Grève des Femmes

photo Brigou

Après le 14 juin, on ne lâche rien

Six mois après la grève féministe du 14 juin, ça bouge toujours, comme l’ont montré les manifestations contre les violences faites aux femmes. Les collectifs préparent le 8 mars 2020.
Côté parlements, que ce soit au niveau fédéral ou cantonal, on constate une vivacité du débat sur les questions concernant l’égalité, notamment dans le domaine de ladite conciliation entre travail et famille. Mais les propositions restent timides, leur concrétisation lente par rapport aux attentes exprimées.

Et les employeurs du secteur public sont à la traîne. Six mois après le 14 juin, force est de constater que peu de progrès ont été fait concrètement et que nombre de nos cahiers de revendications restent sans réponse. Nous faisons ici le point sur les débats et propositions ayant trait aux congés parentaux et de soins.

Congé paternité
Au mois de novembre, Aldi annonçait, via une campagne de publicité, qu’il doublerait la durée du congé paternité au sein de ses filiales. Dès l’année prochaine, ce congé passera de deux à quatre semaines, payées à 100%. Dans le secteur public, la Ville de Fribourg a adopté 30 jours de congé paternité et un congé allaitement d’un mois, payé à 100%, qui entreront en vigueur en 2020. L’Etat de Vaud va augmenter le congé paternité de 5 à 20 jours, avec une entrée en vigueur progressive jusqu’en 2022… Hâte-toi lentement! À Berne, le parlement a divisé par deux le congé paternité: deux semaines au lieu des quatre proposées par l’initiative ! Malgré cela, un comité bourgeois a lancé le référendum, jugeant le congé paternité fédéral trop cher!

Congé parental
La moitié des pays de l’OCDE prévoient un congé maternité et parental de 43 semaines. La Suisse reste loin derrière, un constat qui n’est pas nouveau. Déjà, lors du congrès SSP de 2007, nous proposions un ensemble de mesures, comprenant notamment un congé maternité de six mois, un congé paternité de deux mois et un congé parental d’une année – à diviser entre les parents. Depuis, nombre de modèles ont été élaborés. Des discussions sont en cours pour lancer une initiative populaire. Pour nous, le modèle de la Commission fédérale pour la coordination des questions familiales (COFF) constitue un minimum (1). Il préconise 38 semaines de congé en tout, comprenant 14 semaines de congé maternité, 8 semaines de congé paternité et 16 semaines à répartir entre les parents.

Congé pour enfant gravement malade
Une loi fédérale pour l’amélioration de la conciliation entre activité familiale et prise en charge de proches vient d’être adoptée par le parlement fédéral. Les proches aidants, c’est 80 millions d’heures de travail, ce qui représente 3,7 milliards de francs ! Avec un coût global estimé à 250 millions de francs, au maximum, le projet reste modeste. La mesure phare est un congé de 14 semaines, rémunéré à 80%, pour les parents d’un enfant gravement malade. Or, lorsqu’un enfant est gravement malade, un des parents, souvent la mère, doit quitter son emploi. Ainsi, comme l’explique cette mère d’une enfant atteinte de neuroblastome, ce congé est symboliquement important, mais, « dans le meilleur des cas, avec des leucémies qui évoluent bien par exemple, on parle de six mois de traitements intensifs. Or ma fille se bat depuis deux ans et demi contre son cancer et elle n’est toujours pas en rémission (2)».

Congé pour proche et enfant malade
En plus de ce congé de longue durée, le parlement a voté un congé allant jusqu’à trois jours en cas de maladie d’un proche ou d’un enfant, mais plafonné à dix jours par année, et financé par l’assurance perte de gain. Le plafond a été, en vain, combattu par une minorité. Finalement, la mesure laisse un goût amer: elle est en dessous des dispositions actuelles prévues par la Loi sur le travail et le Code des obligations, qui garantissent jusqu’à trois jours de congé par cas de maladie, disposition d’ailleurs souvent contestée par des employeurs public. Cela dit, en ce qui concerne les enfants, le/la conjoint-e ou le/la partenaire enregistré-e-s, les dispositions actuelles s’appliquent toujours.

