dans tous les secteurs, dans tous les métiers, dans toutes les tranches d’âge, quelle que soit leur ancienneté dans l’entreprise, leur position hiérarchique, leur niveau de formation ou leur état civil. L’écart moyen varie mais ne disparaît jamais. C’est ce constat affligeant qui ressort de la lecture du rapport BASS, qui vient d’analyser les données de l’Enquête suisse sur la structure des salaires ( BASS: Analyse der Löhne von Frauen und Männern anhand der Lohnstrukturerhebung 2014. 2 mars 2017).

1900 francs de moins par mois

Les différents écarts salariaux sont tous calculés sur la base d’un salaire mensuel standardisé à plein temps, soit 40 heures hebdomadaires. Or, si neuf hommes sur dix travaillent à plein temps, ce n’est le cas que pour quatre femmes sur dix. Dès lors, le salaire standardisé surestime fortement le salaire réellement perçu par les femmes. L’écart entre les salaires moyens non standardisés à plein temps est très supérieur et se situe, en 2014 pour les secteur privé et public ensemble, à 32,5%. Cela veut dire qu’une femme gagne en moyenne 1900 francs par mois de moins qu’un homme!

Le mariage plombe le salaire féminin

Le mariage n’est pas une bonne affaire pour le salaire des femmes. Les femmes mariées sont celles qui subissent l’écart salarial le plus élevé: à temps de travail égal, elles touchent 24,4% de moins que les hommes mariés! La divergence entre les parcours de vie des femmes se lit également dans d’autres données. Ainsi, l’écart salarial entre les femmes et les hommes croît avec l’âge, passant de 5,1% pour les moins de 30 ans à 24% pour les plus de 50 ans. On pourrait attribuer la péjoration des salaires féminins au fait que les femmes cumuleraient moins d’expérience professionnelle. Pourtant, le même phénomène est à l’œuvre lorsqu’on analyse l’écart selon les années de service: on passe de 12,8% la première année à 18,5% % après vingt ans de service.

La formation augmente l’écart

De même, on pourrait attribuer le moindre salaire des femmes de plus de 50 ans au fait qu’elles n’ont pas pu bénéficier d’une bonne formation. D’ailleurs, par le passé, on a souvent cru que l’amélioration du niveau de formation des femmes était la clé de voûte pour réaliser l’égalité. Certes, le droit à la formation est positif en soi, pour les femmes comme pour tout le monde. Et comparativement à des femmes peu ou pas formées, celles qui ont fait des études ont des salaires plus élevés. Pourtant, lorsqu’on compare les salaires des femmes et des hommes ayant un même niveau de formation, on déchante grave. Car plus on a une formation élevée, plus l’écart salarial est grand!

La différence de salaire moyen est ainsi de 12,1% entre des femmes et des hommes qui ont obtenu un CFC, alors que les femmes qui ont terminé une Haute école/Ecole pédagogique ou l’Université gagnent respectivement 23% et 22,3% de moins que leurs homologues masculins. On pourrait croire que ces dames n’utilisent pas leur potentiel et n’accèdent pas à des positions de cadre. Ce n’est vrai qu’en partie, puisqu’effectivement la part de femmes cadres supérieurs n’est que de 22%. Pourtant, ce qui frappe c’est que même celles qui réussissent à percer le plafond de verre au niveau hiérarchique ne parviennent pas à percer le plafond en béton armé de l’inégalité salariale. L’écart est même très largement supérieur à l’écart moyen, soit 24,1%. À taux d’activité égal!

Salaires à la baisse

L’enquête sur la structure des salaires compare l’écart salarial de 2014 avec celui de 2012. Dans le secteur public, l’écart est passé de 16,5% à 16,6%. Surtout, les salaires des hommes et des femmes ont baissé, respectivement de 150 et 160 francs par mois! Dans le secteur privé, l’écart salarial s’est légèrement réduit de 21,3% à 19,5%. Ce n’est pourtant pas synonyme d’amélioration salariale. En effet, comme dans le secteur public, le niveau moyen des salaires a baissé tant pour les hommes que pour les femmes, respectivement de 115 et de 54 francs par mois! Ce n’est pas de cette égalité au rabais que nous pouvons nous contenter. Ni pour les salaires, ni pour les rentes de retraite! ????

Inégalités amplifiées au moment de la retraite.

Pas étonnant qu’en bout de parcours professionnel, les rentes des femmes soient largement inférieures à celles des hommes.

L’inégalité des salaires a des répercussions sur l’ensemble de la vie d’une femme. Et comme l’écrivent les auteurs de l’étude BASS, c’est l’analyse du salaire net qui rend au mieux compte non seulement de la réalité salariale des femmes, mais également du fait que «en Suisse, les rentes des femmes sont en moyenne de 37% ou de 20 000 francs par année inférieures à celles des hommes».

Un récent rapport mené pour le compte de la Conférence suisse des délégué-e-s à l’égalité entre femmes et hommes (CSDE) montre que le niveau du salaire, le taux d’activité et le règlement des caisses de pensions sont les trois facteurs les plus déterminants pour le montant futur des prestations de retraite (Giuliano Boloni, Eric Crettaz, Daniel Auer, Fabienne Liechti: Les conséquences du travail à temps partiel sur les prestations de prévoyance vieillesse. IDHEAP et Hes So – Genève. 13 janvier 2016). Selon ce rapport, «plus de temps pour la famille pendant la vie active signifie des prestations de retraite tendanciellement plus basses».

Les personnes qui travaillent pendant longtemps avec un taux d’activité inférieur à 50% «risquent fort de devoir vivre à la retraite avec un revenu minimum», ajoutent ses auteurs. Or aujourd’hui, 80% des personnes qui ont un taux d’activité inférieur à 50% sont des femmes.

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