Non à No Billag: refuser le diktat du marché

« Qu’est-ce que le marché ? Il y a une définition simple: la possibilité pour deux personnes qui veulent commercer ensemble de s’entendre. C’est l’expression de la liberté pure » (Tribune de Genève, 11 décembre 2017. Nicolas Jutzet, étudiant à la Haute école de commerce de Saint-Gall, préside le comité romand favorable à l’initiative No Billag. Il est un adepte du néolibéralisme le plus radical.

Dans sa vision du monde, l’information et la culture sont des marchandises pour lesquelles chaque consommateur peut payer – ou pas. Nul besoin de radio-télévision publique, dont le principe-même peut être supprimé. C’est ce que propose No Billag.

Les nouveaux modes d’accès à l’information et à la culture ne suffisent pas à expliquer l’écho de l’initiative – en soi, rien n’empêche le développement d’un pôle public sur internet.

Son succès reflète plutôt la profonde marchandisation des rapports sociaux en cours depuis trois décennies. Celle-ci se traduit par une remise en cause systématique des solidarités et des services publics – un programme que l’initiative radicalise pour les médias.

Au-delà des jeunes libertariens de l’UDC et du PLR, des acteurs de poids espèrent tirer profit d’un affaiblissement de la SSR: les grands groupes d’édition – Tamedia en tête – aimeraient augmenter leur part du gâteau publicitaire, cible d’une concurrence globalisée (lire interview: «un service public à renforcer»).

À travers sa campagne contre les « gauchistes » de la RTS, l’UDC mène de son côté une bataille politique visant à renforcer l’écho de ses positions – notamment à la veille d’une empoignade d’ampleur sur les accords bilatéraux. Cela passe par le développement des moyens de communication contrôlés par Blocher et ses proches. Mais aussi par une remise en cause de l’orientation de la RTS, considérée comme anti-UDC. Dans ce combat, le parti de Blocher s’appuie sur l’USAM, la centrale patronale la plus proche de ses positions.

L’acceptation de No Billag renforcerait la droite la plus radicale, préparant l’extension de sa logique ultralibérale à des secteurs comme la santé ou l’éducation; elle supprimerait des milliers d’emploi; elle empêcherait aussi tout accès démocratique à une information et des contenus culturels de qualité – la profonde crise des médias, aujourd’hui en majorité sous la coupe de grands groupes capitalistes, est une démonstration de l’incapacité du marché en la matière.

Il est donc indispensable de refuser No Billag. Mais il faudra ensuite aller plus loin. Car le statu quo n’est pas satisfaisant: tendant d’abord ses micros vers le monde des dirigeants, économiques et politiques, la RTS laisse trop souvent dans l’ombre la Suisse « d’en bas » – celle de la société civile, des travailleurs et des mouvements qui résistent à la vague néolibérale.

Le développement d’un véritable service public implique au contraire un dialogue permanent et démocratique avec ceux qui forment une majorité de la population – les salariés, suisses et immigrés, qui construisent ce pays dans sa diversité. Cela implique un travail d’éclairage critique sur les évolutions sociales et politiques, les intérêts et les rapports de force qui les sous-tendent. Et un mode de financement solidaire. On en est loin.

La lutte pour un service public de l’information, de la communication et de la culture ne fait donc que commencer.

Pour la mener, il faut d’abord gagner la votation du 4 mars.

Guy Zurkinden, rédacteur Services Publics