Vers une grève féministe en 2019?

(photo Eric Roset)

Le 2 juin, des Assises féministes auront lieu à Lausanne pour discuter d’une grève des femmes en 2019. Une manifestation pour l’égalité est convoquée pour le 22 septembre à Berne.

Au mois de janvier, le Congrès des femmes de l’USS a lancé l’appel à une manifestation nationale le 22 septembre 2018. Ras-le-bol des inégalités de salaires. Ras-le-bol des discriminations sexistes et du harcèlement sexuel. Dans la foulée, les déléguées ont voté à l’unanimité une résolution qui demande à l’USS d’envisager la possibilité d’une grève des femmes en 2019.

Assises féministes

Pour mettre en œuvre l’idée d’une grève féministe, il est important de lancer rapidement un processus très inclusif de réflexion et de discussion. C’est le but des Assises féministes romandes du 2 juin, intitulées « Vers une grève féministe ? ». Car, si poser la question d’une grève est déjà un début de mobilisation, la réaliser demande une grande implication de la part des syndicats et la constitution d’un front très large. L’objectif des Assises est de lancer un processus de discussion et d’organisation, d’échanger sur la manière d’impliquer le plus grand nombre de femmes sur les contenus et les revendications.

Renouveau du féminisme

L’idée d’aller vers une grève s’insère dans un contexte international de renouveau du mouvement féministe: après une génération de femmes qui a lutté pour obtenir l’égalité, une nouvelle génération a grandi avec l’idée que l’égalité est un acquis. Mais la réalité n’a pas suivi: les salaires et les rentes des femmes sont plus bas que ceux des hommes. Le monde du travail reste cloisonné, les métiers féminins sont moins valorisés. Les femmes se heurtent toujours au plafond de verre et au sexisme ordinaire. L’arrivée d’un bébé remet en cause leurs projets professionnels, leur idéal de vie de couple, l’équilibre entre les différents temps de leur vie. Et trop nombreuses sont celles qui subissent des violences sexuelles, jusqu’au viol et au féminicide. Sans oublier les attaques réactionnaires contre des droits fondamentaux comme le libre choix.

Égalité salariale à la traîne

En Suisse, l’actualité porte aussi sur l’égalité. En mars, le Conseil des Etats a renvoyé à sa commission le projet de révision de la Loi sur l’égalité, suscitant des réactions de colère de la part des femmes. Depuis, la commission s’est à nouveau réunie et a décidé de maintenir sa version, qui sera rediscutée fin mai. Mais plusieurs propositions pour en réduire la portée, déjà faible, ont été déposées. Surtout, l’effet de cette révision sera moindre. En effet, le contrôle des salaires se limitera à la dite discrimination inexplicable, qui ne prend pas en compte la réalité du travail des femmes. Car le gros des inégalités vient de quatre facteurs: les choix de métiers et de filières différents, les métiers féminins systématiquement sous-évalués, les postes à temps partiel et ceux à bas salaires occupés en majorité par les femmes, les postes de cadres et à haut salaires occupés en majorité par les hommes. Autant dire que cette révision aura l’effet de la grêle après les vendanges !

Nouveau chiffres

L’actualité, c’est aussi les nouveaux chiffres de l’Enquête suisse sur les salaires. Le communiqué de l’OFS annonce des « disparités salariales entre femmes et hommes moins élevées »: le salaire médian des hommes est de 6830 francs par mois, celui des femmes de 6010. Une différence de 820 francs ou 12 %, en baisse de 0,5% par rapport à 2014. Le salaire moyen n’est pas donné: l’écart était de 18% en 2014. La médiane gomme les extrêmes et réduit l’écart salarial. Or la répartition des femmes et des hommes dans la pyramide des emplois est très inégalitaire: 60% des emplois dont le salaire médian est inférieur à 4500 francs sont occupés par des femmes, alors que 83% des postes dont le salaire est supérieur à 16000 francs sont occupés par des hommes.

La rémunération horaire des personnes travaillant à moins de 75% est « systématiquement inférieure à celle versée à plein temps ». Or la très grande majorité des personnes à temps partiel sont des femmes. Une politique efficace de l’égalité ne peut faire abstraction de ces réalités si elle veut réellement agir, et non faire semblant.


Événements sur ce thème

Assises féministes romandes

«Vers une grève féministe en 2019?»

Adresse: Pôle Sud, centre socioculturel de l'Union syndicale vaudoise, av. Jean-Jaques Mercier 3, Lausanne