«Les services publics vont être touchés de plein fouet»

Intervention de Cora Antonioli, vice-présidente du SSP, lors de la conférence de presse de lancement du référendum.

Pour le SSP, Syndicat des Services Publics, la décision de s’opposer à ce paquet et de soutenir le référendum a été claire, puisque plus des deux tiers des délégué-e-s de notre assemblée nationale a fait ce choix.

Alors, oui, ce paquet prévoit un financement supplémentaire de l’AVS que nous saluons. Par contre le fait que celui-ci soit relié à un volet fiscal proche de ce qu’était la RIE 3 est inacceptable pour le SSP.

Cela signifie, à nouveau, que les grandes entreprises auraient la possibilité de procéder à des déductions fiscales énormes. Cela signifie aussi un encouragement aux cantons (notamment via les compensations versées par la Confédération) à baisser fortement le taux d’imposition du bénéfice de toutes les entreprises.

Cela se traduira par des pertes inestimables, mais qui se chiffreront sans doute en milliards pour les cantons et les communes.

Quant à la Confédération, sa manne financière sera réduite, notamment parce que sa part sur l’impôt fédéral direct sera moindre, au profit des cantons.

Pour nous, Syndicat des services publics, les conséquences de ce volet fiscal sont malheureusement claires: alors même qu’aujourd’hui déjà dans la plupart des cantons, les budgets publics subissent des restrictions, des coupes (souvent en prévision, d’ailleurs, de l’entrée en vigueur de cette réforme), les services publics vont être touchés de plein fouet. Dans les cantons et/ou dans les communes.

Et les services publics, ce n’est pas juste quelque chose dont on parle en politique ou dans les syndicat, mais qu’on ne voit jamais dans la « vraie vie »; les services publics, c’est l’école où nos enfants se rendent chaque jour et de laquelle nous attendons qu’elle puisse offrir un encadrement pédagogique de qualité, c’est l’hôpital où chacune et chacun de nous devons ou devrons nous rendre pour y être soignées, c’est l’accueil des enfants après les cours en fin d’après-midi quand les parents travaillent, etc.

Les services publics c’est aussi des salarié-e-s, parmi elles et eux, beaucoup de femmes, qui quotidiennement se mettent au service de la population pour lui offrir une aide, un soutien, une prise en charge, une prestation.

Les services publics sont actuellement déjà sous pression, les salarié-e-s sont sous pression.

Les pertes dues à RFFA auront des effets concrets sur la qualité des services; et le quotidien de ces services n’est malheureusement pas compliqué à se représenter: les effectifs en terme de personnel seront encore réduits, le nombre et le type de tâches à effectuer augmentera, le temps qui pourra être consacré à chaque enfant, chaque étudiant-e, chaque patient-e sera réduit, la pression sur les salaires sera encore plus fortes, les situations de burn-out encore plus fréquentes; s’ajoutent à cela davantage externalisations pour certaines tâches (EMS, hôpitaux, écoles,…).

Les salarié-e-s des services publics, bien entendu, seront des perdant-e-s des mesures prises suite cette réforme et notamment les femmes salariées qui sont clairement les plus nombreuses dans les secteurs des soins et de la santé ou de l’enfance par exemple.

Mais les perdants et les perdantes seront aussi, et surtout, la population, et plus particulièrement encore les personnes les plus fragilisées car, nous n’en doutons pas, en plus du fait qu’elles ont besoin comme tout un chacun-e de se former, de se soigner, de se déplacer, elles seront les premières cibles des mesures d’économie (prestations sociales, bourses etc.).

Notre syndicat, le Syndicat des services publics a donc fait un choix clair en décidant de soutenir, aux côtés d’une large alliance, le référendum contre RFFA. Il a décidé de ne pas accepter ce chantage sans broncher, sans lutter, chantage qui consisterait à sacrifier la santé, la formation, les transports, la culture, tous les services à la population au prix d’un financement supplémentaire de l’AVS.

Deux exemples actuels

Exemples de cantons qui ont déjà procédé à une baisse massive de l’imposition du bénéfice des entreprises.

Lucerne: Dans le cadre du «wagon» de mesures qui chaque année est présenté au moment du budget, le canton de Lucerne a imposé des «Zwangsferien» (vacances forcées) en 2016 aux élèves du secondaire II (gymnases, écoles de culture générale, écoles professionnelles) – pendant une semaine, ces écoles étaient fermées. Une mesure d’économie. Cette année, en 2018, ce sont 39’0000 élèves de l’école obligatoire qui sont resté-e-s à la maison une journée de plus.

Neuchâtel: Le Conseil d’Etat neuchâtelois vient de publier un arrêté qui double les écolages des écoles supérieures (ES) à plein temps et fait passer les examens fédéraux et fédéraux supérieurs de la gratuité à 3200.- .

Non à RFFA!