Le combat continue !
À force d’argumenter, de revendiquer et de nous mobiliser, nous avons réussi à fissurer le mur d’indifférence qui rendait invisible le travail domestique, éducatif et de soins. En apparence modeste, ce résultat est important. Il faut maintenant agir pour que ce travail soit valorisé. Cela passe par des congés, par le développement des assurances sociales mais aussi par un renforcement des services publics – et, surtout, par une réduction généralisée du temps de travail afin de rééquilibrer nos temps de vie. Ce combat trouve aujourd’hui un nouvel écho, tant auprès des femmes que des jeunes pour le climat. Travailler moins pour vivre mieux ! Ce sera aussi le thème du 8 mars 2020, que nous sommes en train de préparer avec les collectifs de la grève féministe et des femmes*.

Le 8 mars 2020: on ne lâche rien!
Le 8 mars 2020 tombera un dimanche. Ce sera l’occasion de rendre visible ce travail domestique, éducatif et de soins, que nous accomplissons jour après jour, sans fracas.

Rémunéré ou non, ce travail reste une affaire de femmes et impacte nos vies: nous avons moins de temps pour nous, nous touchons des salaires plus bas et nous bénéficions de rentes réduites!

Le 8 mars prochain, arrêtons-nous donc, prenons notre temps, prenons l’espace public pour nous rendre visibles et dire notre solidarité avec les femmes du monde entier!


Michela Bovolenta, secrétaire centrale SSP


(1) COFF, « Congé parental: un bon investissement », Berne 2018
(2) RTS, https://www.rts.ch/info/suisse/10914595--j-ai-du-arreter-de-travailler-pour-m-occuper-de-ma-fille-malade-.html


8 mars 2020

Le dimanche n'est pas un jour de repos pour les Femmes*, toutes en grève le 8 mars 2020 !
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14 juin 2019

Photo Valdemar Verissimo

Les archives d'une mobilisation historique !
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Nos cahiers de revendications

Photo Eric Roset

Dans le cadre de la grève féministe et des femmes du 14 juin, le SSP a déposé plusieurs cahiers de revendications à l'attention des employeurs du secteur public et parapulic.
On ne lâche rien !
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1. Nous voulons valoriser les salaires des fonctions et métiers féminins par une hausse de toutes les classes occupées majoritairement par des femmes.

2. Nous voulons la réintégration du personnel de nettoyage, composé en majorité de femmes, souvent migrantes, au sein du personnel de l’Etat et des institutions subventionnées.

3. Nous voulons réduire le temps de travail afin de sortir du piège du temps partiel et de partager le travail non rémunéré.

4. Nous refusons la flexibilité au profit de l’employeur et revendiquons des horaires de travail compatibles avec nos vies familiales et privées.

5. Nous voulons la reconnaissance du temps de travail domestique dans les assurances sociales.

6. Nous voulons que les collectivités publiques donnent l’exemple en adoptant un congé maternité de six mois, un congé paternité de deux mois et un congé parental payés, y compris pour les parents de même sexe et/ou adoptifs.

7. Nous exigeons l’aménagement tant de l’espace que des horaires de travail pour les femmes enceintes et qui allaitent, ainsi que le remplacement systématique de toutes les femmes en congé maternité.

8. Nous refusons toute hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et nous revendiquons la retraite à 60 ans dans le secteur de la santé, ainsi que des horaires aménagés pour les personnes de plus de 55 ans.

9. Nous demandons l’introduction du langage épicène, la mise en place de campagnes de sensibilisation au respect des femmes et des personnes LGBTIQ, tant sur les lieux de travail qu’à l’école, ainsi que la prévention et la tolérance zéro en matière de sexisme et de harcèlement sexuel.

10. Nous voulons des habits de travail adaptés aux femmes dans les métiers masculins, des douches et vestiaires séparés, des mesures pour assurer la sécurité du personnel féminin sur certains lieux de travail sensibles ainsi que sur le trajet, notamment pour les travailleuses de nuit.