«Ce n’est plus la même école»

Témoignage de Yasmine, enseignante au cycle d’orientation à Fribourg.

«À la rentrée, nous avons découvert que les conséquences de la fermeture des écoles au printemps étaient plus importantes que prévu. Une partie des élèves avait complètement décroché. Au niveau des apprentissages, mais aussi de la rigueur au travail, de la discipline, etc.

Il a fallu trouver un équilibre entre le programme et la «récupération» des élèves en difficulté. Nous avons aussi dû installer les outils informatiques en vue d’un éventuel nouveau confinement, contacter les parents, faire des listes en cas de quarantaines. Notre charge de travail s’est alourdie, mais cela restait gérable.

En novembre, la situation a empiré. Les cas de Covid-19 ont grimpé, les quarantaines aussi. Nos journées de travail se sont allongées, car nous devons désormais fournir du travail aux élèves malades ou en quarantaine sur un agenda électronique, après les cours. D’autres tâches se sont ajoutées: contrôler que les élèves portent bien les masques, qu’ils se désinfectent les mains, etc. Chaque semaine, de nouvelles mesures tombent. Après carnaval, les permanences pour aider les élèves vont fermer. Si les jeunes ont besoin d’appui, ce sera à nous de rester après l’école.

Il faut gérer les maladies et les quarantaines, nous galopons pour suivre le programme. Bref, nous sommes surchargé-e-s. La fatigue se fait sentir, et on ne voit pas le bout du tunnel. Nous aimons notre métier, mais les conditions deviennent de plus en plus difficiles. Ce n’est plus la même école. À cela s’ajoutent les tensions, les inquiétudes, les crises d’angoisse.

Car pour les élèves, c’est dur aussi. J’ai des classes d’EB (exigences de base) de troisième année. Ils doivent faire des stages, trouver un apprentissage et réussir les examens. En temps normal, c’est déjà une grosse pression. Imaginez maintenant.

Toute la société est crispée, on le ressent à l’école. Le service de médiation est surchargé. Chez les élèves, les professionnel-le-s, les parents, on sent une fragilité psychologique qui monte. Plusieurs établissements sont au bord de l’explosion.

Dans cette pandémie, les enseignant-e-s sont aussi au front. Mais j’ai l’impression qu’on nous écoute peu, que nos difficultés ne sont pas prises en compte.

On nous dit que le nouveau variant est dangereux, qu’il faut l’éradiquer. Mais lorsqu’une classe est mise en quarantaine, les profs concernés continuent à donner des cours à leurs autres classes. C’est un manque de respect pour notre santé.

Nous sommes convaincu-e-s qu’il faut garder les écoles ouvertes. Mais pas de cette manière. Il faudrait d’abord arrêter de cumuler cours en présentiel et télétravail. C’est trop.

Ce qui nous aiderait vraiment, c’est que la hiérarchie nous dise: «Continuez à donner des cours, enrichissez-les, prenez du plaisir avec les élèves, mais baissez la pression». On pourrait diminuer les évaluations, changer notre manière de noter, en profiter pour «réinventer» certains aspects de l’école. Lors du premier confinement, on avait pris des mesures exceptionnelles – pédagogiques et humaines, pas seulement techniques –, à hauteur d’une situation exceptionnelle. Pourquoi pas maintenant?»