Reprendre la lutte

En pleine pandémie, le personnel de la santé doit travailler plus, sans temps de repos ni protections adéquates. Il est temps de reconstruire un mouvement collectif en faveur du service public et de son personnel.

En 1877, la Confédération édictait une Loi sur les fabriques novatrice. Pour la première fois, l’Etat imposait aux patrons des directives en matière de protection des travailleurs et travailleuses. La durée légale du travail était limitée à 11 heures par jour. En cas d’accident, les employeurs ne se conformant pas aux prescriptions étaient tenus pour responsables.

Horaires trop longs

Cette loi était d’abord réservée aux usines. Au fil des ans, la Loi sur le travail (LTr) est devenue la référence en Suisse. Elle a fortement évolué, sauf sur un point: les durées du travail sont restées incroyablement longues. Dans le secteur santé, la durée hebdomadaire peut aller jusqu’à 60 heures.

Le vide légal

Le 20 mars dernier, alors que les hôpitaux entraient dans une crise sanitaire alarmante et jamais vue, le Conseil fédéral décidait – sans la moindre consultation – de biffer tous les articles de la LTr ayant trait à la durée du travail et aux temps de repos pour le personnel hospitalier. Depuis, malgré nos résistances les autorités fédérales campent sur leur position.

Le personnel hospitalier est ainsi exposé à des durées du travail extrêmes. Son exposition au coronavirus sera elle aussi extrême. En parallèle, les droits au repos sont supprimés. Celles et ceux qui sont sur le front hospitalier risquent de tomber gravement malades. Et, déjà, la faîtière des organisations de soins à domicile exige aussi de sortir ses employé-e-s de la LTr.

Employeurs tout puissants

Le Conseil fédéral renonce ainsi à protéger les travailleurs et travailleuses des exigences excessives des employeurs. L’inspection du travail est mise hors-jeu, puisqu’elle ne peut plus imposer les règles légales. Les salarié-e-s se trouvent nu-e-s face à des employeurs libres d’imposer leur lois – et pas uniquement pour ce qui a trait à la durée du travail. Dans les secrétariats syndicaux, nous voyons des salarié-e-s auxquel-le-s les vacances ont été supprimées – ou alors imposées –, des certificats de travail invalidés, des plans de travail modifiés en quelques heures. En même temps, le Conseil fédéral refuse de faire cesser les activités économiques qui ne sont pas indispensables, créant les conditions idéales à la propagation du virus.

Les protections manquent

À l’hôpital, dans les EMS ou les soins à domicile. Partout, les soignant-e-s et autres personnels sanitaires manquent de protections. Les masques, les blouses, les gants sont insuffisants. À cela s’ajoutent des formations et informations lacunaires. Une situation préoccupante qu’il faudrait affronter avec un minimum de transparence et de dignité. Mais les employeurs préfèrent se réfugier derrière les consignes d’experts, souvent incompréhensibles. Parmi les plus exposé-e-s, les infirmiers/-ères travaillant dans les services de soins intensifs s’interrogent: « Pourquoi n’avons-nous pas davantage de matériel ? Pourquoi les consignes pour se protéger du nouveau virus sont-elles plus « permissives » que les consignes habituelles ? » La référence Swissnoso publie sur son site des mesures qualifiées de provisoires. Entre les lignes, on comprend qu’il s’agit d’économiser le matériel, sans le dire clairement. Rares sont les expert-e-s qui admettent les limites de notre système sanitaire et osent désigner les responsables du manque de matériel.

Plus de 80 000 signatures

En résumé, il est demandé aux personnels de la santé de travailler plus longtemps et renoncer à se reposer, tout en courant davantage de risques en allant au front sans matériel adéquat. Ce manque de considération a poussé plus de 80 000 personnes à signer notre pétition, demandant au Conseil fédéral de revenir sur sa décision scandaleuse.

Reprendre la lutte

Dans ce contexte, le mouvement syndical joue un rôle presque vital. Dans tous les cantons, les secrétariats fonctionnent non-stop; des plateformes intersyndicales s’organisent, les appels de soutien sont quotidiens. La population applaudit tous les soirs sans relâche.

Ces mouvements collectifs sont une opportunité pour relancer nos revendications. Proposer des mesures collectives et lutter pour de meilleures protections n’a jamais été aussi nécessaire. Il est aussi temps de revendiquer des contreparties. Les chantres du moins d’Etat qui ont mis nos hôpitaux au régime en supprimant des lits se taisent. Enfin. Mais peut-être pas pour longtemps.

Il est grand temps de reprendre la lutte pour élargir le service public et les droits de ses employé-e-s.