Les femmes du SSP s'organisent

photo Eric Roset

Plus de 100 femmes se sont réunies les 9 et 10 novembre à Soleure, pour une 13e Conférence fédérative des femmes entièrement consacrée à la grève du 14 juin 2019.

En route pour la grève féministe !

Pendant un jour et demi, les femmes présentes ont pu discuter de comment et pourquoi faire grève. Hasard du calendrier, notre conférence a eu lieu le même jour que la commémoration du 100e anniversaire de la grève générale. Une occasion de rappeler l’actualité de cet outil de lutte, que les femmes du SSP n’ont pas manquée en faisant le déplacement à Olten.

Huelga feminista
La conférence s’est ouverte avec la présentation de la grève féministe espagnole. Nos invitées, Isabel Cadenas et Patricia Aranguren, de la Coordination du 8 mars de Madrid, nous ont transmis leur enthousiasme. Le succès de la grève féministe espagnole est le résultat d’une prise de conscience de la nécessité pour les femmes de se mobiliser contre une société profondément sexiste et qui perpétue les inégalités entre les femmes et les hommes, dans tous les domaines. Mais elle est aussi le résultat d’un engagement militant sans relâche construit durant toute l’année précédente.

Partage d’expériences
La Suisse a connu une première grève des femmes le 14 juin 1991. Notre collègue Regina Stauffer y était. Elle enseignait à l’époque dans une école enfantine de Zurich. Aujourd’hui, on pense qu’alors, c’était plus facile. Or quelques jours avant la grève, Regina a reçu un appel de sa directrice l’intimant de renoncer à faire grève. Regina ne s’est pas laissé intimider, comme la majorité de ses collègues. Le 14 juin 1991, elles se sont jointes aux 50 000 femmes qui s’était donné rendez-vous sur l’Helvetiaplatz de Zurich !

Faire grève à l’hôpital
Autre époque, autre expérience. Catherine Friedli, secrétaire au SSP – Région Fribourg, a expliqué comment les salarié-e-s des hôpitaux fribourgeois ont réalisé une grève inventive et victorieuse contre le projet du Conseil d’Etat de les sortir de la Loi sur le personnel. Dans un hôpital, il est impossible d’arrêter totalement le travail. Mais on peut limier les prestations aux soins essentiels. Concrètement, c’est par exemple supprimer les tâches administratives, renvoyer des opérations et des rendez-vous non urgents, préparer un seul repas. Celles et ceux qui ont dû travailler ont porté un badge: « En grève, mais là pour vous », en signe de solidarité.

Question de droit
Pour faire face aux pressions, la meilleure protection reste l’ampleur de la mobilisation. Mais il vaut la peine de connaître le droit en vigueur. C’était le but de la présentation de Darja Schwiter, juriste au secrétariat SSP de Zurich. La Constitution fédérale reconnaît le droit de grève relativement aux conditions de travail et comme ultima ratio. Une grève des femmes portant sur les salaires et les conditions de travail est dès lors légitime. Le SSP veillera à élaborer des argumentaires adaptés aux divers secteurs (public, parapublic, avec ou sans CCT). Mais le plus important, pour Darja, c’est de ne pas se laisser intimider par le droit.

Le travail de soins aussi
Les femmes assument les deux tiers du travail de soins aux proches gratuitement. Et lorsque ce travail est professionnalisé, il est souvent précaire et mal payé, à l’exemple du travail à domicile, 24 heures sur 24. Barbara Lienhard, du Bureau de l’égalité de Zurich, a expliqué que le Conseil fédéral a renoncé à soumettre ce secteur à la Loi sur le travail pour des raisons économiques, sacrifiant ainsi les conditions de travail et de salaires des femmes. Une raison de plus de faire grève !

Mille idées et plus
Les déléguées ne sont pas restées les bras croisés. Réparties en groupes de travail, elles ont réfléchi à comment faire grève. Parmi les idées, en vrac: envoyer des cartes postales à son réseau ou constituer des chaîne téléphoniques, préparer une chanson de la grève, mobiliser des personnalités du monde de la culture et du sport, témoigner sur les lieux de travail et dans les quartiers, porter un signe distinctif, commencer la grève à minuit et la continuer durant 24 heures, organiser, mettre en place des groupes d’extension de la grève, mettre sur pied des points de ravitaillement, de garde des enfants et des personnes dépendantes tenus par des collègues masculins, se retrouver, se rassembler, manifester – et tant d’autres idées qui seront ordonnées et mises à disposition de tou-te-s.

1918: grève générale. 2019: grève féministe!
Munies de pancartes fabriquées le jour même, les déléguées se sont rendues samedi à Olten pour accueillir les invité-e-s au centenaire de la grève générale de 1918. Pendant une bonne heure, les femmes du SSP ont fait entendre leur voix en faveur d’une grève féministe, mais aussi leur souhait de voir les femmes à la tête de l’USS!

MB