Non à l'initiative xénophobe et sexiste pour «l'interdiction de se dissimuler le visage»

Photo Eric Roset

Issue de la droite conservatrice, l’initiative « anti-burqa » est le fer de lance d’un projet politique combinant régression sociale, répression, xénophobie et sexisme. Il faut la refuser.

Les promoteurs de l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» font campagne en invoquant la «la liberté et la dignité des femmes», ainsi que «les droits égaux pour tous». Les Jeunes UDC ont même détourné à cet effet des images de la grève féministe du 14 juin 2019 ). Pourtant, le texte de loi proposé est bien loin des dix-neuf revendications pour l’égalité formulées par le Manifeste de la grève féministe. L’affiche qui le défend – mettant en scène une femme voilée au regard agressif, flanquée du slogan «Stopper l’extrémisme!» - s’en éloigne encore plus.

Quant au profil des pères de l’initiative «anti-burqa», il se situe aux antipodes de la vague violette. En syntonie avec leur parti, ces politiciens UDC ont rejeté la Loi sur l’égalité, se sont opposés au congé paternité et refusent tout congé parental. En revanche, ils veulent élever l’âge de la retraite des femmes.

Une obsession, «l’islamisation»

La vraie motivation des initiants figure en toutes lettres sur le site internet du comité d’Egerkingen: «Stopper l’islamisation de la Suisse». Après avoir mené campagne, en 2009, pour interdire les minarets, le comité a lancé un «manifeste contre l’islamisation» en 2010. Ce texte dénonce la prétendue volonté des «musulman-e-s» d’imposer la «charia» en Suisse et attaque le port du voile, notamment à l’école – ce qui pourrait être un indicateur de ses prochaines campagnes. En 2014, cette joyeuse équipe a soutenu l’initiative «contre l’immigration de masse» de l’UDC à coup d’affiches annonçant «Bientôt un million de musulmans?». Rebelote en 2018, lors de la campagne contre «les juges étrangers». Cette fois, le comité publiait, en première page du journal «20 Minuten», la photo d’un minaret (encore!), accompagnée d’une phrase insinuant que «des juges turcs pourraient faire sauter notre interdiction des minarets» en cas de refus de l’initiative UDC.

Plutôt brun que violet

Bref. La campagne menée par le comité d’Egerkingen est le dernier épisode d’une série visant à présenter la «population étrangère», souvent dépeinte sous les traits du fondamentalisme islamique, comme une menace prête à déferler sur la Suisse. «Pour les forces politiques qui capitalisent sur la crainte des étrangers, toutes les occasions d'attiser une ambiance islamophobe en Suisse doivent être saisies, même les plus secondaires», résume l’ONG Human rights watch [1].

En toile de fond, la crise

Le débat sur ce texte a lieu dans un contexte tendu. Reportant le poids de la crise sur les salarié-e-s, nombre d’employeurs licencient et intensifient le travail – quand ils ne baissent pas les salaires. La crise sanitaire et économique se transforme ainsi en crise sociale. De janvier 2020 à janvier 2021, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté de plus de 40%; d’ici 2022, la Conférence suisse des institutions d’aide sociale (CSIAS) craint une augmentation de 21% des bénéficiaires de l’aide sociale.

«Les prochains mois vont accélérer les contrastes entre, d’un côté, une Suisse opulente, et de l’autre les groupes sociaux qui ne profitent pas ou guère de la richesse ambiante» avertissait, au printemps, le politologue René Knüsel [2]. Ce scénario est en train de se concrétiser. Pour l’éviter, syndicats, mouvements sociaux et forces progressistes devront défendre pied à pied emplois, salaires et services publics, tout en revendiquant une extension des droits sociaux. Pour s’imposer face aux lobbys patronaux et à la droite, ces revendications devront s’appuyer sur des luttes larges – à l’image de la Grève féministe du 14 juin 2019.

Diviser le salariat

Dans ce contexte, les thèses des pères de l’initiative «anti-burqa» sont un poison. D’une part, elles voilent les vrais enjeux auxquels est confrontée la majorité de la population. Ensuite, elles sapent la possibilité de luttes collectives en dressant les salarié-e-s les un-e-s contre les autres selon leur religion, leur origine ou leur permis de séjour. Enfin, elles proposent des solutions répressives qui portent en germe de nouvelles attaques contre les droits fondamentaux – celui de manifester, de se réunir, l’accès à l’éducation, au travail, etc.

Sous couvert de lutte contre un «islamisme radical», l’initiative «pour l’interdiction de se dissimuler le visage» est l’outil d’un projet antisocial, répressif, xénophobe et sexiste. Pour défendre les droits sociaux de toutes et tous, il faut voter Non le 7 mars prochain.

Guy Zurkinden, rédacteur Services Publics


[1] Human rights watch: L’interdiction de porter la burqa toujours au cœur du débat. 12 février 2019.

[2] 24 heures, 15 mai 2021

  • «Une initiative à la fois sexiste et raciste»

    Pour Meriam Mastour, membre de la Grève féministe genevoise et du collectif des Foulards violets, l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» est une opération de la droite radicale. Explications.

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