Initiative multinationales responsables OUI!

Le SSP a soutenu dès le départ l'initiative «Multinationales responsables» et appelle à voter Oui lors de la votation du 29 novembre 20202.

«Avec un Oui à l'initiative pour des multinationales responsables, Glencore sera tenue de ne plus fermer les yeux et de veiller enfin à ce que la situation sur le terrain cesse de se détériorer. Cependant, si Glencore continuait de contaminer des enfants aux métaux lourds, la multinationale devrait assumer la responsabilité des dommages causés et verser des indemnités aux personnes touchées.» C’est ainsi que Dick Marty, ex-conseiller aux Etats (PLR), ex-procureur général du Tessin et co-président du comité favorable à l’initiative, résume les enjeux de l’objet qui sera voté le 29 novembre prochain.

Le drame de Cerro de Pasco

Pour illustrer sa campagne, le comité a choisi une affiche qui ne laisse pas indifférent. En gros plan, on y voit le visage marqué d’une enfant habitant la ville de Cerro de Pasco, perchée sur l’Altiplano péruvien. La population y est empoisonnée par les effluves de plomb, d’arsenic et autres métaux lourds émanant d’une mine géante, à ciel ouvert, qui menace d’avaler la ville. Contrôlée par la multinationale Glencore, la mine pollue cause de graves problèmes de santé – anémie, handicaps et paralysies – en particulier chez les enfants.

Une longue liste

Empoisonnement de paysans indiens par les pesticides de Syngenta; exploitation des enfants dans les plantations de café guatémaltèques fournissant Nespresso; grave pollution de l’air au Nigéria par le cimentier LafargeHolcim; dégâts causés par la mine de charbon de Cerrejón, exploitée par Glencore en Colombie; etc. La campagne pour des multinationales responsables, entamée depuis plusieurs années, a été l’occasion pour des dizaines d’ONG de documenter les violations des droits humains et les crimes environnementaux perpétrés par les sociétés transnationales helvétiques et leurs filiales, aux quatre coins de la planète. Elles en donnent un aperçu dans un excellent documentaire qu’on peut voir sur le site de campagne.

Que demande l’initiative?

L’initiative s’applique à environ 1500 multinationales ayant leur siège en Suisse, ainsi qu’à leurs filiales directes. Si elle est acceptée, elle permettra aux victimes d’éventuelles violations de demander réparation aux sociétés responsables devant un tribunal helvétique, selon le principe de la responsabilité civile.

Le texte est soutenu par: une large coalition d’ONG, les églises nationales catholique et protestante, un comité de parlementaires bourgeois et un comité formé de patrons ou ex-patrons. Les syndicats appellent aussi à voter Oui. Le PS, les Verts, le PBD, le PEV et les JDC soutiennent aussi le texte, et même certaines sections cantonales du PDC et des Verts libéraux

Patrons nerveux

En face, la faîtière patronale economiesuisse mène le bal contre l’initiative, appuyée par les partis de droite. Dans le comité qui mène campagne pour le Non, on trouve une majorité d’élu-e-s issu-e-s de l’UDC et du PLR. Le Conseil fédéral s’oppose aussi au texte des ONG. C’est la ministre de la Justice, Karin Keller-Sutter, qui est ici aux avant-postes. Cette ex-membre du comité directeur de l’Union patronale suisse défend un contre-projet concocté directement par la fédération Swissholdings – dont font partie, notamment, LafargeHolcim, Syngenta, Nestlé, Novartis ou Glencore (Wochenzeitung, 12 mars 2020). À noter que la popularité de l’initiative instille une certaine nervosité au sein des milieux patronaux: en août, Hans-Ulrich Bigler, le directeur de l’Union suisse des arts et métiers, a fustigé la campagne «élitaire» menée par economiesuisse.

Contre-projet alibi

En cas de rejet de l'initiative, le contre-projet du Conseil fédéral entrerait en vigueur. Celui-ci introduit l’obligation pour les multinationales de rendre un rapport annuel sur leur politique dans le domaine des droits de l’homme – si elles disposent d’une telle politique. Pour les partisans de l’initiative, ce contre-projet est un «texte lénifiant et inefficace» visant à tromper la population: Concrètement, «dans le cas de Cerro de Pasco, Glencore n'aurait rien à changer, mais devrait seulement rédiger un rapport. C'est ce que fait aujourd'hui déjà la multinationale en publiant une brochure étincelante sur son site internet».

Paru dans Services Publics n° 17, 23 octobre 2020

Flyer des faîtières syndicales (PDF)

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27.10.2020 Les multinationales doivent rendre des comptes! PDF (5,847 kB)
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