Une campagne à prolonger

Cora Antonioli (photo Eric Roset)

Au printemps, le SSP lançait une pétition nationale ciblant les conditions ce travail dans les écoles. Le point avec Cora Antonioli, enseignante au secondaire II, membre de la commission fédérative «Formation, éducation et recherche» et présidente du groupe SSP-Enseignement Vaud.

Sous le slogan « Laissez-nous enseigner ! », la pétition articulait une série de revendications: la réduction des tâches hors-classe; la baisse des effectifs par classe; la mise sur pied d’une culture basée sur le dialogue et la confiance ainsi que le développement de soutiens professionnels in situ, en nombre suffisant (éducatrices/-eurs, logopédistes, psychologues, etc.).

Objectif: améliorer les conditions de travail et la santé des professionnel-le-s de l’enseignement, dont une part importante est touchée par le burn-out, ainsi que la qualité de l’enseignement.

La pétition a été déposée au début juillet à la Conférence des directrices/-eurs de l’instruction publique (CDIP), munie de 6000 signatures.

Quelle a été la réponse des autorités?

Cora Antonioli – La CDIP n’a pas contesté notre constat de la dégradation de santé des enseignant-e-s. Cela montre que cette analyse est prise au sérieux.

Nous avons demandé au secrétariat général de la CDIP un monitoring sur la question. Objectif: observer les progrès liés à d’éventuelles mesures, prises par les cantons, visant à améliorer la santé des enseignant-e-s et à réduire la pénibilité du travail. La CDIP nous a répondu que les ministres cantonaux n’accepteraient jamais de mettre sur pied un tel suivi. Elle nous a proposé une alternative: intégrer la thématique de la santé des enseignant-e-s dans le questionnaire qu’elle distribue régulièrement aux cantons.

Nous avons accepté, car c’est un premier pas en avant.

Nous avons aussi obtenu que le SSP redevienne un partenaire régulier de la CDIP, avec au minimum deux rencontres par an à la clé.

Quel écho a rencontré la pétition ?

Au niveau médiatique, notre campagne a été bien relayée, surtout lors de son lancement – et ce, dans les trois régions linguistiques.

Sur le terrain, la réception a été positive, partout où le travail de récolte a été fait. Le SSP a encouragé les régions à récolter un maximum de signatures dans les écoles, même si la pétition existait aussi en ligne. L’idée était d’aller vers les collègues, les sensibiliser à la problématique et en débattre.

Sur les lieux de travail, il a été facile de récolter des signatures car l’augmentation de la pénibilité du travail est un constat généralisé. Partout, les enseignant·e·s ont toujours plus à faire et sont confronté-e-sà l’augmentation des tâches administratives.

La pétition proposait des revendications qui couvraient tous les degrés d’enseignement. Chacun-e s’est donc senti-e concerné-e. Dans les gymnases, la réduction des effectifs des classes, pour laquelle nous luttons depuis des années, est une question sensible. D’autres ont signé par solidarité avec les enseignant-e-s du secondaire I ou du primaire, dont elles/ils connaissent les conditions de travail pénibles.

Au niveau du SSP, la campagne a été relayée plus ou moins fortement selon les régions. Dans certains cantons – notamment Zurich, Bâle et Vaud –, notre syndicat a réalisé un véritable travail de terrain. C’est le grand engagement des militant-e-s avec le soutien important des secrétariats régionaux et centraux qui a permis cela.

Dans d’autres régions, l’impact a été plus faible, les priorités ont été mises ailleurs.

Quel bilan tires-tu de cette campagne ?

Il s’agissait de la première campagne nationale du secteur enseignant-e-s du SSP sur des questions liées aux conditions de travail. L’organisation de l’école étant largement définie au niveau cantonal et le SSP ayant lui-même un fonctionnement très régionalisé, il n’est pas évident de mener un tel exercice.

La capacité de s’organiser et de mener des batailles supra-cantonales peut pourtantdevenir l’une des forces du SSP. Sur des questions comme la pénibilité, qui touchent l’ensemble des professionnel-le-s de la formation, nous avons un grand potentiel de revendications et de luttes, qu’il vaut la peine de continuer à développer. La connaissance et la comparaison des réalités cantonales peut aussi être un outil en notre faveur. Sans oublier que la lutte pour l’amélioration des conditions de travail des enseignant-e-s s’inscrit aussi dans un contexte plus global: celui de la lutte contre l’austérité et les coupes budgétaires, pour plus de moyens destinés à l’école.

Il me semble qu’une mobilisation au niveau national devrait venir en appui des batailles menées au niveau régional, plus spécifiques et ajustées aux réalités cantonales et, par exemple, aux différents secteurs de l’enseignement.

Il faut donc jouer sur les deux tableaux. La pétition « Laissez-nous enseigner ! » nous a permis de faire un pas dans ce sens. Je suis favorable à ce que nous continuions à avancer.

Comment ?

Il faudra d’abord tirer un bilan collectif de notre campagne, lors de la prochaine commission fédérative de la formation, de l’éducation et de la recherche. Puis définir les prochains pas.

Le SSP va participer cette année à l’enquête menée par le SER sur le temps de travail. Peut-être pourra-t-on partir de là pour articuler des revendications et actions concrètes reliant les régions.