Les enseignants en quête
 de temps

(photo Eric Roset)

Le SSP a lancé une campagne nationale dans les écoles. Les explications de Katrin Meier, enseignante à Zurich, présidente de la Commission fédérative Formation, éducation et recherche.

Les enseignant-e-s du SSP ont consacré leur conférence fédérative à la question de la santé au travail. Quel a été le constat?

Katrin Meier – Plusieurs études montrent clairement que les enseignant-e-s sont au bord de l’épuisement et courent un fort risque de burnout. Nous qui travaillons dans le secteur de l’éducation – que ce soit à l’école enfantine, à l’école obligatoire, dans les écoles professionnelles ou dans un gymnase, dans la formation des adultes ou dans une Haute école – nous avons des exigences très élevées, envers nous-mêmes comme envers notre travail. Mais, souvent, nos efforts échouent en raison des conditions-cadres insuffisantes ou des programmes d’économies qui visent le système éducatif.

Un des points clés de la conférence a été d’affirmer que les enseignant-e-s sont motivé-e-s à assurer un travail de qualité, mais que l’application de cet objectif demande beaucoup d’efforts et met notre santé en péril. Il n’est donc pas étonnant que les débats aient abouti au lancement d’une pétition demandant de bonnes conditions de travail dans les écoles.

Vous avez décidé de lancer une campagne sous le slogan «Laissez-nous enseigner». Pourquoi ce titre?

Notre tâche principale est l’enseignement: apprendre à des enfants et des jeunes, et apprendre à connaître nous- mêmes tout ce dont ils/elles ont besoin pour vivre une vie responsable et autonome. Nous voulons les accompagner, les soutenir, les encourager et leur poser des exigences à remplir au fil de ce parcours. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi cette profession!

Or au cours des dernières années, la quantité des tâches en dehors de l’enseignement n’a fait que croître continuellement. Les entretiens fréquents avec les parents, les enseignant-e-s spécialisé-e-s, les enseignant-e-s de branche, les thérapeutes que nous devons rencontrer sont extrêmement importants, mais demandent beaucoup de temps. À cela s’ajoutent des tâches administratives, des séances avec différentes équipes de travail ou des formations continues obligatoires.

Les effectifs par classe augmentent constamment. Or un nombre plus important d’élèves n’implique pas uniquement l’obligation de répondre à un nombre croissant de besoins individuels. Cela en- traîne également davantage d’entretiens avec les parents, de discussions pour faire le point de la situation et encore plus de consultations. En outre, la pile des travaux à corriger ou à évaluer ne fait que grossir, ce qui me fait parfois presque perdre es-poir. Dans ces moments, je ne me lance pas dans une analyse plus approfondie des travaux à corriger, je ne développe pas non plus d’exercices individuels sur la base de la correction des épreuves. Je ne souhaite plus qu’une seule chose: que la pile de travaux disparaisse!

Par le slogan «Laissez-nous enseigner», nous signalons que nous voulons pouvoir nous concentrer à nouveau sur l’enseignement et consacrer toute notre énergie – qui a aussi ses limites – au travail avec les élèves, afin de leur donner la meilleure formation possible. Ces efforts comprennent autant l’encouragement d’enfants surdoués que l’accompagnement d’élèves ayant des besoins spécifiques et qui sont intégrés dans les classes ordinaires.

C’est pour ce travail que je souhaite disposer du temps nécessaire, afin que je puisse retrouver la satisfaction dans mon travail d’enseignement.

Quelles sont vos principales revendications?

Elles découlent des problèmes énoncés précédemment: nous demandons une diminution des travaux administratifs et une réduction du nombre de tâches en dehors de l’enseignement. La quantité de documents que les enseignant-e-s doivent remplir augmente continuellement. À notre avis, bon nombre de ces documents sont superflus. Exemple: pourquoi dois- je rédiger un rapport pour qu’un enfant puisse bénéficier de séances de logopédie, alors que ce point a déjà fait l’objet d’une évaluation et d’une confirmation par le psychologue scolaire? Combien d’enseignant-e-s supplémentaires pourraient enseigner dans ma classe sans que le nombre de discussions et de consultations dépasse toute mesure?

Une revendication supplémentaire, qui n’est pas nouvelle mais toujours aussi brûlante, est celle d’une réduction du nombre d’élèves par classe! Le facteur «temps consacré à chaque enfant» est absolument déterminant pour la qualité de mon travail. Cette dernière a, bien évidemment, une influence directe sur la qualité de mon enseignement et donc aussi sur la qualité de l’école. Conclusion: il faut d’avantage de qualité que de quantité.

Pour que je puisse encourager et accompagner les enfants individuellement, il est donc nécessaire de réduire le nombre d’élèves par classe.

Large écho pour la pétition

Comment la campagne se déroule-t-elle? Et quand la pétition sera-t-elle déposée?

Notre pétition (disponible sur www.laissez-nous-enseigner.ch) place la qualité de l’école et la santé des enseignant-e-s au centre des débats. L’immense écho qu’elle a engendré nous montre que nous avons tapé en plein dans le mille. Outre les nombreuses questions qui nous sont posées par les médias, nous avons des demandes d’enseignant-e-s de hautes écoles pédagogiques ainsi que de professeur-e-s qui s’intéressent aux différentes études réalisées et à notre pétition. Il n’est pas nécessaire de disposer d’une grande force de persuasion pour convaincre les personnes de la signer: les revendications parlent d’elles-mêmes.

Le travail de récolte des signatures donne aussi lieu à des discussions passionnantes.
Mettre cette pétition en ligne n’est pas suffisant. Agissez et récoltez des signatures auprès de vous collègues dans votre entourage! Le délai court jusqu’à la mi-juin.

Cette pétition s’adresse aux employeurs et au monde politique. C’est pourquoi nous la déposerons simultanément auprès de la Conférence des départements de l’instruction publique (CDIP) et des chef-fe-s des départements de l’enseignement de différents cantons, à la fin juin.