Halte au harcèlement sexuel

(photo Valdemar Verissimo)

L’affaire Weinstein, suivie en Suisse de l’affaire Buttet, a ouvert le débat sur le sexisme et le harcèlement sexuel. Grâce à des mouvements comme #Metoo et #Balancetonporc, nombre de femmes ont témoigné et contribué à une prise de conscience, du moins partielle, sur des pratiques qui ne peuvent et ne doivent plus être tolérées.

Dans un récent sondage [1], deux tiers des personnes interrogées ont affirmé qu’elles interviendraient si elles étaient témoins d’une agression de harcèlement sexuel. C’est encourageant.

Car ce que nous avons constaté jusqu’ici, c’est la difficulté à dénoncer et faire reconnaitre le harcèlement sexuel. Les obstacles sont nombreux. Il faut prouver un acte souvent commis à l’abri des regards, trouver des collègues qui osent témoigner dans un monde du travail hiérarchisé et autoritaire, avoir les ressources, personnelles et financières, pour assumer une procédure juridique longue et complexe.

Peu de victimes franchissent le pas de la plainte. Et pour celles qui le font, c’est la douche froide: huit fois sur dix, la plainte est rejetée! Pire : 80% des plaignantes perdent non seulement leur procès, mais aussi leur boulot!

C’est inacceptable, et nous devons nous battre pour exiger un renforcement des dispositifs anti-harcèlement. Le plus souvent, les règlements existants n’offrent pas une protection suffisante à la plaignante et encore moins aux éventuels donneurs d’alerte ou témoins. La plupart des employeurs refusent de mettre en place une instance externe et neutre, préférant un « entre soi » qui étouffe et décourage les plaignantes au lieu de les soutenir et mettre fin au harcèlement.

La législation fédérale est insuffisante. D’une part, parce que le fardeau de la preuve pèse sur la plaignante, contrairement aux autres motifs de discrimination. Et, d’autre part, parce que la protection contre le licenciement n’est pas assez forte.

Au-delà des modifications légales, seul un changement des mentalités et de l’attitude des employeurs et des tribunaux permettra de sortir de l’impunité actuelle. C’est pourquoi les mouvements en cours sont si importants.


[1] Le Matin, 26 février 2018.